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La bataille des poubelles

Grève des éboueurs : malgré la répression policière et les réquisitions, les grévistes déterminés

A Paris, le 6 mars, les éboueurs ont entamé une grève reconductible qui fait hurler la bourgeoisie depuis. Si les éboueurs ont subi une dure attaque avec les réquisitions, la grève se poursuit dans les incinérateurs et les tentatives de blocage se multiplient. Les ordures ne devraient pas quitter la capitale de sitôt.

Antoine Weil

20 mars 2023

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En grève reconductible depuis le 6 mars, le secteur de déchets et de la propreté parisien a concentré les attaques des médias et du gouvernement. La mobilisation conjointe des éboueurs, des conducteurs de bennes à ordures et des travailleurs des centres d’incinération (salariés d’une filiale privée d’EDF) a provoqué un amassement d’ordures dans la capitale, avec 10 000 tonnes à la fin de la semaine dernière.

Face à cette situation, la bourgeoisie a choisi de réquisitionner les grévistes et de réprimer les blocages pour casser la grève, bien aidée par le silence des directions syndicales et notamment de Laurent Berger

Malgré les réquisitions et la répression, les ordures restent dans Paris

Dans la foulée du 49-3 et du tournant répressif opéré par le gouvernement depuis jeudi, l’Etat s’est attelé à briser la grève des éboueurs. Dès jeudi, le piquet des grévistes du dépôt privé de Pizzorno à Vitry, qui s’occupent des déchets du 15e arrondissement de Paris, a été attaqué par les forces de répression, afin de laisser des intérimaires missionnés directement de Toulon reprendre le travail à la place des grévistes.

Au garage d’Ivry vendredi, malgré l’absence de réquisitions et le fait que 100% des conducteurs étaient en grève, la police a attaqué les travailleurs, en les gazant, les matraquant et les interpellant sur leur lieu de travail. Cette intervention visait à empêcher les blocages des garages, qui tenaient depuis le 6 mars, et préparer le terrain aux réquisitions, qui sont arrivés le lendemain.

Samedi en effet, plusieurs grévistes ont reçu des arrêtés de réquisition, transmis sur le lieu de travail par la sous-préfète de Paris. Cela a notamment été le cas au garage de bennes à ordure du 13ème arrondissement de Paris (on compte 6 garages pour la capitale), où les grévistes ont dû reprendre le travail, malgré la présence de soutiens qui ont bloqué le garage, jusqu’à ce que la police interviennent. Ces réquisitions constituent une attaque d’une rare brutalité contre le droit de grève, et une première pour les éboueurs. En effet, en 1995, c’est l’armée et non les grévistes qui avait été réquisitionnée pour casser la grève. Dans ce contexte, force est de constater que les directions syndicales ont réagi avec peu de force et d’énergie à cette attaque. Laurent Berger bien loin de dénoncer et de préparer une réponse à la hauteur de l’attaque contre le droit de grève, se désolidarisait des grévistes quelques jours avant.

Si le travail a partiellement repris, l’activité des éboueurs de la ville de Paris reste encore ralentie. En effet, les blocages de garage retardent le début des collectes et une partie des éboueurs continue la grève. Aussi, face à la violence de la répression, beaucoup revendiquent de faire une grève du zèle, en respectant excessivement les normes de sécurité pour ralentir la reprise du travail, ou bien de retourner au travail en ayant une activité minime, comme l’expliquait ce gréviste peu après s’est fait gazer par les forces de police .

Enfin, la collecte des ordures est également entravée par la grève des centres d’incinérations. Si depuis le 6 mars, les ordures de 9 arrondissements parisiens gérés par le privé (à l’exception du 15e arrondissement du fait de la grève à Pizzorno) sont collectées, elles n’ont pas pu être brulées dans les centres. Les sites de stockage et de transit, dans lesquels les éboueurs déposent les ordures après leur collecte et avant qu’elles soient incinérés, sont donc en voie de saturation. Cela ralenti également le temps de collecte, avec des files d’attente de près de 2 heures devant le centre de stockage de Romainville (93). Pour ces raisons, la situation des déchets dans Paris devrait évoluer lentement : malgré les réquisitions, la quantité de déchets dans les rues étaient stabilisée à 10 000 tonnes samedi, avant une « baisse légère » dimanche.

