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Monde

Guerre et inflation

Guerre en Ukraine. Sur fond de tensions diplomatiques, la crise alimentaire et l’inflation s’accentuent

Ce lundi, Biden réhabilitait une loi datant de la seconde guerre mondiale pour favoriser l’envoi d’armes en Europe. De l’autre côté, Zelensky appelait les forces occidentales à débloquer les ports ukrainiens des forces russes, avec en toile de fond l’aggravation d’une crise alimentaire internationale.

mercredi 11 mai

Une guerre qui n’est pas près de s’arrêter

Ce lundi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky lançait un nouvel appel à l’aide à destination des puissances occidentales. En cause, le blocage des ports ukrainiens, et notamment celui d’Odessa, par les forces militaires de Poutine qui empêchent les cargos ukrainiens d’opérer leur livraison de blé à travers le monde. Ainsi, il lance l’alerte concernant le risque d’une accentuation importante de la crise alimentaire en cours dans beaucoup de pays, dont le conflit entre la Russie et l’Ukraine est l’une des principales causes. Une situation qui pourrait « devenir franchement effrayante » selon ses termes, ajoutant également que cela ne concerne pas seulement la population ukrainienne, mais bien des « dizaines de pays à travers le monde ».

En effet, cette dimension du conflit était un des enjeux pointés depuis le début du conflit étant donné qu’à elles seules la Russie et l’Ukraine représentent 25% des exportations de blé sur la planète. De plus, le conflit participe grandement à l’augmentation de l’inflation dans le cadre d’une économie mondiale déjà très instable. A cela nous pouvons ajouter l’explosion mondiale des prix du carburant qui risquent de s’empirer encore avec l’embargo du pétrole russe prévu par les puissances occidentales. Le corrélat de cette situation est évidemment le risque important d’une augmentation des conflits sociaux à l’international.

En parallèle, alors que Poutine tentait de jouer les gros bras lors du défilé de l’armée russe pour le 9 mai, les puissances occidentales continuent de s’impliquer toujours plus dans le conflit qui s’intensifie dans la région du Donbass. Ainsi, dans la continuité de la réunion international de Ramstein, le président des Etats-Unis Joe Biden a ratifié ce lundi un nouveau texte de loi avec la quasi-unanimité du Congrès. Cette fois, il s’agit de réhabiliter une mesure promulguée en 1941, en pleine seconde guerre mondiale contre l’Allemagne nazi, visant à faciliter grandement l’envoi d’armes aux occidentaux.

Pénurie de blé et inflation : les populations payent le prix fort

Comme nous pouvons le voir, la guerre n’est pas près de s’arrêter et les conséquences de celle-ci sur les populations vont continuer de s’aggraver. En ce sens, Le Monde pointait ce lundi la crise alimentaire qui ravage la Corne de l’Afrique, où la situation est déjà très compliquée du fait des guerres locales ainsi que des phénomènes de sécheresse. « La crise mondiale déclenchée par la guerre russe en Ukraine affecte déjà les chaînes d’approvisionnement de la région. L’Afrique de l’Est est fortement dépendante du blé et des produits dérivés du blé, qui représentent près d’un tiers de la consommation céréalière moyenne, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) », écrit ainsi le journal. Il y a moins de deux semaines, le Fonds Monétaire International pointait également l’impact du conflit en Ukraine sur la situation en Afrique, s’interrogeant sur le risque de nouvelles « émeutes de la faim », pour reprendre le titre du journal Le Point.

Mais ces pays sont loin d’être les seuls touchés. Nous pourrions également citer l’Egypte et la Turquie, qui connaissent actuellement une importante pénurie de blé, parmi la cinquantaine d’autre pays qui importent plus de 30% de leur céréales et oléagineux aux deux pays belligérants. Cette situation ne pourra qu’aller en s’aggravant et s’ajoute à celle de l’inflation générale des prix qui lui est directement corrélée. Ainsi, en France, alors que depuis le début du conflit les estimations sur l’inflation à venir augmentent chaque mois, un nouveau rapport de l’INSEE vient de paraître. Cette fois, l’inflation serait estimée à 5,9% pour un an, à partir de la fin du mois de juin. Au niveau européen, la Banque Centrale Européenne estime que « l’inflation a atteint le taux record de 7,5% sur un an en avril dans la zone des dix-neuf pays utilisant l’euro », rapporte France Info. Encore une fois, ce sont les classes populaires qui vont continuer à payer le prix fort.

La guerre en Ukraine provoque déjà des tensions à tous les niveaux sur fond d’instabilité de l’économie mondiale et les gouvernements sont très conscients des risques politiques qu’entraîne le conflit, se préparant à des phénomènes de contestations sociales. Dans ces coordonnées, il est fondamental que la classe ouvrière et les secteurs populaires de la société n’aient aucune illusion vis-à-vis de la Russie ou des puissances impérialistes occidentales qui depuis le début ne font que défendre leurs propres intérêts géopolitiques. Face à cela, nous revendiquons le retrait des troupes russes de l’Ukraine et nous dénonçons l’hypocrisie des gouvernements occidentaux qui se placent en sauveur des ukrainiens, alors même qu’ils ne font que défendre leurs intérêts impérialistes. Comme l’expliquait Claudia Cinatti dans un article récent : « Dans l’immédiat, l’administration Biden capitalise sur la guerre en Ukraine pour progresser dans la reconstruction de l’hégémonie américaine. Ils visent la Russie pour affaiblir la Chine, qui est aujourd’hui dans une alliance difficile avec Poutine, et annoncent un "nouvel ordre mondial" sous la direction des États-Unis. Mais loin d’une réédition de la "mondialisation néolibérale", c’est stratégiquement une période de grands bouleversements économiques, politiques, sociaux et militaires qui a commencé, dont la guerre en Ukraine n’est qu’un symptôme. »



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