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Notre classe

#greve3novembre

Grève dans les collèges et lycées : profs et élèves mobilisés pour exiger des demi-groupes et un réel protocole sanitaire

Nouvelle journée sous tension dans l'éducation nationale. Ce matin dans de très nombreux collèges et lycées, grève, blocus et débrayage étaient une nouvelle fois à l'ordre du jour. Entre un protocole sanitaire particulièrement insuffisant et une instrumentalisation de l'hommage à Samuel Paty, la colère gronde.

mardi 3 novembre

Une mobilisation d’ampleur

 
Lundi 2 novembre déjà la rentrée des classes se déroulait dans un climat de haute tension. La gestion erratique et mensongère de la rentrée par le gouvernement et l’annulation des deux heures de concertation prévues dans les établissements pour que les enseignants puissent préparer l’hommage à Samuel Paty, ont terminé d’entamer la patience des enseignants déjà mis à rude épreuve depuis le début du quinquennat. Ce mardi une nouvelle fois la colère des professeurs s’est exprimé autour de grèves massives et ce particulièrement en île de France, où plus de cinquante établissements étaient à nouveau concernés par des blocages, grèves et débrayages. Sur l’ensemble du territoire national, selon un collectif d’enseignants c’est plus de 250 établissements dans lesquels il y aurait eu des débrayages, des Assemblées Générales, des mouvements.
 
Ce sont également de nombreux lycéens qui ont exprimé leur colère au côté de leur professeurs en bloquant les lycées. A Paul Eluard dans le 93, les lycéens ont une nouvelle fois bloqué leur établissement pour exiger des moyens et la mise en place d’un protocole sanitaire décent.
 

 
Aux cris de être trente dans une classe ce n’est pas normal, nos parents sont en danger les élèves ont décidé dans de nombreux lycées de les bloquer. A Paris une dizaine de lycées ont été bloqués, que ce soit à Ravel, Hélène Boucher, à Sophie Germain ou encore à Colbert, où des lycéens ont été vivement réprimés par la police. Dans la petite et la grande couronne francilienne également, de nombreux lycées et collèges ont été en mobilisation (Bobigny, Saint-Denis, Livry-Gargan, Epinay-sur-Seine, Drancy, Nanterre…). Mais c’est le cas aussi à Nantes, à Saint-Nazaire où 300 lycéens se sont réunis devant la cité scolaire Aristide-Briand ou encore à Besançon. Souvent ils ont été exposés à la répression, ce dont s’est gargarisé le recteur de Paris : « il y a eu une très grande réactivité des chefs d’établissement des forces de l’ordre, les établissements ont été libérés à 9h30 » à France Info. A Colbert lycée parisien, les forces de l’ordre ont chargés et gazés les lycéens.

 

Des demi-groupes de classe et un réel protocole sanitaire

L’imposture de protocole sanitaire proposé par Jean-Michel Blanquer ne convainc personne : récré à l’intérieur des salles de classes, toilettes fermées, et surtout aucun dédoublement de classe qui laisse les classes et les établissements surchargés et les brassages omniprésents. Dans ces circonstances, la distanciation sociale est impossible et les possibilités de contamination exponentielle. Alors même que la situation sanitaire est dramatique et qu’un reconfinement de la population, à l’exception du monde du travail, est en place.

Dans des lycées parisiens, et même ailleurs comme en Seine-Saint-Denis (Utrillo à Stains, Feyder à Epinay,…) les demi-groupes ou des mesures d’alternance des classes ont été arrachés par la mobilisation.

Demi-groupes et alternance des classes, c’est la revendication majoritaire qui émerge des salles des profs et qui cherche à être obtenue par la grève. Mais aussi, l’embauche des agents de nettoyage pour faire face au manque d’effectifs, des embauches d’enseignants pour permettre les dédoublements, la distribution de masques gratuits, des infirmières et des assistantes sociales. Bref, un réel plan dans l’éducation pour faire face à la crise sanitaire, économique et sociale ouverte par le Coronavirus. Un plan qui permette de donner des moyens pérennes dans l’éducation pour traverser l’épreuve sanitaire sans le retour à l’enseignement en distanciel.