Après le 49.3, les grèves et actions se poursuivent : il faut soutenir les grévistes !

La grève se maintient dans plusieurs sites et les éboueurs de la mairie de Paris ont voté aujourd’hui la reconduction de la grève. Dans les centres d’incinération, la CGT énergie continue la grève jusqu’à mardi au moins. Sur le site d’Ivry, les salariés de Suez vont décider mardi après-midi de la suite du mouvement, mais la détermination reste forte, avec près de 90% de grévistes. Ces sites, décisifs dans la gestion des déchets pourraient également être réquisitionnés. Sur le piquet d’Ivry, les travailleurs craignent que cette décision tombe à la fin de la semaine, sans-doute vendredi.

Si les réquisitions ont constitué un coup important, beaucoup de grévistes ont été remotivés par l’annonce du 49-3, comme nous l’ont confié plusieurs délégués syndicaux, qui entendent continuer et durcir la grève. Dans le même sens, Julie, égoutier à Paris, nous confie « après deux semaines de grève et d’occupation des centres, beaucoup de collègues étaient épuisés, penser arrêter la grève : avec le 49-3 ça nous a rebooté, il y a l’opportunité de faire tomber Macron, on ne doit pas passer à côté ! ». Nasser, éboueur à Paris, nous raconte également « après l’annonce du 49-3 beaucoup de collègues sont allés à la Concorde : on ne pouvait pas ne rien faire dans ce contexte ! »

Les travailleurs des trois TIRU (centre d’incinération) continuent cependant de s’organiser, avec des piquets tous les jours à Issy-les-Moulineaux et Ivry, quand le site de Saint-Ouen, bien qu’en maintenance, est également mobilisé. Pour les soutenir, ils ont lancé des caisses de grève, comme ici pour le site d’Issy, ou à pour le site de Pizzorno et appellent à les rejoindre sur le TIRU, qu’ils occupent avec les éboueurs. Face aux risques de réquisition et d’interventions policières, la présence massive de soutiens sera en effet décisive pour empêcher les forces de répression, à l’image de la manifestation au départ de Tolbiac vendredi dernier qui devait se diriger vers la Tiru d’Ivry et au cours de laquelle 5 étudiants dont Léo, militant au Poing Levé et à Révolution Permanente, ont été interpellés.

Dans le même sens, des actions de soutien se multiplient sur les sites des éboueurs réquisitionnés. A Romainville ce matin, le garage était en grève majoritaire, quand le site de stockage a été bloqué par des soutiens extérieurs, étudiants, syndicalistes, grévistes des transports et de l’énergie.

Là encore, les conducteurs viennent de lancer une caisse de grève en ligne, pour les aider à reprendre la grève face aux réquisitions et aux attaques des blocages par les forces de police.

Pour maintenir la pression contre le gouvernement, les prochains jours vont être décisifs dans « la bataille des poubelles ». Face à la pression des réquisitions, un enjeu devient central. Celui de construire des cadres d’auto-organisation, des assemblées générales pour décider à la base, entre grévistes, syndiqués ou non syndiqués, des suites de la grève, de ses modalités (occupations, soutiens, caisses de grèves, rapports aux réquisitions).

Dans la nouvelle séquence ouverte par le 49-3, et l’arrivée de nouveaux secteurs dans des grèves reconductibles et sauvages -comme les raffineurs du Havre et les cheminots du Technicentre de Chatillon- est un appui décisif pour durcir le rapport de force et ne pas isoler les éboueurs. En plus d’élargir la mobilisation, l’enjeu est de se coordonner entre les différents secteurs. En ce sens, le Réseau pour la grève générale appelle à une nouvelle réunion mardi à 18h30, réunissant travailleurs du privé et du public, pour s’organiser pour faire reculer le gouvernement.


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