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Uberisation

Grève des chauffeurs de VTC : « C’est de l’esclavage »

Pour la cinquième fois en un peu plus d'un an, les chauffeurs de VTC (Voiture de Transport avec Chauffeur) ont manifesté leur colère. En tant que pointe avancée de « l'ubérisation » de l'économie, tant revendiquée par Macron, ils subissent de plein fouet les effets de cette nouvelle forme d'esclavage moderne. A. Bronstein

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Jeudi, plusieurs axes de circulation parisiens étaient bloqués par les conducteurs de VTC, qui exprimaient leur désarroi face à des conditions de travail extrêmement difficiles, et qui ne cessent de se dégrader. Car Uber, érigé en modèle économique notamment par l’ex ministre de l’économie aujourd’hui candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron, est une illusion de travail facile pour les plus précaires. Alors qu’une licence de taxi est presque impossible à obtenir, nombreux sont les conducteurs qui optent pour une inscription sur une plateforme Uber ou un concurrent, qui se présentent au premier abord comme des créateurs d’emplois, surfant sur le développement de la technologie, à la pointe du progrès. Pourtant, la vie d’un chauffeur VTC est bien moins rose qu’elle n’y parait, et ces mouvements de grève permettent de faire le jour sur les conséquences de l’ubérisation du monde du travail.

En effet, le prix des courses, imposé par la plateforme, ne fait que baisser, et les commissions touchées par Uber sont de plus en plus importantes. Nombreux sont les chauffeurs qui travaillent plus de 60 heures par semaine pour joindre les deux bouts. Et bien évidemment, ils ne bénéficient d’aucune couverture sociale, car ce système permet de contourner la législation du travail, jugée encore bien trop contraignante par les dirigeants du groupe. Et si c’est Uber et le secteur des VTC sur lesquels se concentrent les revendications, le problème est le même dans tous les services payants qui utilisent le même modèle.

Le gouvernement s’est érigé en médiateur dans ce conflit, acceptant de rencontrer une délégation de chauffeurs de VTC. Mais leur principale crainte était de voir les blocages s’intensifier et durer, Alain Vidalies, Secrétaire d’État chargé des Transports, ayant notamment déclaré vouloir « mettre fin à ce mouvement qui perturbe la circulation sur la voie publique », condamnant « fermement toutes les formes de violence constatées dans ces manifestations ». Les dirigeants français d’Uber font, quant à eux, la sourde-oreille, n’acceptant de rencontrer qu’une seule organisation syndicale parmi celles qui représentent les chauffeurs, disant que « les conditions d’une discussion n’étaient en aucun cas réunies ».

Manuel Valls, de son côté, tente de tirer son épingle du jeu en décrétant sur Facebook que « la grève des chauffeurs de VTC montre combien l’ubérisation de notre économie et l’apparition de nouveaux métiers, de nouvelles formes d’emploi, demande de nouvelles régulations. Le travail doit être rémunéré à sa juste valeur. Et les travailleurs indépendants doivent bénéficier des mêmes protections que garantit notre droit du travail ». Une subtile manœuvre afin d’attaquer l’un de ses concurrents direct (en cas d’élection à la primaire) lors de la présidentielle. En effet, l’ubérisation de l’économie et du monde du travail et l’un des axes forts du programme d’Emmanuel Macron, l’un de ses principaux faits d’arme lors du quinquennat Hollande et un point que l’ex ministre de l’économie met particulièrement en avant pour siphonner des voix aux déçus du Hollandisme, du centre et d’une partie de la droite qui peut être réfractaire à François Fillon.

Les intérêts des chauffeurs de VTC, en revanche, sont bien loin de ces manœuvres de couloir. En effet, ils consistent dans un premier temps à "désuberiser " leurs emplois, et à pouvoir bénéficier de la protection sociale et de cadences de travail correctes avec un salaire décent. Pour arriver à sortir de l’impasse, il est nécessaire de revendiquer la levée du quota des permis de taxi, véritable machine à précarisation, le tout dans un cadre général d’intégration à un service public des transports gratuit et accessible à tous, à salaire fixe, dans les coordonnées d’une répartition du temps de travail à même de mettre un terme au chômage et à la précarisation des emplois.


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