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Suppressions d'emplois

Grève chez Sanofi : « on pourrait dès maintenant produire des dizaines de millions de vaccins »

Conditions de travail, salaires, destruction de la recherche et du développement, le tout sur fond de crise sanitaire : chez Sanofi France, les salariés sont à bout et se sont mobilisés toute la journée d’hier.

mercredi 20 janvier

Crédit Photo : JOEL SAGET / AFP

La poule aux œufs d’or du capitalisme français va-t-elle arrêter de pondre ses œufs ? Chez Sanofi, la politique de l’entreprise, centrée uniquement sur le versement des dividendes des actionnaires, inquiète de plus en plus les salariés, qui se sont mis en grève à l’appel de la CGT ce mardi 19 janvier, pour dénoncer le manque de moyen et leurs conditions de travail. Après de nombreuses annonces du groupes, notamment sur un énième plan d’économie, alors que l’entreprise peine à sortir son vaccin contre le Covid, les salariés dénoncent ce qui se passe entre les murs de la troisième capitalisation du CAC40. Pour ces grévistes, la stratégie de l’entreprise, qui s’est basée sur quatre plans d’économie successifs pour un total de 8 milliards d’euros depuis 2008, et qui a supprimé près de 3000 emplois dans la recherche, amène l’entreprise au bord du gouffre : « on a pas investi dans la recherche depuis dix ans, on a pas mis les moyens qu’il fallait et aujourd’hui on est face à une pandémie où Sanofi ne peut pas répondre parce qu’on a plus la base de chercheurs suffisante ni les moyens d’innover dans la bonne direction » explique Fabien Mallet, coordinateur CGT chez Sanofi. «  Le vaccin de Sanofi a été planté en grande partie parce qu’on a pas mis les moyens suffisants sur la recherche. » poursuit-il.

Une logique court-termiste qui met en danger Sanofi et ses salariés

Une stratégie économique qui révolte un bon nombre de salariés, qui se sont mobilisés sur les trente différents sites répartis en France. A Marcy-l’Etoile, dans le Rhône, près de 200 personnes se sont ainsi rassemblées dans le cadre du mouvement. Un mouvement qui s’annonce important, et qui a même surpris les syndicalistes : « les grévistes sont plus nombreux que l’on espérait » nous confie Fabien Mallet. Si pour l’instant la suite du mouvement est inconnue, de nombreuses assemblées générales ont été organisées sur les différents sites, afin de permettre aux grévistes de décider de leur mouvement.

Ce n’est pas seulement la suppression des emplois–1000 en France au total, dont 400 dans la recherche– qui inquiète les salariés, mais surtout une logique industrielle qui met en danger l’entreprise à moyen et long terme. Un enjeu de santé publique pour les salariés, qui rappellent que Sanofi produit de très nombreux médicaments, et que l’écroulement d’une telle entreprise amènerait à des ruptures de stocks importants, comme pour l’insuline, centrale dans le traitement du diabète, dont Sanofi est l’un des principaux producteurs mondial.« La rémunération des actionnaires se fait au détriment de la santé publique » résume Fabien Mallet.

Gel des salaires, sous-traitances, suppressions de postes : une situation insoutenable pour les salariés

En pleine pandémie, les salariés réclament de surcroît plus de moyens : alors que les salaires stagnent depuis 10 ans, et que les postes sont supprimés un à un, les syndicalistes craignent de voir une explosion des burn-out et surmenages : « Il y a certes eu une prime, mais nous on aurait préféré avoir des bras. On aurait préféré du salaire déjà, mais surtout des embauches, parce qu’on nous demande de faire le maximum avec le minimum de monde. Il arrivera un moment quand les gens seront épuisés, ils s’effondreront et les héros ne seront plus. Il y aura alors des rupture de stock des médicaments. On a fait notre boulot mais on aimerait le faire dans de bonnes conditions ». Un manque d’investissement humain et financier qui explique des situations économiques déplorables pour les salariés : certains ont perdu 5 à 6 % de leur salaire en dix ans à cause de l’inflation. A côté de cela, des intérimaires et des précaires continuent d’être embauchés massivement par l’entreprise : « il y a des précaires chez nous qui restent dix ans, c’est totalement inadmissible ! » continue Fabien Mallet. Ces manques d’investissement et ces réductions budgétaires ont conclu à l’échec de Sanofi dans le développement de son vaccin.

Produire les vaccins déjà sur le marché : la solution des grévistes face à la pénurie des doses

Pour le syndicaliste, Sanofi a refusé d’investir dans le vaccin qu’il produit en partenariat avec une start-up, Translate Bio, spécialisé dans l’ARNm : « on n’a pas mis les moyens financiers, ce qui fait que Translate Bio a quasiment un an de retard sur les start-up concurrentes ». Bien loin de rester l’arme au pied, la CGT a donc revendiqué une réquisition des moyens de production pour utiliser les chaînes de Sanofi afin de produire les autres vaccins déjà sur le marché en attendant le produit maison : « Rien n’empêcherait de produire ces vaccins qu’on connaît, qui fonctionnent et les produire chez Sanofi. Le seul problème, c’est l’ego des dirigeants : il ne veulent pas admettre qu’ils se sont trompés », regrette amer, Fabien Mallet. « On a beau être en guerre, on est pas capable de mettre la pression sur les entreprises capitalistes pour qu’elles produisent plus de doses. Si on était en guerre, en cas « d’effort de guerre », on y arriverait. Nous on est pour prendre les moyens de production chez Sanofi, et faire l’un des trois vaccins qui est aujourd’hui sur le marché. »

Mettre fin aux brevets et prôner une libre production des vaccins là où c’est possible : voilà une des revendication des salariés, qui se désespèrent de voir les chaînes de production attendre le vaccin de Sanofi. L’entreprise avait annoncé pouvoir produire 1,5 milliards de doses par an une fois le vaccin achevé. Autant de doses qui pourraient d’ores et déjà être produites si les chaînes de l’entreprise étaient adaptées pour faire le vaccin d’un autre laboratoire dont le vaccin est déjà validé.

Jean-Louis Peyren, interrogé par Regards, a abondé mardi dans ce sens : « je ne vois pas pourquoi il y aurait une propriété intellectuelle qui empêcherait des pays d’exploiter un vaccin contre le coronavirus s’il est capable de le fabriquer. Il faut sortir de cette logique capitaliste ; les brevets devraient être en libre-service. Les labos ont été ultra-sponsorisés pour arriver à trouver des solutions, donc aujourd’hui il n’y a pas de bénéfices à faire sur ce vaccin.  »

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