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Handicap. Entre mépris et hypocrisie, Macron et Le Pen toujours loin du compte

A la veille du second tour des élections présidentielles, la question de l'autonomie des personnes handicapée est systématiquement instrumentalisée, cachant mal l'hypocrisie et le validisme des programmes des deux candidats.

vendredi 22 avril

Crédits photo : afp.com/JOEL ROBINE

Dans le cadre des présidentielles, les deux candidats au second tour, Marine Le Pen et Emmanuel Macron se sont exprimé auprès du média en ligne Handicap.fr sur leurs programmes sur la question du handicap. Parmi les mesures évoquées, Marine Le Pen propose d’inscrire dans la constitution la lutte contre les discriminations contre les personnes handicapées et Macron d’augmenter le nombre de contrats de 35h pour les AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap). Mais ces déclarations cachent beaucoup d’hypocrisie et un programme loin d’être à la hauteur.

Macron : une posture hypocrite après un quinquennat désastreux

Au regard du quinquennat qui vient de s’écouler, la posture hypocrite de Macron a de quoi choquer. De fait, pendant 5 ans, il maintenu la casse des services publics et en particulier des hôpitaux mais s’est aussi acharné à casser des acquis avec l’adoption de la loi ELAN en 2018. Cette loi profondément rétrograde a réduit l’obligation d’accessibilité pour les logements neufs de 100% à 10%, au prétexte que seulement 10 % de la population a une mobilité réduite, niant aux personnes handicapées le droit de choisir leur logement.

Son ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a également mis en place depuis 2019 les pôles inclusifs d’accompagnement localisés (PIAL). Ces dispositifs prévoient pour les AESH un roulement sur plusieurs établissements et un accompagnement de plusieurs élèves sur quelques heures dans la semaine, afin que tous les enfants bénéficiant d’une notification leur accordant une aide humaine puisse avoir un accompagnant (en l’occurrence minime) sans pour autant créer plus de postes. Loin d’être un progrès, ce dispositif empêche la continuité du suivi des élèves handicapés, rajoutant des obstacles supplémentaires à leur inclusion et les poussant hors de l’école ordinaire.

L’hypocrisie a été frappante dans la campagne lors d’une séquence lunaire où le candidat explique à à Lucie Carrasco être prêt à "bouger" sur la déconjugalisation de l’AAH. Pourtant, ce sont les députés LREM qui ont bloqué un projet de loi qui visait à individualiser cette allocation en juin dernier à l’Assemblée nationale, au profit d’un abattement forfaitaire de 5 000 euros sur les revenus du conjoint.

Rien à attendre non plus de Marine Le Pen

De son côté, Marine Le Pen tente d’utiliser la question du handicap pour se donner un vernis social. Mais son programme est très incomplet, et en décalage total avec les besoins des personnes handicapées et leur droit à l’autonomie. Elle déclare notamment vouloir « réorganiser les PIAL » plutôt que de les supprimer. Elle dit aussi vouloir augmenter l’AAH au niveau du minimum vieillesse à 1103€, soit à peine au-dessus du seuil de pauvreté et toujours en dessous du SMIC, alors même que l’AAH est souvent l’unique revenu des personnes handicapées, malgré les dépenses supplémentaires que les problèmes de santé entraînent.

En définitive, les deux candidats au second tour présentent des mesures insuffisantes et bien loin de chercher à inclure d’avantage les personnes handicapées, leurs programmes montrent qu’ils ne souhaitent pas lutter pour la vie autonome et contre le validisme. Ils ne font mention ni de la nécessité de retirer la loi ELAN, ni de la fin des PIAL, ni de la mise en place de moyen massifs dans les services d’aides à la personne, qui permettraient pour beaucoup l’accès à la vie autonome.

Aucun des deux candidats n’évoque non plus les ESAT (Établissement et service d’aide par le travail), dans lesquels 120 000 personnes sont employées, sans être protégées par le code du travail, et encore moins l’enjeu de la désinstitutionnalisation, pourtant au coeur des revendications des militants anti-validisme. Pas un mot non plus sur les conditions de travail des AESH et de la nécessité de les titulariser et d’augmenter leurs salaires.

Ces propositions se situe dans le contexte d’un second tour réactionnaire, où on nous impose de choisir entre la peste et le choléra. Il est évident que nous ne pourrons rien attendre de ses élections pour améliorer nos conditions de vie et que nous ne pourrons lutter contre le validisme et pour l’autonomie pour toutes et tous que par la mobilisation, dans un troisième tour social qu’il s’agit de préparer dès maintenant.



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