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Grève générale en Grèce contre l’offensive du premier Ministre Kyriakos Mitsotakis

Nouvelle journée de grève générale en Grèce : le monde du travail résiste à la réforme réactionnaire portée par le nouveau gouvernement visant à encadrer le droit de grève et les libertés syndicales.

vendredi 4 octobre

A l’appel de la confédération syndicale du privé (GSEE), d’un certain nombre de fédérations du public (appartenant à la confédération ADEDY), ainsi que de l’organisation syndicale PAME (proche du parti communiste grec), les travailleurs et travailleuses de Grèce étaient en grève ce mercredi 2 octobre, huit jours après une première journée de mobilisation dans le secteur public. La grève a été particulièrement suivie dans les transports, secteur clef, paralysant Athènes et le transport maritime.

Cette mobilisation entend défendre ce qui reste du droit de grève et des libertés syndicales, déjà restreintes par les précédents gouvernements. Le Parlement grec examinait en effet cette semaine une (contre-)réforme du gouvernement qui constitue une grave atteinte aux droits des travailleurs et travailleuses. Ce « projet de loi de développement », comme elle est intitulée, prévoit en effet de revenir sur les conventions d’entreprises, instaure une forme de surveillance des syndicalistes par une obligation de remontée de données au ministère et entrave le droit de grève en imposant pour qu’une grève soit légale qu’elle soit votée par au moins 50% de l’ensemble des syndiqués en instaurant un système de vote électronique.

Cette attaque en règle contre le mouvement ouvrier s’inscrit dans une séquence politique marquée par le retour de la droite au pouvoir depuis les élections de juillet dernier. Et le nouveau gouvernement a annoncé d’emblée qu’il se donnait pour objectif d’attirer les investisseurs en Grèce au moyen de réformes à venir visant à libéraliser encore davantage le marché du travail tout en s’appuyant sur la très relative reprise économique. Dans ce plan de bataille, cette mesure est un premier acte dont l’objectif est de fragiliser le mouvement ouvrier en cadenassant le droit de grève devant la crainte du gouvernement de mobilisations à venir.

Cette politique réactionnaire s’accompagne d’une opération démagogique d’ampleur. Le Premier Ministre ne cesse de prétendre vouloir faire profiter de la reprise économique l’ensemble des Grecs et il adosse son attaque envers le mouvement ouvrier et le monde du travail dans son ensemble sur la rhétorique bien huilée du « diviser pour mieux régner ». Le gouvernement prétend ainsi que la réforme doit « démocratiser les syndicats » et qu’il s’attaque au fameux « corporatisme syndical ». Il cherche par là à diviser le mouvement ouvrier et à coopter à sa politique une partie des travailleurs. En témoigne le tweet dont s’est fendu Mitsotakis le jour de la mobilisation, particulièrement révélateur de cette rhétorique mensongère et révulsante : « Encore une fois, une minorité fait grève et c’est la majorité qui en pâtit ! Et cela parce que certains professionnels du syndicalisme refusent la transparence. Des syndicalistes professionnels qui ont perdu leur contact avec le monde du travail et qui ne comprennent pas que les travailleurs eux-mêmes souhaitent une plus grande participation et une plus grande démocratie dans la prise des décisions qui les concernent. Je me tiens aux côtés des millions de citoyens qui aujourd’hui sont éprouvés parce que c’est ainsi que l’a voulue une minorité. Les Grecs sont fatigués, à présent, d’être éprouvés par des pratiques des décennies passées ».

Bien sûr il ne s’agit pas de défendre les bureaucraties syndicales et la question de l’auto-organisation des travailleurs doit être posée, mais il est évident que la finalité de cette mesure est de s’attaquer à l’ensemble du mouvement ouvrier, et il est particulièrement révoltant de voir ce gouvernement réactionnaire parer son action d’une soi-disant défense des intérêts des travailleurs.

Face à ces attaques la meilleure réponse réside dans la mobilisation de masse. A ce titre, les manifestations du 24 septembre, et du 2 octobre dans une moindre mesure, plutôt bien suivies notamment dans des secteurs stratégiques, constituent un premier pas dans sa construction. La crise des confédérations syndicales et de la gauche grecque en général, sur laquelle le gouvernement s’appuie, montre plus que jamais qu’il est nécessaire pour les travailleurs, en Grèce comme ailleurs, de construire par en bas et par la mobilisation le rapport de forces face à un gouvernement bourgeois réactionnaire.

Crédits photo : ARIS MESSINIS/AFP




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