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Grève dans les crèches. Les raisons de la colère

Mouvement national de grève, très suivi, ce mardi, contre le dernier mauvais coup en date du gouvernement. La cible ? La petite enfance, avec les professionnelles mais également les bébés qui y sont accueillis.

mardi 2 février

La crise sanitaire a contribué à mettre en lumière une réalité que le capital tend habituellement à cacher : le travail de reproduction sociale, rémunéré ou pas, est crucial pour son fonctionnement. En même temps, la crise a exposé au grand jour à quel point ce travail est exploité. Pour autant, le gouvernement et le patronat ne se privent pas de la possibilité d’élaborer de nouvelles façons d’intensifier cette exploitation, parfois sous couvert de « politique sociale ». C’est le cas de la réforme sur la simplification des normes d’accueil du jeune enfant, dont la dernière version a été présentée par le ministère des Solidarités et de la Santé le 15 décembre, et contre laquelle les travailleuses des crèches sont en grève aujourd’hui à l’appel du collectif Pas de Bébés à la Consigne.

Après une longue gestation et plusieurs mésaventures, la Loi d’accélération et de simplification de l’action publique, « Asap », a été promulguée en décembre. Son article 99 habilite le gouvernement à réformer l’accueil de la petite enfance par ordonnance. Or, les projets d’ordonnance et de pré-décret présentés aux professionnelles des établissements d’accueil des jeunes enfants, en dépit de quelques modifications de dernière minute menacent de rendre le travail des travailleuses de la petite enfance encore plus dur et exploité. Augmentation des cadences, précarisation de l’emploi, dégradation du cadre de travail et possibilité pour les patrons d’employer davantage de personnel sous-payé : voilà en quoi risquent de se traduire les mesures proposées par le gouvernement pour les établissements d’accueil des jeunes enfants.

Comme le relate le collectif Pas de bébés à la consigne, qui rassemble plusieurs syndicats et associations de professionnelles de la petite enfance, parmi les mesures proposées par la reforme Taquet – du nom du Secrétaire d’État à l’Enfance et aux familles qui la porte - figurent la possibilité de porter le taux d’encadrement à une professionnelle pour six bébé qui ne marchent pas (contre 1 pour 5 aujourd’hui) ; la hausse du nombre d’enfants accueillis dans les micro-crèches, qui va passer de 10 maximum à 12 ; la possibilité pour les crèches d’accueillir 15% d’enfants en surnombre tous les jours. Concrètement, cela se traduira en une augmentation des rythmes de travail, déjà très intenses dans un secteur qui compte un taux de turn-over et d’épuisement très élevé et de très bas salaires, notamment dans le privé. Comme en témoignait une travailleuse lors de la dernière journée de grève nationale du secteur, organisée le 3 décembre dernier, contre la réforme Taquet, « mal de dos, souffrance morale, burnouts… Vue la situation, beaucoup de professionnels quittent déjà la profession, il y a un ras-le-bol. Certains enfants peuvent changer de professionnelles cinq fois dans l’année. Ils viennent, ils repartent, et ne sont pas forcément remplacés, vu le bas niveau des salaires. Les conditions sont pires d’années en années ».

Et si les salaires sont déjà faibles et le travail précaire la règle ou presque, la reforme risque d’empirer la situation. En effet, parmi les mesures proposées par le gouvernement, on trouve aussi l’inclusion des apprentis pour 15% dans le calcul du taux d’encadrement des crèches. En outre, le ratio de 40%/60% entre personnel plus et moins « qualifié », dans un secteur qui est hiérarchisé à l’extrême, va rester en place – en dépit des critiques des professionnelles du secteur – et sera même renforcé. Il faut savoir que les professionnelles les moins qualifiées touchent à peine le smic, voire souvent moins, et cela notamment dans le secteur en plein essor des crèches privées. Pour finir, la reforme permettra de diminuer en « zone dense » le nombre de mètres carrées par enfant (de 7 à 5,5), au détriment non seulement des bébés mais aussi des travailleuses qui s’occupent d’eux-elles. En résumé, dans les quartiers populaires, où la densité de l’habitat est déjà importante, les enfants auront droit à moins d’espace pendant leur temps de crèche. Dans le XVI°, en revanche, on respirera mieux.

Cette réforme représente un cadeau pour le patronat à double titre. D’un côté, elle va profiter aux crèches du secteur privé lucratif, et en particulier aux grands groupes comme Babilou, People&Baby ou Les Petits Chaperon Rouges, qui vont pouvoir faire encore plus d’argent au détriment de la vie et de la santé des travailleuses. De l’autre, elle va permettre d’ouvrir ds nouvelles places en crèche – il en manque encore au moins 200 000 en France – sans que les patrons, qui contribuent à subventionner à travers les cotisations patronales versées à la branche famille les crèches, n’aient à débourser plus d’argent. Cela signifiera donc pour le patronat plus de travailleurs, et notamment de travailleuses disponibles - puisque leurs enfants sont gardés en journée - au moindre prix.

Contre cette réforme, les grévistes des crèches donnent rendez-vous à toutes et tous dans 31 villes en France. Le mouvement est non seulement très suivi dans les grandes villes, Paris et sa banlieue, Marseille, Lyon, Bordeaux Rennes ou Nantes, mais ailleurs également comme en témoigne, entre autres, la fermeture de 10 établissements à Tours, des crèches à Vitré et Etrelles, de trois structures à Bourges, trois dans l’agglomération de Saint-Omer ou encore 4 à Firminy. Et avec cette nouvelle journée nationale de grève, les professionnelles n’ont pas dit leur dernier mot contre le projet Taquet, en défense de leurs conditions de travail, des salaires et de nos enfants.




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