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Du Pain et des Roses

Outils de lutte

Grèves ouvrières et « commissions de femmes » : des laboratoires de l’émancipation

La mise en place de « commissions de femmes » dans les conflits ouvriers est intrinsèquement liée à l’histoire du mouvement ouvrier lui-même, et permet une analyse croisée des questions de classe et de genre. Cet article revient sur leur histoire, et l’expérience récente de ce type de commissions en Argentine, où des organisations d’extrême-gauche ont permis d’ancrer cette pratique.

mardi 29 janvier

Ideas de Izquierda, septembre 2016

Les commissions de femmes parcourent l’histoire de la classe ouvrière. En lien avec les tâches vitales « d’arrière-garde » dans les grèves, et identifiées aux domaines traditionnellement féminins (cuisine, soin des enfants, des blessés et des malades), les commissions rassemblent les femmes qui ont des liens familiaux avec les travailleurs d’une usine ou d’un atelier. Elles ont pris du poids à une époque où la classe ouvrière était majoritairement masculine et où la relation de la plupart des femmes avec la population active était indirecte, c’est-à-dire « de l’extérieur », et passait par les hommes (leurs pères, frères, fils, époux…).

Avec l’entrée massive des femmes sur le marché du travail, les commissions ont acquis des caractéristiques et des objectifs différents. Si les premières fonctionnaient comme un « pôle d’attraction » pour les femmes qui étaient pour la plupart à l’extérieur de l’usine, elles jouent désormais un rôle fédérateur autour de questions qui deviennent stratégiques dans une classe ouvrière féminisée. Dans les deux cas, l’organisation offre aux femmes la possibilité d’entrer rapidement dans la vie politique et, en même temps, elle ouvre des réflexions sur la lutte spécifique des femmes mais aussi sur leur place dans la société.

Le sens commun indiquerait que l’organisation des femmes dans leurs propres espaces n’intéresse que les organisations féministes. Cependant, à la fin du XIXe siècle déjà, aux États-Unis, des courants ouvriers militants tels que les Chevaliers du travail ou la Industrial Workers of the World (IWW) les organisaient en syndicats. D’autre part, encourager à l’organisation des femmes, même lorsqu’elles ne font pas partie du lieu de travail, fait partie de la pratique politique des organisations qui revendiquent l’émancipation des femmes [1].

Qu’est-ce qui résulte de la combinaison de la rupture de l’isolement domestique et de la politique des organisations ouvrières militantes ? Bien avant que les différents courants féministes ne s’intéressent aux femmes travailleuses, certaines organisations de gauche (en particulier les organisations d’orientation trotskyste) ont encouragé cette politique. La majorité des études féministes ne traitent pas de la complexité de la relation entre le sexe et la classe sociale, et les études sur les travailleuses ont tendance à se centrer principalement sur les aspects économiques et historiques. Seule une vision qui inclut les deux catégories et leur imbrication permet d’étudier l’expérience transformatrice de ce type d’organismes sur les travailleuses.

Des traces historiques : quand les femmes n’étaient pas dans l’usine

Nous nous référons aux commissions des femmes en particulier, et non à l’organisation en général, car les femmes n’ont pas besoin d’une quelconque impulsion pour participer aux grands événements historiques.

Mais les obstacles à la participation politique des femmes aux luttes, même dans les branches féminines comme le textile, ont été identifiés par des organisations comme l’IWW aux États-Unis dans la grève de Lawrence (connue sous le nom de grève du pain et des roses) [2], qui s’est distinguée par sa politique de création de crèches, de cantines, y compris de réunions politiques d’enfants. Toutes ces initiatives visaient à faire sortir du foyer les tâches assignées aux femmes et qui entravaient leur participation active à la grève :

« La vieille attitude des hommes de « maître et seigneur » était forte et à la fin de la journée de travail – ou maintenant de la journée de grève – l’homme rentrait à la maison et s’asseyait, pendant que sa femme faisait tout le travail, préparait la nourriture, nettoyait la maison. Les hommes s’opposaient fortement à ce que les femmes se rendent aux réunions et marchent sur les piquets de grève. Nous combattons résolument ces notions. Les femmes voulaient se battre »[3].

Cette possibilité de socialiser les tâches ménagères donnait aux femmes une autre image des grèves, qui, pour elles, jusque-là, se réduisaient à la solitude et à la misère du foyer, cible de pressions et de démoralisation. Deux commissions liées aux grèves industrielles des années 1930 aux États-Unis offrent des exemples significatifs de participation féminine « extérieure » : la grève de Minneapolis en 1934 et celle de Flint en 1936-1937. Dans les deux cas, les commissions étaient impulsées par des courants de gauche [4].

