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Grève massive en Algérie : les travailleurs s’organisent contre les manœuvres du régime

Face aux tentatives des classes dominantes pour sauver le régime à bout de souffle, la mobilisation ne faiblit pas en Algérie. Les masses populaires, travailleurs en tête ont fait grève et sont sorties dans les rues dans de nombreux secteurs et de nombreuses localités. Les manifestants ont exprimé massivement le rejet de la destitution consitutionnelle de Bouteflika via l'article 102, dernière manœuvre en date initiée par le chef de l'armée pour sauver le régime en se débarrassant de la figure honnie du président sortant. Les travailleurs réclament également la démission de Sidi Saïd et des bureaucrates au service du pouvoir qui dirigent aujourd'hui l'Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA), alors que la fronde à la base fait vaciller le pouvoir.

jeudi 28 mars

Alors que la mobilisation contre le régime a commencé depuis plus d’un mois maintenant, de nombreux secteurs sont en grève depuis hier dans tous le pays. Pour ne citer qu’eux, les ouvriers des ports d’Oran et de Bejaïa, également ceux de la Sonacom et de Télécom Algérie au niveau national, de l’Entreprise Rénovation Navale du secteur pétrolier à Hassi Messaoud, mais aussi dans certaines usines comme celles d’AlCost et COGEB, ainsi que les travailleurs des secteurs publics de l’Offfice National de l’Assainissement, des Offices de Promotion et de Gestion Immobilière, de la Caisse Nationale des Assurances Sociales, de celle des Retraites, ou encore de l’ANSEJ, tous ont répondu présents à ce deuxième appel à la grève générale depuis le début du mouvement.

Manifestation des travailleurs à Béjaïa :

Pourtant la tâche n’était pas simple. Car les travailleurs sont dépossédés de leur outil syndical, la centrale de l’UGTA, par la direction bureaucratique incarnée par Sidi Saïd et son équipe. Cette dernière joue le rôle de béquille du régime jusqu’au bout, soutenant d’abord Bouteflika contre les masses populaires, puis se repositionnant derrière le processus constitutionnel de destitution du président fantôme avec l’article 102, qui n’est rien d’autre qu’une manœuvre initiée par le chef de l’état-major de l’armée pour sauver le régime en se débarrassant de la figure de Bouteflika désormais trop gênante. Privée d’organisation syndicale qui défende les intérêts des travailleurs, l’appel à la grève a donc été relayé sur les réseaux sociaux ainsi que par les sections syndicales locales qui désavouent la direction de la centrale. Mais malgré cet obstacle de taille, la réussite de la grève témoigne de la volonté des travailleurs renverser ce régime pourri qui condamne la jeunesse au chômage, à la précarité ou à l’exil, et qui ne témoigne que la hogra vis-à-vis des masses populaires, assignant aux femmes un statut de citoyennes de seconde zone avec un Code de la Famille réactionnaire, bâillonnant les journalistes, les avocats, et méprisant les étudiants.

Prenant conscience de la nécessité de se réapproprier leur syndicat pour s’organiser et se coordonner à la base dans le public comme dans le privé, les travailleurs ont mis en avant des banderoles qui appelaient à dégager Sidi Saïd. De même, lors de l’Assemblée Générale des travailleurs de la Sonacom de Rouiba, la perspective a clairement été énoncée de se réapproprier le syndicat et d’en faire un outil au service des intérêts des travailleurs ainsi que de développer les cadres d’auto-organisation, contre la direction syndicale bureaucratique qui collabore avec le régime. En ce sens des syndicalistes de la base de l’UGTA appellent à un rassemblement contre la bureaucratie qui sert de béquille au pouvoir samedi à 10h à Alger devant le siège de la centrale syndicale. Les sections locales de l’UGTA qui prennent part à la mobilisation à l’image de celles de Béjaïa ou de Rouiba, participent également à la structuration démocratique du mouvement contre l’avis de leur direction et contre les tentatives de récupération des Bouchachi, Tabbou et autres Assoul ou Benflis – prétendants libéraux à la direction du pays. De même que des syndiqués de la Sonatrach – l’entreprise nationale pétrolière – se sont mis en grève et ont montré ainsi l’exemple en tapant au coeur les classes dominantes et l’impérialisme.
La perspective pour la prochaine séquence est donc à la généralisation de la grève. Car il faut aussi voir que certaines fractions de la bureaucratie voient dans la démission de Sidi Saïd un moyen de prendre sa place pour satisfaire leurs propres intérêts, et jouent se donnent donc des allures combatives dans la période pour mieux récupérer le mouvement après. Or pour réussir à les renverser une bonne fois pour toutes, elles et le régime qu’elles protègent, il faudra arriver à élargir le mouvement de grève et au delà des secteurs traditionnels du mouvement ouvrier. Y compris en s’attaquant aux entreprises privées des oligarques qui se sont enrichis grâce à la corruption et l’exploitation des ouvriers. Cette bourgeoisie nationale qui a accumulé des milliards et qui souhaite une "transition courte" pour sauvegarder au maximum ses propres intérêts et éviter que les travailleurs se révoltent contre leurs conditions de vie et de travail. A l’image des entreprises du BTP ou des usines CEVITAL, où les travailleurs non seulement se tuent à la tâche pour des salaires de misère, mais subissent en plus la répression patronale lorsqu’ils tentent de s’organiser. Pour cela il faudra donc se munir d’un programme de combat et d’indépendance de classe contre les patrons, en revendiquant la répartition des richesses et du temps de travail, ainsi que de cadres d’auto-organisation contre les bureaucraties syndicales, en leur opposant les méthodes démocratiques radicales, telles que les assemblées générales souveraines et la révocabilité des élus.

