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Notre classe

Pénibilité et dignité

"Moins importants que nos déchets". Les grèves se multiplient chez les éboueurs

Une vague de mobilisations est en cours dans le secteur de la propreté, du Nord-Isère à Toulouse où débutent des grèves, en passant par Saint-Nazaire qui vient de conclure un accord ou encore à Marseille où les réquisitions viennent d’être lancées.

jeudi 16 décembre 2021

crédit photo : CGT CAPI

Si les situations ne sont pas exactement similaires, on observe une vague de mobilisations dans le secteur de la propreté, et plus spécifiquement chez les éboueurs. Ces travailleurs dénoncent aujourd’hui des conditions de travail qui se dégradent comme partout, mais surtout un mépris des directions communales qui marchent sur des acquis relatifs notamment à la pénibilité.

Depuis le 25 novembre à Marseille, depuis le 15 décembre dans le Nord de l’Isère, dès ce jeudi à Toulouse, ou encore à Saint-Nazaire où un accord vient d’être trouvé, on observe donc des mouvements importants d’éboueurs.
L’un des points communs à ces mobilisations réside dans l’application de la réforme de la fonction publique, votée en juillet dernier. Cette réforme vise l’ensemble des secteurs, avec une augmentation du temps de travail sans augmentation des salaires, alignant tout le monde à 1607 heures, sans prise en compte de la pénibilité et notamment pour les agents en charge de la gestion des déchets.

« On a l’impression d’avoir moins d’importance que nos déchets »

Dans chaque mobilisation on ressent le même mépris de la part des dirigeants, avec des refus de négocier ou des conditions tout simplement inacceptables. La nouvelle réforme va notamment supprimer les faibles acquis du secteur sur les questions de pénibilité, remplaçant des jours de congés par des aménagements du temps de travail (ATT) conditionnés par des nombres de jours d’absences. Un agent rappelait à Ouest-France : «  Quand cela fait trente ans que tu travailles à ramasser les poubelles, tu as mal au dos, tu as mal aux épaules, aux genoux. Tu es obligé d’arrêter de bosser pour te soigner ».

L’application de cette loi révèle un profond mépris des dirigeants politiques des conditions de travail quotidiennes combiné à une volonté toujours plus grande de faire des économies sur le dos de secteurs déjà précaires, où l’espérance de vie est plus faible et les accidents réguliers.

Sylvain Fuster, délégué syndical et représentant du personnel CGT SMND (Syndicat Mixte Nord Dauphiné) est revenu pour nous sur la mobilisation en cours dans le Nord de l’Isère et l’Est Lyonnais, lancée par les agents des sites de Bourgoin-Jallieu et Heyrieux.

La méthode de leur direction a été particulièrement scandaleuse, proposant, en plus de l’application de la loi de juillet dernier, un moratoire interdisant au syndicat de renégocier à l’avenir. Mettant ainsi fin aux négociations en cours, la direction méprise depuis les agents qui sont massivement entrés en grève depuis mercredi.

Ce sont ainsi plus de 180 agents qui ont dénoncé les méthodes de la direction et affirmé leur refus des conditions d’applications de la réforme. Avec 95% de grévistes, seulement 2 des 27 camions sont sortis des dépôts ce mercredi. Aujourd’hui, c’est une bataille pour conserver de faibles acquis qui s’est ouverte et la combativité des agents est notamment renforcée par une séquence sanitaire qui les a mis en première ligne sans aucune reconnaissance. Sylvain Fuster nous confie : « On a l’impression d’avoir moins d’importance que nos déchets  ».

A Toulouse, on retrouve la même problématique, avec une grève débutée ce jeudi, menée par une inter-syndicale large composée par FO, la CGT, la FSU, LS Autonomes, Sud et l’UNSA. Le conflit avait débuté en amont, mais le dépôt d’un préavis de grève reconductible vient acter un rapport de force plus dur avec leur employeur, Toulouse Métropole, qui maintient sa position de vouloir notamment mettre fin au « fini-parti » historique dans la ville.

La mairie se cache aujourd’hui derrière la réforme de la fonction publique pour attaquer cet acquis et conditionne toute suite des négociations à la fin de ces pratiques. Les syndicats annoncent à travers France 3 Région 70% de grévistes et un mouvement reconductible qui pourrait durer.

Mépris et répression : à Marseille le cap des réquisitions

A Marseille, la grève toujours en cours aujourd’hui est plus complexe, avec une première séquence dès le début d’année, où la métropole avait trouvé un « accord cadre » avec Force ouvrière, principale organisation syndicale du secteur. Toujours autour de la réforme estivale qui visait à augmenter le nombre d’heures de travail, l’enjeu des négociations était centré sur un pourcentage de « décote », réduisant finalement les 1607 heures obligatoires. Un accord initial à 1550 heures annuelles avait été signé par FO seul, déclenchant fin novembre un mouvement de grève de la CGT et de la FSU.

Début décembre, FO rejoignait à nouveau le mouvement estimant qu’il pouvait obtenir mieux. Le front ponctuel initié à ce moment a fait courir un vent de panique dans la Métropole qui a connu des grèves historiques du secteur.

Ces derniers jours, la situation s’est accélérée avec la défection de deux syndicats, la CGT et la FSU qui signeraient un accord à 15% de décote, alors que FO compte bien poursuivre le mouvement, Patrick Rué déclarait sur France Bleu : « 10% ou 15% voilà ce que ça veut dire : 10% les agents travailleront 7h20 et l’accord proposé c’est 6h57, c’est ça la vérité, c’est ça les chiffres clairs. Arrêtons de nous enfumer avec des pourcentages qui ne correspondent à rien. Est-ce que les agents vont vouloir travailler 6h57 ? Je crois savoir que non ».

De plus, rien ne dit que le pourcentage de décote négocié avec la métropole ne sera pas bloqué au niveau légal par la réforme, qui laisse une marge de manœuvre mais sans aucune garantie. Cet obstacle légal renforce la nécessité de constituer une coordination des éboueurs en grève contre la réforme de la fonction publique et pour les conditions de travail et les salaires à l’échelle nationale.

Une chose est sûre, quels que soient les degrés de mobilisation, les patrons et en l’occurrence les municipalités ne cherchent en aucun cas à voir les vrais problèmes et enclenchent très rapidement des outils répressifs contre ces grèves d’éboueurs. Que ce soient les menaces d’externalisations ou encore l’embauche de prestataires privés pour casser les grèves. A Marseille, c’est un cap important qui vient d’être passé contre la poursuite de la mobilisation avec un appel à la réquisition des travailleurs en grève. On en est donc à forcer les travailleurs à reprendre le travail alors que ces derniers contestent des conditions intenables.

Face à ces atteintes au droit de grève, il faut largement soutenir les éboueurs qui ouvrent aujourd’hui des batailles importantes. Mais aussi appuyer les revendications qui vont dans le sens d’une réduction du temps de travail, d’autant plus quand celui-ci est particulièrement épuisant ! Lorsque l’on voit le panorama actuel, une coordination des différents services de propreté face à l’application dès le premier janvier de la réforme de la fonction publique constituerait une perspective importante, pour les éboueurs mais aussi pour l’ensemble des secteurs qui entament aujourd’hui des luttes encore trop isolées dans le cadre des NAO.




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