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Notre classe

Grève des éboueurs et égoutiers. Les métiers de salubrité publique en première ligne du mépris !

Suite à la première journée de grève reconductible très suivie des métiers de la propreté de Paris, comme les éboueurs ou les égoutiers, les grévistes ont occupé le siège de leur direction. Ils exigent de meilleures conditions de travail et équipements à la hauteur, en pleine crise sanitaire, pour des métiers essentiels quant à la salubrité publique et pour la protection des salariés !

mercredi 18 novembre

Une grève a commencé dans le secteur de la propreté et de l’eau dans la Ville de Paris, très suivie, entre 30 et 40% de grévistes. Une assemblée générale a décidé de la reconduction de la grève, ainsi que l’occupation du siège de la direction.

Nous avons interviewé Christophe Farinet, agent de la direction de la propreté et de l’eau, et militant au syndicat CGT - FTDNEEA (Filière traitement des déchets, nettoiement, eau, égouts, assainissement) : “nous représentons l’ensemble des corps de métiers de la propreté de la ville de Paris, ce qui comprend les éboueurs, les égoutiers, les conducteurs de benne, les adjoints techniques (qui assurent la maintenance de véhicules), les techniciens des services opérationnels (du nettoiement et de l’assainissement), et les personnels de maîtrise.”.

En pleine crise sanitaire, ces métiers de la salubrité publique ont un rôle central pour de nombreux arguments d’hygiène et sécurité publique. Alors qu’ils étaient applaudis par le gouvernement étant en première ligne de la crise dès le premier confinement, aujourd’hui la seule réponse de la Mairie aux demandes de ce corps professionnel est le mépris : “Aujourd’hui on est en lutte, on demande déjà que la Mairie de Paris applique les préconisations de la Mission Inspection Santé et Sécurité au travail (MISST) ce qu’elle ne fait pas depuis le premier confinement, ce qui fait que nous sommes en danger au travail”.

Le dernier scandale en date, c’est la situation de leurs lieux de travail face au risque pandémique : “Nous savons que dans nos ateliers (qui sont majoritairement en sous-sol) les systèmes d’aération ne fonctionnent pas depuis plus de onze ans ! Cela fait 11 ans que la mairie fait des rapports et des constats, mais ne prend aucune mesure. On sait que les lieux clos, où il n’y a pas d’aération en pleine pandémie, le virus circule plus facilement. Un tas de collègues ont été touchés, obligés de s’arrêter”.

Ce qu’ils mettent en avant également dans leurs revendications, c’est leurs équipements qui, encore plus en pleine pandémie, sont loin d’être à la hauteur de la dangerosité de leur travail : “On a des équipements de protection individuelle (EPI) qui ne sont pas à la hauteur, on a des masques chirurgicaux pour travailler alors qu’on a besoin dans certaines tâches de masques plus techniques, à ventilation ! Aujourd’hui on revendique au minimum des FFP2, étant donné qu’on est au contact d’ordures ménagères, des égouts…

“On constate l’échec de la gestion de la crise, en sacrifiant l’hôpital public”

“On sait que le virus se propage beaucoup dans les eaux usées : le métier d’éboueur, d’égoutier, est dangereux ! On estime que le métier qu’on fait c’est un métier de salubrité publique. Les égoûts c’est les maladies du Moyen- ge qui peuvent remonter, le covid… Pour une question de santé publique, il ne faut pas laisser ce métier dans les mains des entreprises privées.”

En effet, aujourd’hui, plusieurs signaux montrent que la Mairie veut de plus en plus privatiser ces services. Christophe rajoute : “Des égoutiers avaient dénoncé leurs conditions de travail, en faisant valoir leur droit d’alerte et en enclenchant des procédures de CHSCT, et alors qu’on entendait [au premier confinement] que les éboueurs assuraient la continuité de leur service, que le gouvernement applaudissait des deux mains, etc, pour ceux qui ne sont pas descendus dans le réseau d’égouts, la Mairie a envoyé le privé, dans des conditions encore plus dégradées !”.

