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Notre classe

"Ouvriers dans la misère, actionnaires millionnaires"

Grève surprise dans trois usines Labeyrie : face à la cherté de la vie, augmentons les salaires !

Quelques jours après que les salariés des sites du groupe agro-alimentaire Labeyrie à Came dans les Pyrénées-Atlantiques et Saint-Geours-de-Maremne dans les Landes se sont mis en grève, les travailleurs d'une troisième usine à Jonzac en Charente-Maritime ont débrayé : suite à la forte augmentation de la cherté de la vie, ils exigent des revalorisations de salaires.

jeudi 21 octobre

Crédits photo : Maria Laforcade

À l’usine de Jonzac, le site est à l’arrêt depuis ce mercredi : la majorité des 180 travailleurs du site sont en grève pour exiger de meilleures conditions de travail ainsi que des augmentations de salaires, face à l’énorme croissance de la cherté de la vie. En effet, la majeure partie des ouvriers ont un salaire à peine au dessus du smic, rendant chaque fin de mois difficile à boucler.

La grève a commencé parmi les salariés du groupe Labeyrie, secteur dans l’agro-industrie, sur deux sites où 85% des 1000 ouvriers ont suivi le mouvement, accompagnés de nombreux intérimaires. D’abord dans le site d’abattage de Came au Pays Basque, ainsi que dans les ateliers de Saint-Geours-de-Maremne dans les Landes, où sont produits foie gras et saumon fumé.

Cette mobilisation de trois sites du même groupe en simultané démontre un caractère très combatif de la part des travailleurs, qui ont fait une grève « surprise », avec la majeure partie des salariés dans le mouvement. C’est une initiative spontanée, qui s’est traduite par un "abandon de poste" et la production arrêtée par la grève, suivie par les organisations syndicales comme Force ouvrière ou la CGT.

Ce mercredi, environ 350 grévistes ont défilé depuis l’usine de Saint-Geours-de-Maremne, rejoints par une centaine de grévistes du site landais, et sont allés rencontrer le maire et exigé des réponses de la part de la direction. « Un pas en avant. Deux pas en arrière. C’est la politique de chez Labeyrie » scandent les grévistes, derrière une banderole "On lâche rien". Au micro de SudOuest, Souad, 42 ans raconte : « J’ai douze ans d’ancienneté chez Labeyrie. Je m’occupe de l’emballage. Ouvrière spécialisée, je touche 1 300 euros net par mois. »

Dans un communiqué, la branche des travailleurs de l’agriculture, de l’alimentation, des tabacs et des services annexes de Force Ouvrière (FGTA FO) explique les revendications : «  Après l’annonce décevante des chiffres de la participation aux bénéfices, FO a demandé qu’une part des dividendes versés aux actionnaires soit reversée aux salariés en signe de reconnaissance du travail accompli. Cela a été refusé par la direction  ». Face aux promesses non tenues de la part du gouvernement, Stéphane Lecointre, représentant FO du site dans les Landes, explique au micro de FranceBleu : «  La prime ‘‘Macron’‘ peut être de 1 000 euros maximum. On a reçu que 150 euros et nous n’avons pas vu la couleur de la prime Covid. Pourtant, pendant les différents confinements, étant une entreprise agroalimentaire, nous avions continué le travail. Les présidents de l’entreprise étaient même venus dans les locaux nous dire qu’on était des héros, mais depuis, ça a été oublié et il n’y a aucune reconnaissance ».

Le secteur des abattoirs ayant été particulièrement touchés par la grippe aviaire, l’un des sites avait été mis en activité partielle qui a entraîné des pertes de salaires que la direction se refuse à payer : « Durant cette période, ils avaient été placés trois mois en activité partielle avec une perte de salaire que la direction refuse de combler » poursuit le représentant syndical.

Ce n’est que ce mercredi que la direction a répondu aux sollicitations des grévistes, dans une logique méprisante envers les travailleurs et leurs conditions de travail : « Un accord très récent a été trouvé en août, avec l’accord de l’ensemble des organisations syndicales. Le calendrier de discussion sur les accords de branche a déjà démarré et nous avons une première réunion prévue début décembre. D’ici là, la direction et ses représentants sont dans une logique de discussion pour sortir de cette situation. » explique Bertrand Delmas, le DRH du groupe. Une promesse vide pour les grévistes, qui pour l’instant comptent maintenir la pression pour leurs revendications, alors que la direction refuse toute négociation.

Pourtant, malgré le plaidoirie du DRH, le groupe Labeyrie n’est pas en si mauvaise santé : fleuron de l’industrie locale, et premier employeur privé dans les Landes, elle existe dans tous les réseaux de distribution, et son chiffre d’affaires s’élevait à plus de 1,03 milliards d’euros pour 2019-2020, en croissance cette année. Des chiffres de quoi faire sortir tous ces travailleurs en grève, qui dénoncent une surcharge de travail pendant la crise sanitaire, où ils n’ont pas cessé de travailler et où aucune revalorisation salariale n’a été mise sur la table.

Sophie Gautraud, déléguée syndicale FO à l’usine Labeyrie de Jonzac qui a rejoint ce mercredi le mouvement de grève spontané, témoigne au micro de FranceBleu : « Avec un conjoint qui ne travaille pas pour des raisons de santé, sur 1400 euros, quand vous avez payé votre crédit maison, donné à manger à tout le monde, payé les assurances, les factures d’électricité, et fait le plein pour la voiture, il ne reste plus rien, et je suis même à découvert tout le temps. J’ai en plus une voiture diesel, pour que cela coûte moins cher, mais avec 40 kilomètres par jour aller-retour pour aller au travail, tout cela ne tient plus. Imaginez, c’est même ma mère qui nous aide avec sa petite retraite. On a l’habitude de ne pas sortir, le loisir, cela coûte trop cher, mais là cela devient plus supportable. »

Une démonstration de force de ces salariés, qui ne comptent pas s’arrêter là. Face à la hausse des prix de l’essence, mais aussi sur tous les produits nécessaires au quotidien, les fins de mois sont de plus en plus difficiles. C’est avec détermination et combativité, qu’ils exigent immédiatement de meilleures conditions de travail, le versement des primes qui leur sont dues, ainsi que des augmentations de salaires. Pour faire plier la direction du groupe, il faut continuer de construire un rapport de forces, avec l’ensemble des sites et des soutiens pour appuyer ce mouvement de « grève surprise », sans laisser la direction mener le tempo avec ses négociations.




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