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Grève dans l’Educ Nat : les profs brisent l’atonie, maintenant il faut un plan de bataille !

Hier, lycéens et profs étaient mobilisés nationalement. Une grève bien suivie dans les collèges et les écoles, notamment en Ile-de-France, moins dans les lycées où Blanquer, sous pression, a dû accepter le principe des demi-groupes. Mais se pose la question des perspectives à donner à la colère face au gouvernement qui maintient sa gestion austéritaire et pro-patronale de la crise.

mardi 10 novembre

Hier, l’Education Nationale était à nouveau en grève à l’appel de l’intersyndicale une semaine après le début d’un mouvement qui est venu rompre l’atonie générale de la situation. Révoltés par le mépris du gouvernement et son hommage au rabais à Samuel Paty ainsi que par un protocole sanitaire en décalage total avec la situation épidémique, de nombreux établissements avaient alors débrayé avant, pour certains, d’élaborer puis d’imposer leurs propres protocoles sanitaires.

Depuis la mobilisation n’avait pas entièrement cessée. La semaine précédente a ainsi été émaillée de journées de grèves locales et de blocages lycéens, suffisamment inquiétants pour pousser Blanquer à reculer partiellement. Jeudi soir le ministre de l’Education Nationale annonçait l’annulation des épreuves écrites des E3C ainsi que l’autorisation pour les lycées mettre en place des demi-groupes à condition de tenir 50% des enseignements en distanciel. Des annonces limitées aux lycées visant surtout à briser la dynamique de mobilisation dans le secondaire, et ne contenant (évidemment) aucuns moyens supplémentaires à la hauteur de la situation. C’est dans ces coordonnées générales que se tenait la journée nationale de grève d’hier.

Une journée commencée sous le signe de la répression des lycéens

Aux premières heures de la matinée, la journée d’hier s’est ouverte sur les images du dispositif policier d’ampleur mis en place pour tenter d’empêcher toute mobilisation lycéenne. Après la répression qui s’était déchaînée la semaine précédente et la veille dans différents lycées, de Nantes à Saint-Nazaire en passant par Paris, blessant plusieurs lycéens dont au moins deux au LBD, le gouvernement avait choisi cette fois d’envoyer des cars entiers de CRS afin d’étouffer dans l’œuf la moindre révolte lycéenne.

A Paris, plusieurs tentatives de blocus ont ainsi été réprimées par la police comme au lycée Bergson, Colbert ou Louis Armand où les CRS ont usé de charges et de lacrymos pour faire taire les lycéens. A Rennes, la police était également présente en force tandis qu’à Pau, où plusieurs centaines de lycéens étaient rassemblés à proximité du Lycée Saint John Perse, les CRS ont massivement gazé avant d’interpeller plusieurs lycéens.

Si la mobilisation lycéenne était limitée ce mardi, en lien notamment avec la répression des derniers jours mais aussi les quelques concessions de Blanquer, le gouvernement montre à quel point il craint le moindre frémissement du côté d’un secteur qui s’est fortement mobilisé ces dernières années et connu pour son éruptivité.

Grève nationale : 40% des enseignants de collège en grève, 20% dans les écoles

Partout en France la journée s’est poursuive par des rassemblements et des manifestations. Marquée par le retrait du mouvement d’une grande partie des professeurs de lycées, le taux de grévistes s’est établi à 40% dans les collèges et 20% dans les écoles, un chiffre supérieur aux annonces du ministère de l‘Education Nationale qui évoquait 10% de grévistes dans le secondaire et 8% dans le primaire. Dans différents établissements, les AED se sont également joints à la mobilisation.

En Ile-de-France, région particulièrement mobilisée depuis la semaine dernière notamment en lien avec son exposition particulièrement forte à la reprise de l’épidémie, la mobilisation a été la plus dynamique. Dans le département populaire de la Seine-Saint-Denis qui compte de nombreux établissements mobilisés depuis la semaine dernière, ce sont près de 40% des enseignants qui auraient fait grève et plus de 100 établissements fermés d’après la FSU 93.

A Paris, plusieurs milliers de professeurs étaient ainsi mobilisés et rassemblés devant le ministère de l’Éducation Nationale. Outre la dénonciation des mesures sanitaires, les professeurs étaient nombreux à se solidariser des lycéens réprimés mais aussi à exiger des moyens supplémentaires. Si les profs ont parfois imposé leurs propres protocoles, ceux-ci demeurent de l’ordre du bricolage en l’absence d’embauches massives et de moyens pour assurer des conditions de travail dignes d’un point de vue pédagogique comme sanitaire. Une revendication exprimée notamment par Elise, enseignante à Stains :

A Bordeaux, Marseille , Nantes, Clermont-Ferrand ou Toulouse, des manifestations ont également eu lieu rassemblant jusqu’à plus de 1000 personnes. A Montpellier,Troyes, Le Mans, Montauban, Auch les professeurs étaient également rassemblés à l’appel des intersyndicales locales.