Désormais en première ligne comme de nombreux travailleurs et comme les personnels soignants, les enseignants font eux aussi les frais de la politique gouvernementale qui ne pense qu’au profit et pas à nos vies

 

Une colère qui se déconfine et qui s’organise

Après deux semaines de vacances, cette rentrée promettait d’être explosive. En effet, d’une part les enseignants se retrouvaient pour la première fois tous ensemble et face à leurs élèves après le terrible assassinat de Samuel Paty. La mise au rabais de la journée d’hommage par l’annulation des deux heures de concertation promises aux enseignants mais aussi la récupération politique d’un hommage qui se retrouvait particulièrement censuré étaient alors des sujets déjà sensibles. Dès lors, la réduction de l’hommage à une minute symbolique plus la lecture propagandiste d’une lettre de Jean Jaurès ont mis le feu aux poudres. D’un autre côté, les mensonges du gouvernement sur la rentrée scolaire autour notamment de la farce d’un « protocole sanitaire renforcé »ont poussé les enseignants à se mettre en grève. Partout les enseignants réclament des conditions de sécurité sanitaires acceptables, des groupes réduits et des moyens supplémentaires pour faire face à la crise.

Depuis plusieurs jours des signes avant-coureurs d’une mobilisation d’ampleur se dessinaient. Le 31 octobre sur les réseaux sociaux le #Blanquerdemission se glissait en tendance France, de la même façon les déclarations du gouvernement faites autour de l’instrumentalisation de l’assassinat de Samuel Paty avaient une nouvelle suscité la colère du corps professoral, notamment autour de la déclaration ridicule du ministre de l’éducation : « Ce gouvernement a choyé les enseignants » et de la percée du #jesuischoyé. Ce qui anime ce début de mouvement dans l’éducation nationale c’est un ras de bol généralisé. Ce mouvement de colère arrive dans une situation où se cumulent les défiances vis-à-vis de Blanquer, du gouvernement et de l’union nationale qu’il cherche à imposer. Après les mobilisations contre les E3C et la réforme des retraites, le mépris gouvernemental semble mettre le feu aux poudres. Plus intéressant encore cette colère généralisée s’accompagne d’un caractère particulièrement démocratique et organisé, pour un secteur qui se mobilise depuis trois ans contre les réformes Blanquer, mais qui n’a jamais autant développé de capacités d’organisation rapide à la base, comme nous l’explique Pierre, professeur d’Histoire-Géographie à Bobigny : « On s’est jamais autant parlé entre prof dans l’éducation il y’a vraiment un sentiment de tous ensemble qui se dégage. On s’appelle tout le temps, on fait des réunions en visio, on est en permanence sur Whatsapp à partager les infos. On est un établissement sans tradition militante et pourtant, tout le monde veut participer, apporter sa contribution, même le lien avec les parents est essentiel, leur soutien et leur compréhension sont pour nous une force pour cette lutte ! ». Dans de nombreux établissements se sont multipliés les assemblées générales, les débrayages se sont multipliés.

Face à une situation où rien n’est fait par le gouvernement, les parents, les personnels, les élèves et les professeurs ont besoin de s’organiser pour décider collectivement dans des comités d’hygiène des besoins matériels et humains de chaque établissement. Ce sont eux qui doivent décider si des conditions acceptables pour continuer à faire marcher les écoles. Car ce sont eux qui sont en première ligne et prennent les risques pour leur santé.

Dans cette situation hors norme il faudrait aussi imposer l’adaptation des programmes, le report des épreuves terminales de spécialité du bac prévue pour début mars et faire acter que les examens ne peuvent pas se dérouler dans des conditions normales, quoi qu’en dise et quoi qu’en pense Blanquer. Aujourd’hui plus jamais ce dont l’éducation nationale a besoin c’est de moyens, de professeurs supplémentaires pour faire face à la crise.




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