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Grève pour les salaires à la SNCF : « Sur 145.000 cheminots, il y a 50.000 smicards ! »

Le préavis de grève pour les salaires à la SNCF a poussé la direction à lâcher une prime aux conducteurs de train et contrôleurs sur l'axe Sud-Est. En Île-de-France, sur l'axe Nord et l'axe Atlantique, le mouvement se poursuit. Interview de Xavier Brégail, conducteur de train à Paris Nord et élu SudRail.

vendredi 17 décembre 2021

Un cheminot en grève le 9 décembre 2019. Crédit photo : ERIC GAILLARD / REUTERS

Révolution Permanente : Peux-tu nous raconter pourquoi les syndicats ont déposé un préavis de grève à la SNCF et ce que les cheminots revendiquent ?

Xavier Brégail : Depuis le début de semaine, le préavis de grève déposé par l’intersyndicale s’annonçait assez suivi sur l’axe TGV Sud-Est, c’est-à-dire qu’il allait impacter tous les trains au départ de la Gare de Lyon ce week-end. Depuis lundi ça fait le buzz dans les médias, mais en réalité depuis le mois de septembre on a dit à la direction que les Négociations Annuelles Obligatoire (NAO) allaient être importantes et que si les cheminots n’avaient pas les augmentations de salaire qu’ils méritent, ça allait péter avant la fin de l’année. Ça fait sept ans qu’il n’y a pas eu d’augmentation de salaire à la SNCF, mais là cette année on sent que tous les prix augmentent et que tous les salariés du pays sont préoccupés par leur pouvoir d’achat. Mais le 17 novembre la direction nous a annoncé qu’on n’aurait rien, qu’elle nous donnerait des petites « primettes » mais zéro augmentation de salaire.

Donc on s’est réunis pour déposer les préavis de grève et on a essayé de travailler le plus possible en intersyndicale là où on pouvait. Du coup sur l’axe Sud-Est, SudRail, la CGT et l’UNSA ont posé un préavis de grève pour ce week-end. Sur toute l’Île-de-France, à part la région de Saint-Lazare, c’est aujourd’hui et surtout demain qu’il y a un préavis de grève. Il y a aussi des préavis de grève pour samedi et dimanche sur l’axe TGV Nord (tous les TGV qui partent de la Gare du Nord), sur le TER Nouvelle-Aquitaine (Bordeaux, Limoges, Périgueux...), et sur l’axe Sud vers Toulouse. En gros ça pète un petit peu partout autour de deux revendications majeures : les augmentations de salaire et l’amélioration des conditions de travail. Parce qu’en fait sur tous les secteurs, la SNCF veut faire des économies sur le dos des cheminots, en nous faisant travailler plus avec moins de personnel. La direction veut par exemple que les conducteurs aient 5% de travail en plus sans que la paie suive. On n’a pas accepté cela et c’est la raison pour laquelle il y a des préavis un petit peu partout.

Le préavis qui a fait le plus parler c’est celui de l’axe TGV Sud-Est. Pourtant il ne concerne pas autant de monde que ça, mais de manière générale il impacte les voyageurs les plus aisés qui vont voir leurs familles en vacances sur la Côte d’Azur. Mais il ne faut pas oublier que la direction n’a pas donné signe de vie jusqu’à mardi soir. C’est seulement quand elle a vu que le mouvement allait être massif et qu’il faisait les gros titres parce que les gens n’allaient pas pouvoir partir en vacances, qu’elle a commencé à lâcher quelques petits trucs. Finalement hier, elle a lâché des « primettes » seulement pour les cheminots sur l’axe Sud-Est : 600 euros pour les conducteurs, 300 euros pour les contrôleurs, et à peu près pareil pour le personnel au sol, les agents d’escale, etc. Il y a aussi d’autres choses qui ont été obtenues, par exemple la notation au mérite que la direction voulait mettre en place dès l’année prochaine a été retirée.

Suite à cela, on s’est posé la question « est-ce qu’on continue ou pas ? » Mercredi soir, l’UNSA qui ne représente pas grand chose s’est retiré des préavis, tandis que la CGT est restée alors qu’on pensait qu’elle allait sortir. Donc on a sondé nos militants qui nous ont dit qu’obtenir ça sans avoir fait grève (la grève devait commencer vendredi) c’était pas si mal, et on est sorti jeudi avec la CGT. Malgré tout ça reste une toute petite victoire sur l’axe Sud-Est, donc on demande l’ouverture immédiate de négociations salariales pour tous les cheminots, parce qu’il y a un réel problème de pouvoir d’achat dans le pays. Mais là-dessus la direction ne nous a pas encore répondu, on pense qu’on pourra l’obtenir après les fêtes.

