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Notre classe

Pour une augmentation de 300€

Grève historique à Roissy le 9 juin : « On s’est préparés avec des AG dans toutes les boîtes ! »

Depuis un mois, les syndicats des entreprises de l’aéroport de Roissy préparent la grève pour les salaires qui aura lieu ce jeudi 9 juin. Retour sur ce mouvement historique qui va secouer le premier aéroport français avec Nordine Kebbache, travailleur chez Transdev Aéropiste et militant CGT de l’UL de Roissy.

lundi 6 juin

Jeudi prochain, une page d’histoire ouvrière va peut-être s’ouvrir à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. En effet, depuis un mois, les salariés, soutenus par l’UL CGT de Roissy et une intersyndicale très large qui réunit la CGT, Force Ouvrière, la CFE CGC, la CFDT, l’Unsa, la CFTC et Sud-Aérien, préparent le début d’une grève jeudi prochain. Alors que jusqu’ici, les mouvements sociaux qui avaient pu secouer l’aéroport avaient été menés entreprise par entreprise, le caractère général de cette grève, qui s’adresse aux 90 000 salariés du site répartis entre 800 entreprises, est exceptionnel. Nous avons voulu revenir sur la préparation de cette grève avec Nordine Kebbache, travailleur chez Transdev Aéropiste et membre du comité exécutif de l’Union Locale CGT de Roissy.

Révolution Permanente : Une grève massive s’annonce pour le 9 juin à Roissy, peux-tu nous rappeler quelles sont les raisons de cet appel à la mobilisation ?

Nordine Kebbache : Les raisons sont simples : c’est l’inflation, c’est le fait de ne pas pouvoir finir la fin du mois, c’est la vie chère. Voilà les principales raisons de cet appel. On réclame 300€ d’augmentation sur le salaire de base.

RP : Cela fait près d’un mois que cet appel a été lancé, comment la grève s’est-elle préparée depuis ?

N. K. : On a pris un mois pour se préparer, en faisant beaucoup de distributions de tracts devant les boîtes, et surtout en faisant des Assemblées Générales (AG) dans toutes les entreprises et magasins (Roissy Charles de Gaulle compte près de 800 entreprises, ndlr). Mardi 10 mai, nous nous sommes réunis avec de nombreux syndicalistes du secteur et depuis on tourne au maximum dans les boîtes. Personnellement, j’ai fait quatre assemblées générales, et on essaye à chaque fois d’organiser ces AG avec un gars d’Air France, un gars d’Aéroports de Paris (AdP), un gars de la sous-traitance, et évidemment les délégués de l’entreprise concernée, comme ça les salariés voient que nous sommes unis. Dans ces AG, on a discuté des revendications, puis on a soumis au vote à main levée ces revendications et la participation au mouvement du 9. »

RP : Quel est l’état d’esprit des salariés pour cette mobilisation ? On sait par ailleurs que dans des concentrations comme Roissy, le problème de la sous-traitance est très important, comment est-ce que vous y avez fait face ?

N. K. : On n’a jamais vu ça : il y a beaucoup d’enthousiasme, même chez certains salariés qui n’ont jamais fait grève de leur vie. Pour nous c’est important de montrer que les syndicats sont au plus proche des salariés et c’est pour cela qu’au niveau de l’UL Roissy, tous les élus de la commission exécutive sont des salariés actifs.

Sur la sous-traitance, en réalité cela s’est fait tout seul. La conjoncture fait qu’avec les sous-effectifs, les salaires bas, les conditions de travail dégradées il y a une colère qui est là. Quand on discute avec les uns et les autres, ils ressentent le besoin de se battre ensemble parce qu’il commence à y avoir cette conscience qu’ensemble on sera plus fort.

Actuellement on n’a pas encore de chiffres sur le nombre de grévistes, mais il faudra que le jour de la grève on arrive à se compter et savoir qui est là, et aller par la suite chercher ceux qui ne sont pas là. »

RP : Dans certaines branches comme la sécurité, des accords ont déjà été signés sur des augmentations de salaires minimales ; que penses-tu de ces nouveaux accords ?

N. K. : Vu que c’est quelque chose d’inédit qu’on fait dans l’aéroport, avec cet appel inter-entreprise et intersyndical autour d’une revendication unique, le patronat essaye de semer la division en donnant à certains des miettes pour qu’ils sortent du mouvement. Au niveau de la sureté et de la sécurité, qui représente une partie importante des salariés, ils ont signé au niveau de la branche, au niveau national, une augmentation de salaire de 3,25%, ce qui est très en dessous des 300€ que l’on réclame. La CFTC, la CFE-CGC et FO ont signé cet accord. Les salariés ne comprennent pas cette annonce à la veille de la grève.

Par ailleurs, certains syndicats de la sureté ont appelé à faire un mouvement le 8 plutôt que le 9 juin. On nous dit qu’ils veulent se démarquer des autres en défendant leur propre métier et leurs propres revendications, ce que je peux comprendre sur les revendications. Mais cette stratégie de faire une date en propre un jour avant l’appel intersyndical, je ne la comprends pas. On doit chercher l’unité dans la lutte, c’est la priorité. Malgré cela, beaucoup devraient quand même nous rejoindre le 9 ; la CGT, Sud-Aérien et la CFDT n’ont pas signé cet accord.

RP : Comment va se dérouler la grève à partir de ce jeudi 9 juin ? Comment les grévistes vont-ils s’organiser durant la grève ?

N. K. : Il y aura d’abord plusieurs rassemblements devant chaque boite, pour ensuite se rassembler devant le terminal 2E. Avec Transdev Cargo, on a décidé de se donner rendez-vous avec Bolloré, Air France Cargo, WFS, GEH, Servair, etc. : la mobilisation sera de toute façon très importante, et on se rassemblera ensuite avec toutes les autres entreprises.

Une fois rassemblés, on fera une Assemblée Générale, en cherchant en priorité à donner la parole aux grévistes. Il faut que la parole soit d’abord donnée aux grévistes, et pas seulement aux structures syndicales, pour qu’on discute de la stratégie à mener ensuite. Il faut savoir que ça va être difficile parce qu’en face de nous, on n’a pas un employeur mais 800, donc il va falloir discuter d’abord de comment on représente toutes les entreprises de grévistes dans les négociations, et ensuite imposer d’avoir un seul interlocuteur, et d’empêcher des négociations boite par boite.

Dans la représentation des salariés, c’est important que ce ne soit pas que des délégués syndicaux. Le mieux serait que dans chaque entreprise, les salariés grévistes élisent un porte-parole et que de cette représentation on demande aux directions de nommer une représentation unique du patronat pour mettre en place les revendications que l’on porte.

Finalement, suite à notre appel à la grève qu’on a lancé en mai, plusieurs autres aéroports devraient suivre notre appel. C’est le cas de Marseille, Toulouse, Bordeaux et d’Orly, soit cinq des huit plus gros aéroports français.

Propos recueillis par Arthur Nicola.



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