Partout les pancartes exprimaient une colère contre la gestion austéritaire de la crise sanitaire - « pas de protocole pas d’école », « protocole renforcé, rien n’a changé » - et revendiquant des mesures à la hauteur comme le dédoublement des classes qui exigerait des embauches massives. Plus largement, c’est une colère profonde contre l’ensemble de la politique éducative néo-libérale du gouvernement qui s’exprimait. A Toulouse notamment, les professeurs manifestaient ainsi derrière une banderole « Blanquer c’est toujours non », symbole de la continuité entre la mobilisation en cours et les mobilisations qui ont émaillé les trois dernières années, notamment contre les E3C mais aussi la réforme des retraites.

Une colère loin d’être apaisée : quelles perspectives pour l’Education Nationale ?

La mobilisation d’hier dans la continuité des grèves et débrayages de la semaine passée ainsi que des mobilisations lycéennes montre à nouveau que la colère reste forte contre le gouvernement et sa gestion austéritaire et pro-patronale de la crise. Sur ce terrain, les personnels et élèves de l’Education Nationale ont joué un rôle pionnier dans un secteur dont les directions syndicales avaient pourtant soutenu l’appel à l’unité nationale du gouvernement suite à l’assassinat de Samuel Paty, et dans un contexte d’atonie généralisée.

Malgré tout, le succès en demi-teinte de la grève nationale d’hier invite à s’interroger sur certaines de ses limites. D’abord, le retrait des lycées de la lutte après les maigres concessions de Blanquer constitue un problème profond. On ne peut se satisfaire de l’autorisation de mettre en place quelques demi-groupes alors que le manque structurel de moyen reste en place ! Surtout, ce retrait conduit à jouer le jeu du gouvernement qui voulait, par ses annonces, sortir du jeu le secteur le plus dynamique mais surtout le seul qui accueille des élèves suffisamment âgés pour se garder tous seuls… Pour le reste des établissements, les moindres concessions s’annoncent plus difficiles à décrocher, garderie du MEDEF oblige !

Pour autant, ce retrait d’une partie du secondaire n’est pas dissociable de la stratégie des directions syndicales dont le plan de bataille est clairement insuffisant pour nouer un rapport de force à la hauteur. Or, dans ce cadre, comment espérer entraîner l’ensemble de l’Education nationale. Si l’écrasante majorité des personnels de l’éducation sont favorables à une augmentation des moyens et à des embauches massives, il n’y a toujours pas de plan de bataille qui puisse donner confiance en une victoire possible. Pourtant ces revendications prennent aujourd’hui un caractère d’urgence inédite, car leur gain est la condition de l’application des protocoles.
Il en va de même pour les autres secteurs. Depuis le début de l‘épidémie, le gouvernement maintient sa ligne austéritaire et pro-patronale avec des dizaines de milliards pour le patronat, mais pas de moyens supplémentaires dans les transports, dans les écoles ou dans les universités. Même pour les soignants, Macron s’est contenté d’un chèque très limité dans le cadre d’Accords de Ségur loin de mettre fin à l’austérité à l’hôpital.

Dès lors, pour imposer au gouvernement des mesures à la hauteur c’est d’une mobilisation massive dont on aurait besoin, qui permettent de donner des perspectives à la colère présente dans tout le pays. Il n’y a rien à attendre du dialogue, et les enseignants l’ont montré en imposant eux-mêmes leurs protocoles sanitaires. Mais pour de vraies réponses, ces bricolages ne sauraient suffire et les directions syndicales devraient immédiatement proposer un véritable plan de bataille pour l’ensemble des secteurs. De l’Education Nationale aux transports, dont certains travailleurs étaient présents ce mardi en passant par les universités, l’industrie mais aussi les très nombreuses entreprises qui font face à des plans de licenciement ou des APC.

« Les médias parlent de grève sanitaire, on est là pour dire que cette grève est plus profonde et pas uniquement sanitaire. Ça fait 3ans qu’on se mobilise contre les réformes Blanquer ! (…) Ca fait longtemps qu’on demande une mobilisation nationale, un plan de bataille national, et il aura fallu attendre le 10 novembre pour que les syndicats de l’Education appellent à une mobilisation nationale… » expliquait hier Marion, prof à Aubervilliers. Pour faire battre le gouvernement en retraite c’est un plan de bataille dont nous avons besoin, et qui dépasse même le cadre de l’Education Nationale.




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