R.P : A quel point la grève est elle suivie ? Quels sont les taux de grévistes prévus ?

X.B : Sur l’axe Sud-Est, même si on a retiré le préavis, demain il y aura beaucoup moins de train que d’habitude. Parce qu’à la SNCF quand on fait grève il faut se déclarer quarante-huit heures à l’avance, et on ne peut pas remettre tout sur les rails aussi vite. Surtout que sur cet axe il y avait 80% de conducteurs de train en grève prévus demain et samedi, ce qui est quand même très important.

En Île-de-France et sur certaines lignes, demain il y aura parfois plus de 90% de grévistes. Comme sur les lignes B et D du RER. Sur les autres lignes, la moyenne est entre 70 et 80% de grévistes, essentiellement chez les conducteurs de train. On aimerait élargir à tous les cheminots, mais ça c’est un long travail qui demande du temps pour convaincre les collègues.

En tout cas pour l’instant la direction de Transilien refuse de nous parler et de négocier. Donc elle joue encore le pourrissement aujourd’hui pour essayer de monter les voyageurs contre nous. Je pense qu’il faudra sûrement retaper plus fort et plus longtemps, plus tard au mois de janvier pour avoir quelque chose de correct.

R.P : Comment expliques-tu qu’il y ait eu autant de « cheminot-bashing » dans les médias ?

X.B : C’est parce que la boîte a choisi le pourrissement. Elle a choisi de monter les usagers contre les cheminots. Elle pensait que sous la pression des médias et de l’opinion publique, on allait être contraints de retourner conduire nos trains. Finalement elle a vite compris qu’on était déterminé. Mais le « cheminot-bashing », ça fait un moment que nos patrons le cultivent ! Par exemple Alain Krakovitch, le directeur de SNCF Voyages, il gagne plus de 40 000 euros par mois et nous traite de fous furieux, d’irresponsables quand on défend nos salaires. Mais nous on pense que c’est l’inverse. C’est eux qui ont été irresponsables, et qui jusqu’à mardi soir voir mercredi n’ont même pas voulu discuter.

R.P : La prime de 600 et 300€ obtenu pour le personnel roulant sur l’axe Sud-Est, ça a renforcé la détermination des collègues à se battre pour gagner des choses ?

X.B : Ça dépend. Certains disent que c’est pas mal d’avoir obtenu ça par la simple menace de faire grève. Moi je pense l’inverse. Je pense que c’est un peu dommage, que si on avait fait un peu plus grève, qu’on avait un peu plus construit, de manière un peu plus globale et un peu plus unitaire, on aurait obtenu plus.

Notre revendication initiale, c’est l’augmentation des salaires a minima au niveau de l’inflation. En 2021 il y a 3% d’inflation donc on demande 3% d’augmentation, comme nos copains de Leroy Merlin ont fait. Les prix augmentent pour tout le monde, les cheminots, les fonctionnaires et les salariés du privé.

R.P : Justement à ce sujet, à ton avis comment on construit un plan de bataille interprofessionnel pour obtenir l’augmentation générale des salaires ?

X.B : L’interpro, c’est très compliqué à construire moi. Après, on espère que ça parte. Ça pète partout mais on a du mal à généraliser cet incendie. En tout cas, ça passe par la médiatisation des grèves comme ça a été le cas pour la SNCF, en parlant des bas salaires, de l’inflation, des cheminots qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts... Il faut savoir que sur 145.000 cheminots, il y a 50 000 smicards à la SNCF qui vivent avec 1.248 euros par mois. Ce sont surtout des agents qui vendent des billets au guichet, des agents qui travaillent sur les voies ou des agents qui réparent les trains, dans les ateliers de maintenance. Ceux-là, ils ont le couteau entre les dents. Parce que vivre avec 1.248 euros par mois en Île-de-France c’est impossible !

Maintenant comment coordonner et élargir tout ça, c’est plus compliqué. Mais même si on voit que c’est désordonné, on espère que ça partira parce qu’on voit qu’il y a une colère. Chez SudRail on pense qu’au début de l’année, en janvier ou février, il faudra essayer de partir sur un mouvement plus costaud si on n’est pas entendu – et on pense qu’on ne le sera pas, ni nous les cheminots ni les autres travailleurs de ce pays. Pour ça il faudra un mouvement plus fort et plus transversal, mais bon ça ne se décrète pas, ça se construit.




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