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Grève dans la santé : « Cette journée rassemble les secteurs de l’hôpital, elle ne doit pas s’arrêter là »

Ce mardi, les travailleuses et travailleurs de la santé seront mobilisés partout en France. Retour sur la grève avec Marie Laure Charchar, buandière, secrétaire de la CGT Blanchisserie du CHU de Bordeaux et militante à Révolution Permanente.

lundi 6 juin

Révolution Permanente : La crise de l’hôpital public n’a jamais été autant visible et les conséquences se font de plus en plus sentir pour l’ensemble de la population, particulièrement avec la fermeture des services d’urgences dans plusieurs villes. L’intersyndicale appelle donc à une journée de mobilisation ce mardi, quelles revendications sont portées ?

Marie Laure Charchar, buandière, secrétaire générale de la CGT blanchisserie du CHU de Bordeaux : Les revendications qui sont portées ce 7 juin le sont en réalité depuis des années : l’urgence de la situation n’est pas nouvelle, elle ne fait que s’empirer chaque jour. Que les urgences des hôpitaux ferment partiellement et amènent le tri des patients signifie un changement important et remet en avant les revendications portées ces dernières décennies. L’arrêt de la fermeture des lits dans les hôpitaux et leur augmentation est un aspect central et fondamental si on veut envisager une amélioration de la situation.

Pour cela, il faut recruter et embaucher du personnel hospitalier à toutes les échelles, ce qui ne peut être envisagé si ce n’est pas accompagné d’une revalorisation des salaires. Il ne faut pas s’y tromper, si énormément de soignants préfèrent démissionner, partir dans le privé ou totalement changer de vie c’est bien parce que l’emploi dans les hôpitaux devient de plus en plus précaire. Les salaires ou les primes sont tellement bas que les hospitaliers ne veulent plus y travailler. Si une bonne partie des démissions sont liées à cette précarité, il est d’autant plus compliqué d’attirer du nouveau personnel.

Ainsi les revendications fondamentales tournent autour de cela : l’augmentation des salaires, le recrutement et la formation, mais aussi des investissements pour répondre aux manques de moyens selon les besoins.

Ce sont des réponses de fond qu’il faut apporter à la crise des urgences. Bien loin des solutions amenées par le gouvernement en lien avec les ARS, de faire appel à des intérimaires et des médecins libéraux pour pallier au manque d’effectifs. A côté de Bordeaux, l’hôpital de Sainte Foy s’est vu refuser par l’ARS la fermeture de leur service d’urgences décidé par la direction : ils ont décidé de faire appel à des intérimaires à la place. Ceci ne peut pas être considéré comme une solution.

Révolution Permanente : En réalité cette situation est loin d’être nouvelle, déjà en 2019 avant la pandémie, les services d’urgences se mobilisaient au côté d’autres services pour défendre l’hôpital public. Depuis la fin du premier confinement et la mobilisation contre le Ségur de la santé, des grèves sectorielles émergent régulièrement et une colère claire se fait ressentir au niveau des hospitaliers. Quelles sont les perspectives de mobilisation pour toi ?

Marie Laure : La colère est présente depuis longtemps, on pourrait remonter bien avant 2019. Ça fait plusieurs années que l’hôpital souffre des politiques néolibérales, la pandémie de Covid-19 a seulement permis de faire voir à tout le monde les conséquences terribles que nous voyions déjà en tant que travailleurs à l’hôpital.

La perspective du gouvernement est claire : ils se servent de la crise des différents services, en particulier celle des urgences pour légitimer et justifier le recours au privé. C’est de plus en plus visible : les services publics, ici plus précisément la santé, sont en jeu. D’ailleurs on sait très bien ce que va donner la « mission d’informations » annoncée par Macron la semaine dernière…

Face à ça nous devons commencer à nous organiser et à construire une mobilisation en défense de la santé publique. Pour cela, la journée de mobilisation de ce mardi est une bonne chose car elle permet de rassembler l’ensemble des secteurs de l’hôpital autour d’une date commune. Se battre de manière isolée comme c’est souvent le cas ces derniers mois nous épuise et nous démobilise en partie. La date de demain doit nous servir à discuter et nous redonner envie de nous battre.

Mais il faut des perspectives : cette journée ne doit pas rester encore une fois isolée. Sinon ce sera une journée de plus pour laquelle nous ne faisons que perdre notre salaire, qui ne peut que démoraliser les hospitaliers déjà au bout du rouleau. Souvent les directions syndicales se contentent d’une journée de mobilisation en prétextant de la démoralisation et le manque de combativité des hospitaliers. Mais le problème n’est pas la volonté des travailleurs, mais plutôt la stratégie portée par les directions syndicales.

Nous devons réellement faire naître un plan de bataille afin de construire le rapport de force qui est la seule issue possible pour envisager une victoire. Cela commence par unir nos forces, unir les différents secteurs de l’hôpital habituellement divisés et chercher à se lier avec la population qui est la première touchée par la casse de l’hôpital. Pour cela il est nécessaire d’avoir la main sur notre lutte.

Révolution Permanente : Les fermetures des services d’urgences, le manque de personnel et l’épuisement des soignants atteignent un point de non-retour et laissent présager un scénario dramatique. La perspective d’une surmortalité cet été due à cette situation est de plus en plus discutée. Surtout, nous savons pertinemment que ce sont principalement les couches les plus précaires de la population qui sont impactées. Nous sommes clairement face à une urgence, pour toi quel programme doit être porté pour y faire face ?

Il est important de voir derrière cette situation la place de plus en plus importante du privé qui veut apparaitre comme un remède à la crise de l’hôpital public. Sa casse, orchestrée par le gouvernement, permet de dégager les espaces rentables de la santé pour le privé. Aujourd’hui les cliniques privées prennent de l’ampleur et offrent des conditions de travail plus avantageux. Dans cette concurrence encouragée, les perdants ce sont nous les travailleurs et la population, car au final les services de santé sont au rabais ou inaccessibles.

La santé n’est pas un budget, c’est une chose essentielle pour nos vies. Ainsi, en plus des mesures d’urgences portées par la mobilisation de demain, nous devrions affirmer que l’hôpital public doit être dans les mains des hospitalières et hospitaliers et non plus dans celles des technocrates. A l’opposé de la marchandisation promise, les travailleurs de la santé avec la population sont les seuls à savoir ce dont nous avons besoin. Ainsi, si la nationalisation de l’ensemble des services de santé, privés ou publics, est fondamentale, ces derniers doivent être mis sous contrôle des travailleurs eux-mêmes pour des soins de qualité et un accès universel. Tout cela doit être financé par l’Etat et le privé qui ont fait suffisamment d’argent sur notre dos pour le faire.



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