En effet, il décrit au téléphone une situation catastrophique dans le privé, où les conditions de travail sont encore pires que celles dans le public, alors qu’elle sont déjà un danger pour les salariés. “On demande une remunicipalisation de tous les tâches confiées au privé, car aujourd’hui la ville de Paris est divisée en deux pour la collecte (10 arrondissements gérés par le public, 10 par le privé) et que tous les arrondissements soient collectés en régie.“

“On a eu l’éxécutive qui a été réélue (Hidalgo avec une nouvelle équipe), avec laquelle on avait entamé des négociations en 2017, notamment sur les revendications de déroulement de carrière, et là on demande la poursuite des négociations, alors que la soi-disante nouvelle équipe a décidé depuis les municipales de repartir de zéro. Il ne faut surtout pas qu’Hidalgo aille dans le même sens que le gouvernement l’a fait avec l’hôpital public : des gens meurent parce qu’on est pas en capacité d’ouvrir suffisamment de lits en réanimation, c’est une situation dramatique. Demain on aura plus besoin d’hygiène, d’être efficaces en termes de santé et salubrité publique. C’est dramatique ! En pleine seconde vague, on assiste à la fermeture de l’hôpital Hotel-Dieu, en plus pour y faire un restaurant avec une zone commerciale, quelle honte ! C’est une logique capitaliste infernale. Plutôt que d’avoir une politique courageuse et forte sur les services publics, on continue à vendre les services publics ! Ils ont beau nous dire que le monde d’après ne devrait plus être le monde d’avant, on n’est pas dupes.”

Une grève très suivie, entre 30 et 40% de grévistes dans la Ville de Paris

“Aujourd’hui, on est partis en grève avec un préavis reconductible, reconduit en Assemblée Générale, on était entre soixante et quatre vingt grévistes pour occuper le siège de la direction, où l’on va rester tant que nos revendications ne sont pas satisfaites, car notre histoire salariale nous démontre que nous avons obtenu des choses à chaque fois que nous étions dans la lutte :

- la protection sanitaire des salariés (avec application des préconisations de la MISST) pour tous les agents
- la remunicipalisation de toutes les tâches confiées au privé
- la reprise des négociations quant à nos déroulements de carrière, qu’ils arrêtent de faire la sourde oreille
- ainsi que la non application de la loi de transformation de la fonction publique, qui est une loi qui a été votée pendant l’été 2019 par le gouvernement Macron, qui remet en cause le droit de grève, ainsi que notre temps de travail : on parle de nous supprimer dès janvier 2021 un certain nombre de RTT, ainsi que des congés annuels.

En gros, ils reviennent sur tous nos conquis ! Sur un notre plan, c’est qu’en cas de privatisation d’un secteur ou d’un service complet, l’entreprise privée absorbe la masse salariale, c’est à dire que le statut public ne nous protège plus !

Alors qu’Hidalgo disait qu’elle ne ferait rien avant les municipales, la loi étant applicable dès janvier 2020, elle annonce après être réélue n’appliquer que la loi, rien que la loi. Vous ne pouvez pas avoir ce double langage : dire qu’on est essentiels d’une part, et après nous donner un coup de poignard dans le dos du personnel. C’est exactement la même logique que le gouvernement de Macron, au service des capitalistes.”

Alors que les grévistes ont une détermination énorme, et annoncent vouloir continuer la grève, reconduite en Assemblée Générale pour ce mercredi, il faut aller les soutenir en les rejoignant devant l’occupation du siège de la direction de propreté et de l’eau, au 103 avenue de France dans le 13ème arrondissement, pour qu’ils puissent maintenir un rapport de forces et obtenir satisfaction sur leurs revendications qui sont élémentaires face à la crise sanitaire.




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