Il y avait déjà eu quelques expériences antérieures, y compris des liens de solidarité unissant par exemple les suffragettes avec les travailleurs du textile en 1909 ou leur soutien à la revendication des huit heures de travail par jour. Mais la politique des organisations comme la Ligue communiste de James P. Cannon dans les années 1930 se distingue par son objectif conscient d’ajouter les femmes, en principe, pour « palier » les effets négatifs qu’elles pouvaient avoir dans un paysage politique et économique complexe [5] :
« Si les femmes sont si efficaces pour briser la grève, elles pourraient aussi bien être efficaces pour la gagner. Nous avons donc organisé la brigade auxiliaire des femmes, ce qui a été très efficace pour les engager dans la lutte » [6].

Il s’agit d’un moyen pour convaincre les femmes qu’elles pouvaient trouver des alliés pour vaincre le système qui causait des pénuries et des souffrances aux masses, et dont elles étaient les témoins privilégiées. La proposition d’un militant homme dans une assemblée 100 % masculine est basée sur cette idée :
« l’objectif était d’impliquer les épouses, les petites amies, les sœurs et les mères des membres du syndicat. Au lieu de laisser les difficultés économiques auxquelles elles feraient face pendant la grève nuire à leur moral, Skoglund a déclaré qu’elles devraient être intégrées dans la bataille, durant laquelle elles pourraient apprendre le syndicalisme par leur propre participation directe [7]. »

C’est ainsi que la Ladies Auxiliary Brigade de Minneapolis est créée. La proposition n’a pas été automatiquement approuvée, elle a exigé une discussion et a finalement été votée. La première discussion que ces travailleurs influencés par une petite organisation de gauche ont eu sur la place des femmes a été impulsée par un militant trotskyste. Le développement montrera que l’objectif « palliatif » finirait par donner lieu à une expérience plus large, mais non sans contradictions. La principale limite était le manque d’autonomie de la commission, qui fonctionnait sous la tutelle du syndicat. Bien que seule une fraction des femmes issue de cette commission ait maintenu son militantisme, cette expérience se traduira par des conclusions et une pratique politique qui s’étendra à d’autres grèves.

Ce fut le cas de la Women’s Auxiliary de la grève contre General Motors à la fin de 1936 et au début de 1937. Dans le cadre de l’occupation des usines, les femmes ont formé une commission au sein du syndicat. Profitant de l’absence d’un cadre statutaire pour le jeune syndicat automobile UAW, la commission s’est déclarée autonome. Leur premier vote indépendant n’a pas été de s’appeler « dames » (ladies en anglais) mais « femmes ». Cette décision, encouragée par leur dirigeante, a renforcé le caractère indépendant et a permis d’élargir la gamme des activités, y compris l’autodéfense, qui est devenue une caractéristique distinctive de la commission, organisée par la Brigade d’urgence.

Sur cette base, plusieurs grèves menées une majorité de femmes, comme celle de la chaîne J.C. Penney, sont allées directement à la Brigade et à la commission des femmes, plutôt qu’au syndicat, pour demander un soutien [8].

Sans critique féministe, il existait une "transformation" de la place des femmes comme produit de leur participation à l’action ouvrière. Comme Genora elle-même le reconnaîtra plus tard, le mouvement des femmes était immature [9]. Et même s’il n’y a pas eu de discussions sur les rôles genrés au sein des luttes, il y a eu dans l’action une rupture avec le rôle domestique assigné traditionnellement aux femmes, surtout pour les travailleuses qui étaient encore loin des premières réflexions féministes. Comment ? En prenant part à l’action de déclenchement de la grève, en particulier lorsque les conflits les opposaient non seulement l’entreprise mais aussi à l’ensemble des forces étatiques.

Les femmes ont appris à parler en public, à recruter d’autres femmes, à argumenter, et à affronter physiquement la répression. Le pouvoir émancipateur du militantisme dans la grève était considérable, encore plus après la victoire, qui a consolidé le syndicalisme combatif et de classe :
« Les femmes qui, hier, étaient horrifiées par l’activité syndicale, qui se sentaient inférieures pour organiser, parler en public, diriger, s’étaient transformées, apparemment du jour au lendemain, et étaient à la tête de la lutte pour la syndicalisation [10]. »

Cela n’a pas éliminé l’inégalité, mais cela a confirmé aux femmes que leur intégration dans la lutte ouvrière renforçait non seulement la lutte elle-même et la classe ouvrière dans son ensemble, mais changeait aussi leurs vies :
« Donner aux femmes le droit de participer aux discussions avec leurs maris, d’autres membres du syndicat, d’autres femmes, d’exprimer leurs points de vue… c’était un changement radical pour les femmes de l’époque [11]. »

Le féminisme, la gauche et les femmes travailleuses

Au cours des années 1970 et en pleine deuxième vague du féminisme, la présence des femmes travailleuses était un fait. Les expériences intéressantes ne manquaient pas, mais la tendance majoritaire du féminisme n’a pas développé ses conclusions vers une convergence avec la lutte de la classe ouvrière.

