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Grève dans les raffineries. Le gouvernement a menti sur l’ampleur des pénuries de carburant

Une étude de l’AFP confirme que le gouvernement a menti sur l’ampleur de la pénurie de carburant en présentant des chiffres nettement en-deça de la réalité. Une manœuvre -bien connue- de la macronie, pour tenter de minimiser les effets de la grève et reléguer au second plan la bataille menée par les raffineurs pour leurs salaires.

vendredi 21 octobre 2022

Capture d’écran du discours d’Olivier Véran du 5 octobre, dans lequel il assure qu’il n’y a pas de pénurie de carburants

Ces dernières semaines, plusieurs déclarations du gouvernement se sont succédées- d’Emmanuel Macron à Elisabeth Borne en passant par Olivier Véran- soit pour atténuer le phénomène de pénurie provoqué par les grèves dans les raffineries, soit pour annoncer des « retours à la normale » qui n’ont jamais eu lieu. Mis en difficulté et bousculé de toute part à cause de sa gestion du mouvement de grève, le gouvernement aurait-il menti sur l’ampleur des pénuries de carburants ? C’est ce que confirme une analyse de l’AFP, réalisée à partir des données officielles.

Face à la grève pour les salaires débutée le 20 septembre à ExxonMobil et le 27 septembre à Total, qui a rapidement provoqué une paralysie des stations essences, le ministère de la Transition énergétique a communiqué quotidiennement sur l’ampleur de la pénurie, afin dans un premier temps de chercher à la minimiser.

Au pic de la pénurie, il affirmait ainsi que 31% des stations services étaient « en difficulté », soit qu’elles manquaient d’au moins un carburant, entre gazole et essence, parmi les différents proposés à la pompe (SP95, SP95-E10, SP98). En réalité, l’AFP estime que 47% des 9900 stations-services du pays étaient dysfonctionnelles, avec 31% de l’ensemble de ces stations ne fournissant ni gazole ni essence, quand le reste ne proposait qu’un seul type de carburant. Les chiffres fournis par le gouvernement se situaient donc largement en-deçà de la réalité. Ce dernier a reconnu à l’AFP qu’il ne comptait qu’un seul type de stations dysfonctionnelles, celles se déclarant en « rupture », en omettant de renseigner celles déclarant que que leur carburant était « non distribué ».

Mis en difficulté par une grève qui a bousculé son calendrier, et critiqué par la droite sur son manque de fermeté, la macronie a joué la stratégie de l’endiguement pour tenter de reléguer le conflit au second plan. Car au-delà des mensonges quant à la fermeture des stations-services, le gouvernement a tenté d’imposer un discours faisant reposer les problèmes de stocks sur les « mouvements de panique » des automobilistes. Une manière de minimiser les impacts de la grève et d’isoler les raffineurs, ce pour éviter que la question de l’augmentation des salaires ne se propagent dans le pays. Mais si le gouvernement a maintenu ses mensonges, il a été obligé de changer de braquet face au maintien de la pénurie en procédant d’abord à un « raffineur-bashing » pour retourner l’opinion publique contre les grévistes, avant d’annoncer leur réquisition.

Pour autant, les tentatives du gouvernement d’éteindre la colère ont été vaines. D’une part, parce que la bataille lancée il y a plus de trois semaines chez ExxonMobil, qui continue encore dans certains sites chez Total, est venue remettre au goût du jour la méthode de la grève reconductible et du blocage de la production dans le mouvement ouvrier. D’autre part, parce que les revendications portées par les raffineurs sur les salaires ont fait leur chemin et se propagent dans d’autres secteurs, comme Airbus, Air Liquide, Ponticelli Frères...un réchauffement des luttes que le gouvernement risque d’avoir du mal à mettre sous le tapis.



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