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Grèves, blocages, manifestations… La mobilisation se poursuit dans l’Education Nationale

Alors que l’intersyndicale appelle à une septième journée de grève et de manifestation massive ce mercredi 29 janvier, la mobilisation des enseignant.e.s, qui dure depuis le 5 décembre, persiste. L’avis rendu par le Conseil d’Etat le vendredi 24 janvier, qui tacle la promesse faite par le Ministre de l’Education de revaloriser les salaires enseignants, ainsi que la tenue des E3C, premières épreuves anticipées du « bac Blanquer », sont en train de donner un nouveau souffle à la mobilisation, qui s’incarne par de nouvelles formes d’actions.

mercredi 29 janvier

Crédit photo : Radio France - Richard Vivion

Alors même que le gouvernement tente depuis plusieurs semaines de jouer la carte de la démoralisation et pourrissement, annonçant des chiffres de grévistes en-deçà de la réalité lors de la dernière journée de mobilisation nationale, le 24 janvier, le ministère de l’Éducation nationale a recensé 15,84% de grévistes dans le primaire et de 10,30% dans le secondaire, tandis qu’ils étaient près de 40% dans les deux cas d’après les syndicats, les raisons de la colère s’accumulent chez les enseignant.e.s. Depuis le début du mouvement, les personnels mobilisés dénoncent en effet, au-delà du simple rejet de la réforme des retraites, tout un système de dévalorisation des métiers de l’éducation et de destruction organisée du service public. La tenue des premières épreuves des E3C, épreuves anticipées du nouveau baccalauréat imposées par le premier ministre Jean-Michel Blanquer, qui ont débuté le 20 janvier, de même que les premières évaluations des élèves imposées à l’école primaire, ainsi que les annonces du Conseil d’Etat, sont ainsi en train de relancer la contestation.

La carte des lycées mobilisés contre les E3C, créée à l’initiative d’enseignants, donne en effet un aperçu de l’intensité de la mobilisation contre le nouveau bac, dont les enseignant.e.s dénoncent le caractère inégalitaire et le manque de préparation. Plusieurs centaines d’établissements sont aujourd’hui en lutte, et, depuis le 20 janvier, une soixantaine de lycées ont réussi à obtenir l’annulation et le report des épreuves, dont la date limite est le 5 février. Peu présents au mois de décembre, de nombreux lycéens sont aujourd’hui en train de rejoindre le mouvement de contestation en menant des opérations de blocage des épreuves, de même que de nouvelles convergences se dessinent entre les lycéens,les étudiants, les enseignants et les autres secteurs en lutte.

Tour d’horizon des établissements bloqués hier et aujourd’hui

En région parisienne, les épreuves d’E3C ont dû être annulées dans plusieurs établissements. Au lycée Colbert, dans le Xe arrondissement, parents, élèves, professeurs, ont été rejoints par des personnels de la SNCF pour bloquer le lycée, obligeant l’administration à reporter les épreuves.
Au lycée Gabriel Fauré (Paris, 13ème arrondissement), suite au refus des enseignants de faire passer les épreuves, la police est intervenue pour « trier » les élèves souhaitant passer les épreuves et les escorter jusqu’à leurs salles.
A Villepinte, au lycée Jean Rostand, les personnels ont voté la grève des surveillances et les élèves ont refusé hier d’entrer dans le lycée, malgré les menaces du proviseur, qui, sous la pression du rectorat, a menacé les élèves absents d’un 0/20. L’épreuve d’histoire-géographie a ainsi été reportée, et un nouveau piquet de grève s’est tenu dès 7h30 ce matin, reconduisant la grève.
En Seine-Saint-Denis, un lycéen a été interpellé en marge du blocage du lycée Suger, tandis que le lycée Paul Eluard est bloqué depuis 7h30 ce matin par des personnels grévistes et des lycéens, soutenus par des étudiants. Au lycée Angela Davis, les personnels et lycéens ont aussi obtenu le soutien des personnels en grève de la SNCF et de la RATP, qui sont intervenus sur les piquets de grève.

A Bordeaux, au lycée Montesquieu, la répression s’est montrée particulièrement intense hier. Alors que lycéens et enseignant.e.s mobilisés tenaient un piquet de grève devant le lycée, l’administration a fermé les grilles, n’autorisant que les élèves de 1e à entrer dans le lycée. A la demande du rectorat, les portes ont ensuite été cadenassées de l’intérieur, enfermant les élèves venus passer les élèves, donnant lieu à plusieurs crises de panique.