En Argentine [pays d’origine de l’auteure de cet article, NDLT], où les cercles féministes étaient petits, la participation des femmes à la grève des métallos d’Acindar à Villa Constitución dans les années 70 a été une expérience précieuse. Bien que la commission ait concentré les rôles traditionnels (domestiques) des femmes, sa participation a permis une relation directe entre les épouses des travailleurs, les travailleurs d’autres branches et un travail politique commun avec des organisations de gauche comme le Partido Socialista de los Trabajadores (PST) :
« Oui, il y avait de l’organisation au sein des femmes, c’est mon souvenir […] Oui, à un moment donné l’accent a été mis sur des tâches qui semblent plus spécifiques aux femmes, je ne le nie pas mais pour moi c’était dans le cadre de la lutte. Je vous le dis parce qu’il y avait des opinions distinctes [12]. »

Ce souvenir d’une de ses participantes, Adela Manzana, montre l’impact de la critique féministe et de la gauche. Mais ces contradictions ne nient pas pour autant le rôle qu’elles ont joué à des moments clés :

« Lorsque les dirigeants du syndicat et que nombre des meilleurs grévistes sont réprimés, ce sont les femmes – leurs épouses, leurs sœurs, leurs belles-mères, leurs mères – qui se mettent en première ligne pour soutenir la grève [13]. »

Quand la classe ouvrière est féminine

Aujourd’hui, près de la moitié des travailleurs sont des femmes [d’après notre dernière actualisation les femmes représentent même désormais la majorité de la classe ouvrière, NDLT] et la classe ouvrière, en tant que sujet de transformation sociale, ne peut se permettre de les ignorer. Dans ce contexte, les commissions de femmes, loin d’être obsolètes, conservent un potentiel « émancipateur ».

Si, dans la première moitié du XXe siècle, l’idée était de convaincre les femmes que la lutte contre leurs souffrances et leur désir d’émancipation n’avaient qu’un seul allié – la classe ouvrière – aujourd’hui ce conflit s’est transformé. D’une part, la classe ouvrière et son organisation politique doivent répondre au phénomène de féminisation du prolétariat, dans lequel le « problème des femmes » cesse d’être une préoccupation sectorielle et devient la clé de tout secteur qui aspire à s’allier et à conduire les secteurs opprimés vers leur émancipation. Et d’autre part, elle doit aujourd’hui (plus que jamais) rivaliser dans le domaine des idées, surtout avec l’idée que l’extension des droits formels conduit à la libération. Parallèlement à cette transformation, surgissent de nouveaux problèmes et de nouvelles organisations.

Sur le terrain du syndicalisme combatif qui a émergé en Argentine en 2003 dans un contexte de croissance économique relative, l’expérience de Kraft Foods en 2009 montre un exemple de ce potentiel. Comme résultante du conflit de 2009 autour de la grippe A [14], une commission non corporative de femmes a vu le jour. Elle a réuni des ouvrières de l’usine et les femmes des familles de travailleurs. La commission, impulsée par des secteurs de la commission interne et du collectif féministe et lutte de classes Pan y Rosas, a créé un précédent : il n’est plus obligatoire d’être affiliée au syndicat (contournement de la division effective/contractuelle) ou de faire partie de la commission interne pour défendre ses droits, et les femmes liées aux travailleurs comme les mères, les filles et les partenaires peuvent y participer. La commission a joué un rôle clé dans le conflit et, en même temps, s’est unie face au préjugé selon lequel l’organisation indépendante des femmes divise les travailleurs.

Les femmes qui ont formé la commission en 2009 ne se sont pas limitées à un « agenda » sectoriel, comme en témoigne leur participation massive à la grève de 38 jours [15]. Le leg de ces expériences s’est manifesté en 2011, lorsqu’une travailleuse a été harcelée par un superviseur. Face à la plainte de la travailleuse, l’équipe de nuit a paralysé la production :
« Les camarades masculins ont fait preuve d’une grande sensibilité, étant les promoteurs, avec la Commission interne, de ce moyen d’amplifier le rapport de forces, avec les camarades qui ont exprimé leur indignation et leur colère, mais aussi la décision de dire haut et fort que cela n’arriverait plus ici [16]. »

L’action n’a pas seulement montré des traits de classe (défendre ceux de notre classe), mais au-delà, le pouvoir de la mobilisation unifiée des hommes et des femmes pour la défense des femmes.

En 2011, la commission des femmes de l’imprimerie Donnelley (usine aujourd’hui sous contrôle ouvrier et connue sous le nom de Madygraf), avec le soutien des militantes de Pan et Rosas, a également été créée. Cette commission, semblable dans sa forme aux commissions où les femmes sont « extérieures » à l’usine parce qu’elle est une entreprise qui n’emploie que des hommes, conjugue en son sein les demandes et les problèmes propres à la classe ouvrière du XXIe siècle.

