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Grève du 17 mars : pour l’augmentation générale des salaires, il faut coordonner la colère à la base !

Ce jeudi 17 mars, l'intersyndicale CGT, FO, Solidaires et FSU rejoint par l'UNSA appelle à une journée de grève interprofessionnelle. Alors que les prix flambent, le patronat ne comprend que le rapport de force. Il faut exiger l'augmentation générale des salaires, et coordonner la colère à la base pour construire un plan de bataille à la hauteur.

mardi 15 mars

Photo : Grève interprofessionnelle du 27 janvier 2022 à Paris. © Révolution Permanente

Tout augmente sauf nos salaires

Depuis septembre 2021, la reprise post confinement a donné lieu à une forte augmentation des prix de l’énergie, mais aussi de l’alimentaire et des matières premières. Actuellement, la tendance s’est brutalement approfondie avec le conflit en Ukraine qui dure depuis bientôt 20 jours, notamment avec l’augmentation phénoménale des prix des carburants mais aussi la menace d’une explosion des prix de l’alimentaire, car l’Ukraine et la Russie représente à eux deux 30 % des exportations mondiales de blé et d’orge.

Plus largement, les dernières prévisions de la Banque de France indiquent que l’inflation devrait dépasser les 4 % en France pour l’année 2022. Une situation impactant directement des millions de travailleurs de la première et seconde ligne qui ont fait des efforts pendant la pandémie sans avoir aucune reconnaissance en retour. Pire encore, si les augmentations de salaires sont inférieures à l’inflation, cela revient pour les travailleurs à perdre du « salaire réel ». Pendant ce temps, une étude de l’ONG Oxfam a montré qu’en France, la fortune des milliardaires a augmenté de 86% depuis le début de la pandémie.

Une situation politique explosive à laquelle le gouvernement répond en distribuant des miettes avec des mesures électoralistes comme l’annonce récente de l’augmentation du point d’indice dans la fonction publique qu’Emmanuel Macron avait gelé dès le début de son mandat en 2017, où encore l’enfumage du chèque carburant de 100 euros. Pire, l’État s’enrichit avec l’envolée des prix du carburant en faisant son beurre grâce à la TVA, une taxe injuste qui saigne les classes populaires au porte-monnaie. A ce titre, la décision prise par le gouvernement de baisser de 15 centimes d’euros le prix du litre d’essence à la pompe constitue une véritable provocation pour le monde du travail à qui Macron et son gouvernement veulent faire payer la crise pour épargner les profits du patronat.

Une multiplication de luttes pour arracher des augmentations de salaires

C’est donc depuis septembre 2021 que des mobilisations sur la question des salaires ont éclaté un peu partout jusque dans des entreprises habituellement peu mobilisées. Systématiquement, les négociations annuelles sur les salaires, les fameuses NAO, sont l’élément déclencheur avec des propositions d’augmentation totalement insatisfaisantes, voire méprisantes. De nombreux salariés se sont mis en grève, souvent pour la première fois de leur vie, créant des mobilisations inédites dans des entreprises peu habituées à la grève.

De Leroy Merlin, Sephora, à Louis Vuitton en passant par Thalès où encore la sous-traitance aéronautique avec Derichebourg, AHG ou Daher, des milliers de salariés sont entrés en grève pour exiger une meilleure revalorisation de leurs salaires, dénonçant la hausse des prix et le manque de reconnaissance de leur travail. Sans oublier la journée de grève massive à la RATP le 18 février dernier qui a paralysé le réseau de transports en commun à Paris.

En arrachant parfois des augmentations de salaires, ces grèves ont montré qu’il existe une colère à la base, et que c’est par le rapport de force qu’il est possible de faire céder les grands patrons, loin de toute illusion de « dialogue social ». Toutefois pour réussir à imposer une augmentation générale des salaire et leur indexation sur l’inflation, il faut réussir à briser l’isolement de ces luttes menées pour l’instant entreprise par entreprise, chacune focalisée sur son calendrier de négociation, sans réussir à se coordonner avec les autres secteurs en grève. Pour arracher une véritable victoire pour l’ensemble de notre camp social, il faut construire un puissant mouvement de grève qui arrive à coordonner l’ensemble des secteurs en lutte ou ayant déjà lutté, mais aussi les nombreux salariés qui sont encore hésitants.

Coordonner la colère à la base, et imposer un plan de bataille pour l’augmentation des salaires !

Dans ce contexte, l’intersyndicale nationale composée par la CGT, FO, Solidaires, la FSU ainsi que les organisations de jeunesse (FIDL, MNL, UNL et UNEF) a déjà appelé à deux journées de grève interprofessionnelle sur les salaires, le 5 octobre et le 27 janvier. Si ces journées ont permis de montrer que la colère existe dans certains secteurs, comme l’éducation nationale ou les transports publics, les mobilisations inédites dans l’industrie, la grande distribution ou l’agro-alimentaire y ont peu été reflétée. Et pour cause, malgré les nombreuses grèves sectorielles, ces deux dates isolées n’ont pas réussi à mobiliser à la hauteur de la colère existante, avec seulement 160/000 manifestants le 5 octobre et 150.000 le 27 janvier, selon la CGT.

Rejoint par l’UNSA, la CFE-CGC et la CFTC, l’appel à la grève du 17 mars a émergé comme une répétition des deux précédentes journées de grève : une date qui permet aux équipes syndicales de se retrouver dans la rue, mais qui reste isolée et risque à nouveau de peu mobiliser au-delà. Ce nouvel appel sans perspectives, ne suffira pas à motiver des milliers de travailleurs à perdre du salaire s’ils n’ont pas l’impression que le jeu en vaut la chandelle. Autrement dit, il faut montrer que la bataille vaut le coup d’être menée, et qu’il est possible de la gagner pour convaincre des milliers de salariés de se mobiliser.

Pour cela, il faut donner une perspective offensive qui dépasse les journées de grève isolées et espacées, il faut un véritable plan de bataille qui cherche à coordonner et à renforcer tous les secteurs déjà en lutte, mais aussi à élargir la mobilisation dans la perspective d’un grand mouvement d’ensemble en défense des salaires. C’est seulement comme ça que l’on pourra réellement gagner une hausse générale des salaires conséquente. Les prix augmentent, c’est au patronat qui a engrangé des profits historiques depuis deux ans d’en payer le prix !



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