Dans la même ville, au lycée François Mauriac, les forces de police sont intervenues ce matin pour empêcher le blocage et filtrer les élèves souhaitant composer

Dans la région grenobloise, après que les forces de police soient intervenues avant-hier au lycée Aristide Bergès, les E3C ont dû être annulées au Lycée des Eaux-Claires, où 150 élèves et enseignants se sont réunis pour bloquer l’établissement. Les forces de police sont aussi intervenues ce matin au lycée pilote de Jaunay-Marigny, dans la Vienne, pour casser le blocage des lycéens, dont bon nombre, choqués par l’intervention musclée des policiers, ont tout de même refusé de passer les épreuves. La police est aussi intervenue hier au Lycée Victor et Hélène Basch de Rennes pour faire entrer les élèves à l’intérieur du lycée.

Hier, à Montpellier, le lycée Clémenceau a réussi à maintenir le blocage, reconduit ce matin
De même qu’un enseignant auvergnais témoignait également de l’annulation des épreuves : « Ce matin annulation (et report, certainement) de l’épreuve d’histoire géographie au lycée Descartes de Cournon d’Auvergne, car des surveillants étaient en grève et il y a eu une mobilisation enseignante puis lycéenne à l’extérieur du lycée pour dénoncer ces épreuves qui comptent pour le bac mais sont en fait des évaluations locales, organisées et passées de façons différentes selon les lycées. Bref chacun fait cela à sa sauce. Les enseignants n’ont pas eu le temps de préparer les élèves correctement à ce nouveau format. »
Les élèves du lycée Brequigny de Rennes sont aussi parvenus à faire annuler les épreuves de langues et d’histoire-géographie , qui devaient se tenir hier et aujourd’hui, pour l’instant reportées au 5 février. A Millau, au lycée Jean Vigo, les épreuves qui devaient se tenir mardi ont-elles aussi été reportées, et les élèves ont décidé de reconduire le mouvement de grève pour le jeudi 30 janvier. A Biarritz, les élèves et enseignant du lycée Malraux étaient eux aussi mobilisés dès ce matin, et, en dépit des pressions de l’administration, qui a menacé d’un 0/20 les élèves absents lors des épreuves, les lycéens sont parvenus à perturber les E3C, votant conjointement avec les enseignants mobilisés la reconduction du mouvement pour les épreuves suivantes, prévues jeudi et vendredi.

De nouvelles formes d’actions qui se dessinent

Ce rapide état des lieux de la mobilisation montre que, contrairement aux espérances du gouvernement, la mobilisation est encore loin de s’éteindre dans l’Education Nationale. Relayée dans un article du Café Pédagogique
, une consultation publiée par l’UNSA (syndicat enseignant qui, pourtant, n’appelle pas à la grève !), rend compte de l’état d’esprit des enseignant.e.s : en dépit de la durée du mouvement, 51% se déclarent favorables à plusieurs journées de grève, contre 25% étant contre. La mobilisation enseignante prend par ailleurs de nouvelles formes, avec l’apparition de nouveaux types d’actions médiatiques, comme les opérations de dépôts de manuels scolaires ou le « murage » des rectorats avec d’anciens manuels, ou encore les actions interprofessionnelles, qui apparaissent comme un moyen de poursuivre et d’étendre la mobilisation, approfondissant le lien nécessaire entre enseignant.e.s et autres secteurs en luttes.

Source : SNUIPP, le 22 janvier 2020

A Toulouse, les enseignants grévistes ont ainsi été nombreux aujourd’hui à se joindre à l’action d’occupation des Galeries Lafayette qui a eu lieu à l’issue de la manifestation

La mobilisation contre les E3C, qui s’inscrit dans la continuité de la grève du Bac organisée par les profs en juin dernier, est un des symptômes de la colère grandissante dans l’Education Nationale. Alors que Blanquer essaie de faire croire que les profs mobilisés ne sont qu’une minorité, l’expansion de la grève, la multiplication des blocages et l’annulation des examens vient démontrer le contraire. Dans un moment ou la lutte contre la réforme des retraites passe dans une autre phase avec la sortie -pour le moment- des secteurs centraux que sont la SNCF et la RATP, la dynamique autour des E3C montre que la crise est loin d’être refermée. Et que les possibilités d’un rebond dans la mobilisation, autour de l’élargissement de la mobilisation à d’autres secteurs comme la jeunesse ou l’éducation est à envisager sérieusement.




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