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Grève à la maintenance du métro : « on veut des augmentations de salaire, on a trop été méprisés ! »

Dans le contexte du mouvement dans la maintenance du réseau ferré à la RATP qui se généralise en région parisienne, l’atelier de Vaugirard a été précurseur depuis le 18 octobre de cette lutte pour les salaires à la maintenance métro. Nous avons rencontré les grévistes aujourd’hui dans leur cinquième semaine de lutte.

jeudi 24 novembre

Partis en grève en même temps que les ateliers de Sucy-en-Brie, les travailleurs de Vaugirard à la maintenance du métro de la ligne 12 sont dans leur cinquième semaine de grève, reconduite chaque matin lors de leurs assemblées générales. Le contexte est celui d’un ras-le-bol général de la politique de l’entreprise avec mise en concurrence du réseau. Nous avons rencontré les grévistes une équipe de quarante salariés très solidaires, qui luttent ensemble, et où même les plus effacés se sont emparés de la lutte. Aujourd’hui, ce sont 80 % des agents qui participent à cette grève sur le site « Nous avons une idée fixe, c’est l’augmentation des salaires. Et pour ça, notre 49.3 à nous, c’est la grève » disent-ils, déterminés.

Une lutte pour les salaires

Comme dans tout le secteur de la maintenance, en ébullition croissante depuis quelques semaines, c’est le « chantier primes », une menace de la direction de supprimer jusqu’à 250 euros de primes pour les ouvriers, qui a mis le feu aux poudres. Ces primes ont une grande importance pour les travailleurs de la maintenance, qui ont les plus bas salaires de l’entreprise, et pour qui les primes peuvent représenter 20 à 25 % de leurs revenus. « En supprimant nos primes, ce sont nos salaires qu’ils veulent baisser », nous explique un gréviste.

Mais alors que la direction de la RATP a reculé sur le chantier primes, et affirmé qu’elle ne toucherait pas les travailleurs déjà en poste, avec une « clause du grand-père », la pression est montée d’un cran de la part des grévistes. « Maintenant on ne veut plus entendre parler de primes, on veut du salaire, des augmentations et les primes converties en statutaire » déclarent-ils. Ils dénoncent la direction qui refuse de plier face à des revendications pourtant minimales pour « une boîte qui va très bien, qui a fait un milliard d’euros de bénéfices en cinq ans ».

Ces 300 euros que demandent les grévistes sont d’autant plus un minimum qu’ils ne rattrapent selon eux qu’une perte de pouvoir d’achat en cette période d’inflation. Les travailleurs plus les moyens de payer l’essence pour venir travailler, voire même qui vivent dans leur voiture, ne pouvant plus payer le loyer.

Des conditions de travail invivables et dégradées par l’ouverture à la concurrence

La question des salaires est d’autant plus importante pour les travailleurs de la maintenance que les conditions de travail y sont très difficiles. Ils dénoncent le discours ambiant largement relayé par les médias qui vise à les faire passer pour des privilégiés. « Les gens arrivent et s’en vont le plus vite possible. Si c’est une planque, alors pourquoi les gens ne restent pas ? » répondent-ils à l’image lisse et dynamique que cherche à construire la RATP. Les grévistes racontent des journées intenables en été dans des ateliers qui sont de véritables fournaises, et tout aussi difficiles l’hiver, ou ils manipulent des outils les mains gelées.

Les ouvriers dénoncent une politique du moindre coût de la part de l’entreprise : « ça fait des années qu’on est en souffrance, ils mettent du scotch partout » en appuyant sur le manque d’embauches et les postes laissés vides dont ils doivent assurer le travail. Pour eux, le but de la direction est simple, et uniquement tourné vers la vente au moment de l’ouverture à la concurrence. Cette politique, en plus de dégrader les conditions de travail dans la maintenance, dégradent la qualité des transports pour les usagers, et leur sécurité.

Avec cette unique préoccupation du profit, « tout est à flux tendu, dès qu’il y a un grain de sable, tout part en live » nous dit un gréviste. Il souligne la contradiction pour la direction qui, en faisant des économies donne en même temps aux grévistes le pouvoir d’un impact beaucoup plus rapide, de par le manque de stocks, de pièces, et de trains potentiellement disponibles. Des conditions de travail invivables, mais qui permettent aujourd’hui aux grévistes d’être plus visibles et de montrer que « sans les travailleurs de la maintenance, il n’y a plus rien ».

« Lundi, c’est l’arrivée en poste de Castex, il faut frapper fort, tous ensemble ! »

Lundi, l’ex-premier ministre Jean Castex prendra ses fonctions à la tête de la RATP. Pour les travailleurs de l’entreprise, cette date est d’autant plus importante que la direction les fait attendre depuis cinq semaines cette prise de poste, prétextant que rien ne peut être décidé avant l’arrivée du nouveau PDG. Pour celui qui va avoir pour rôle de mener l’ouverture à la concurrence en pleine ébullition sociale et alors que la réforme des retraites s’annonce, le premier défi va être d’affronter ce « raz-de marée » qui attend son arrivée.

Car, en effet, la tendance est à la généralisation du mouvement, qu’espèrent et à laquelle travaillent chaque jour les grévistes. Les travailleurs de Vaugirard racontent ainsi leurs tournées vers les autres ateliers pour renforcer des liens qui apparaissent de plus en plus forts entre les différents ateliers MRF (Maintenance Réseau Ferré). Ils soulignent que les barrières tombent entre les ateliers, mais aussi entre les syndicats : « Aujourd’hui ce n’est pas un mouvement des syndicats, c’est un mouvement des ouvriers de la RATP, on passe au-dessus des étiquettes ! c’est un mouvement pour manger à la fin du mois, de faire manger nos enfants. »

Ce combat, ils entendent le porter au-delà même des murs de la maintenance, et même de la RATP, conscients de l’importance de la question des salaires pour tous les travailleurs. En cette période d’attaques contre les plus précaires, pour eux, la lutte « est un enjeu de société, au-delà de la RATP, pour ne pas courber l’échine » et pour ne pas ouvrir la voie à toutes les prochaines attaques du gouvernement et du patronat.



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