De plus, la commission interne de l’imprimerie a dans son « ADN » politique l’expérience du soutien actif à la lutte pour l’identité de genre d’un travailleur trans [17] dans une usine 100% masculine. De la part des délégués syndicaux (plusieurs d’entre eux militants ou influencés par des organisations de gauche comme le Partido de Trabajadores Socialistas (PTS)), accepter comme la leur cette lutte contre l’oppression, n’était pas seulement un motif de lutte contre l’entreprise, mais aussi un débat autour de leurs propres préjugés :
« Ceux qui souffrent le plus de ce problème [de trouver un emploi, NDLT] sont les trans. Combien de fois avons-nous vu des personnes trans travailler dans des usines ou des bureaux ? Ou dans les magasins de vêtements, où les femmes travaillent principalement ? […] sûrement très peu de fois. Étant donné le manque d’opportunités, ils sont forcés de pratiquer la prostitution […] Ironiquement, ce sont ceux qui sont victimes de discrimination parce qu’ils sont pauvres, étrangers ou handicapés qui sont souvent victimes de discrimination en raison de leur sexualité. »

Cette affirmation, qui pourrait bien être entendue dans les milieux féministes, vient d’un travailleur de Donnelley [18] qui, du fait de son activité syndicalo-politique, est devenu militant. Sa conclusion n’est pas seulement la preuve de l’oppression, mais aussi la critique de sa propre collectivité (travailleurs masculins) et incorpore dans la pratique le « programme » de lutte des personnes LGBTI. Cette lutte et d’autres permettent de tirer de nombreux bilans et donnent forme à la pratique de l’organisation collective, ce qui contribue de façon décisive à souder les rangs et renforcer l’unité des travailleurs, malgré les multiples difficultés et discussions.

Les commissions encouragent l’organisation des femmes lorsqu’elles sont en dehors du conflit (dans les branches majoritairement masculines) et l’inclusion du « programme des femmes » lorsqu’il s’agit de lieux de travail partagés avec les hommes. Il en résulte surtout un renforcement de la « localisation hégémonique » de la classe ouvrière.

Au niveau des usines ou des ateliers, la réponse collective par des méthodes de classe telles que les grèves ou la paralysie de la production, à des problèmes sociaux tels que la santé, le harcèlement sexuel ou la discrimination, qui touchent surtout les femmes et la communauté LGBT, est un exemple de cette politique. Loin de l’idée que les droits des femmes sont une question sectorielle, l’organisation démocratique et la promotion de la participation des femmes favorisent cette « intention hégémonique ».

Traduction : Flo Balletti

[1] Voir par exemple la section « Place à la jeunesse ! Place aux femmes travailleuses ! », dans le programme de transition rédigé par Léon Trotsky en 1938
[2] “A 103 años de la huelga de Pan y Rosas”, La Izquierda Diario, 13/01/2015.
[3] “Elizabeth Gurley Flynn : rebelde con causa”, La Izquierda Diario, 13/01/2015.
[4] Lire C. Murillo, “Marvel Scholl y Clara Dunne” y “Genora Johnson Dollinger”, Luchadoras. Historias de mujeres que hicieron historia, Buenos Aires, Editions IPS, 2005.
[5] Voir sur ces processus Rebelión Teamster, de Farrell Dobbs, et Not Automatic. Women and the Left in the Forging of the Auto Workers’ Union, de Genora Jonshon Dollinger et Sol Dollinger.
[6] Voir “Marvel Scholl y Clara Dunne”, ob. cit.
[7] Farrell Dobbs, Rebelión Teamster, Chicago, Pathfinder, 2004.
[8] Not Automatic…, ob. cit.
[9] Entretien avec G. Johnson, citée in J. Hassett, “Never Again Just A Woman”, disponible sur marxist.org.
[10] In S. Fine, Sit-down : the General Motors Strike of 1936-1937, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1969.
[11] J. Hassett, ob. cit.
[12] A. Sánchez y L. Feijoo, “Feminismo y socialismo en los ‘70 : La experiencia de la izquierda socialista en el movimiento de mujeres”, XI Jornadas Interescuelas de Historia, 2007, disponible sur cdsa. aacademica.org.
[13] Idem.
[14] Approfondir in D. Lotito y J. Ros, “La lucha de Kraft Foods”, Estrategia Internacional 26, marzo 2010.
[15] Idem.
[16] “Paro histórico en Kraft”, www.pts.org.ar, 29/09/2011.
[17] “Entré disfrazada de hombre para poder conseguir este trabajo”, www.payrosas.org.ar.
[18] J. Medina, “No es solo por el orgullo, es por la igualdad real”, La Izquierda Diario, 15/11/2014.




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