« Les travailleurs de Sonacom en grève contre Sidi Saïd » à Rouiba, près d’Alger

Intervention pendant l’Assemblée Générale des travailleurs de la Sonacom Rouiba qui appelle à se réapproprier l’UGTA et à construire l’auto-organisation :

La radicalité de secteurs importants de la classe ouvrière algérienne s’exprime aujourd’hui par la sensibilité politique dont ils font preuve quant aux manœuvres du régime pour se maintenir. L’appel formulé par Gaïd Salah le chef de l’état-major de l’armée à utiliser l’article 102 de la Constitution pour destituer le président est bien compris pour ce qu’il est : une énième tentative pour sauver le système en se débarrassant de l’élément le plus détesté par les masses à l’heure actuelle, c’est-à-dire Abdelaziz Bouteflika, tout en maintenant ses institutions corrompues. Ainsi pouvait-on voir les banderoles et slogans raillant l’article 102 et l’ensemble de la Constitution, qui ne représente plus rien d’autre que la consécration législative d’un pouvoir en pleine décomposition.

Le chef de l’armée, placé par Bouteflika il y a plus de quinze ans, a beau se donner des airs de protecteurs de la nation contre une main étrangère, cela ne fait plus illusion. Les travailleurs ont bien compris que c’est précisément ce régime qui a vendu l’Algérie et l’indépendance conquise par le sang à l’impérialisme. Et que par conséquent, aux alliances entre le gouvernement algérien et ses homologues étrangers, il faudra opposer la solidarité internationale entre les peuples. Face à l’agression du peuple palestinien à Gaza par l’Etat colonialiste israélien, les travailleurs de la Société Nationale des Véhicules Industriels à Rouiba ont manifesté en scandant « Palestine, liberté, démocratie » !

Interview d’un travailleur de la Caisse Nationale des Assurances Sociales, syndiqué à l’UGTA, en lutte contre la direction bureaucratique de la centrale et en grève contre le régime :

Les manœuvres du pouvoir pour se maintenir échouent unes à unes. Elles stimulent au contraire la combativité des masses populaires algériennes. Le rejet de la manoeuvre constitutionnelle et de la constitution du régime, exprime le rejet de ses institutions. Il signifie un saut important dans la conscience des masses populaires, vers la reprise en main de ses affaires par la grève et l’auto-organisation. La classe ouvrière n’est plus dupe de la direction de Sidi Saïd. Elle témoigne de sa volonté de lutter avec l’ensemble des masses populaires, de se réapproprier son organisation syndicale, son drapeau, et son indépendance face à l’impérialisme. Elle doit désormais pouvoir s’imposer comme direction politique à la mobilisation, en jouant un rôle central pour mettre à l’ordre du jour la satisfaction des revendications contre la misère, le chômage, l’exploitation, la précarité, ainsi que pour répondre aux aspirations démocratiques des masses populaires contre la corruption, le mal-logement, l’accès à la santé, à l’éducation, à l’information. C’est seulement par cette voie que pourra émerger la perspective d’une Assemblée Constituante révolutionnaire qui n’émane pas des entrailles pourrissantes du régime actuel.




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