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Harcèlement scolaire. Macron lance une appli, ce sont des moyens humains qu’il nous faut !

Macron a tenté un nouveau coup de com' en annonçant un « grand plan » pour faire face au harcèlement scolaire. Au programme, le contrôle parental et une « appli » pour smartphone... tandis que le gouvernement continue de priver les établissements de moyens humains pour accompagner les élèves.

jeudi 18 novembre 2021

Crédit Photo : Martin Bureau - AFP

En octobre, le Sénat publiait un rapport qui chiffre à près 700 000 le nombre d’enfants qui subissent du harcèlement scolaire chaque année. Un chiffre qui témoigne d’une situation horrifiante et catastrophique d’un système éducatif démuni face au harcèlement. Ce 17 novembre, nommée «  journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire  » le gouvernement s’est mis en branle pour tenter un nouveau coup de com’. Blanquer a dit vouloir en faire une «  grande cause nationale  » avec un «  plan de lutte contre le harcèlement scolaire  ». Plan que Macron va expliquer dans une vidéo sur son compte Twitter le même jour. Après avoir listé les fausses mesures prisent depuis 2 ans, il explique que, « le harcèlement sévit toujours à l’école, sur les réseaux sociaux ». Désormais, sa nouvelle mesure phare pour y faire face : lancer «  une application en février  » qui permettra d’«  adresser une capture d’écran  » aux interlocuteurs du numéro vert 3018 contre les violences numériques, ainsi que l’obligation du contrôle parental sur tous les smartphones.

Des mesures insignifiantes, exclusivement numériques et qui ne coûtent donc rien au gouvernement, tandis qu’il continue de rogner sur les moyens humains qui pourraient faire face au harcèlement scolaire, en particulier dans les Vies Scolaires. Les CPE, les assistants d’éducation, les personnels médico-sociaux des écoles, sont en sous-effectifs partout et voient leurs charges de travail augmenter chaque année. Pourtant ce sont précisément ces travailleurs qui sont les plus à même de repérer les situations de harcèlement scolaire et de les prévenir.

En Seine-Saint-Denis, les assistants d’éducation voient encore leur charge de travail augmenter, avec en moyenne 1 poste d’AED pour 78 élèves en 2020 qui est passé à 1 poste pour 80 élèves en 2021. Idem pour les CPE, Sud-Education 93 révèle que pour une augmentation de 1300 élèves dans le département l’année dernière, aucun poste supplémentaire n’a été créé. De nombreux établissements se retrouvent donc en sous-effectifs avec parfois un seul poste de CPE pour près de 600 élèves.

Et au niveau du personnel médico-social pour accompagner les 700 000 élèves qui souffrent de harcèlement c’est encore pire. Les psychologues de l’éducation nationale se font rare faute de recrutement comme le dénonce Jocelyne psychologue éducation nationale : « A titre d’exemple, sur le Sud Seine et Marne, où je travaille, le nombre de postes non pourvus a augmenté considérablement par rapport à l’année dernière avec une surcharge de travail insupportable en ces temps post confinement où les besoins sont multiples : pour exemples, à Melun à la rentrée, il n’y avait qu’un psychologue titulaire sur 5 postes, à Dammarie-les-Lys, c’était 2 psychologues titulaires sur 4, avec recrutement de psychologues vacataires sous-payé.e.s et sur-exploité.e.s qui ne combleront pas les besoins car insuffisantes en nombre. » Pourtant, une étude montre que le nombre d’élèves qui souffrent de syndrôme dépressif a doublé depuis le début de la crise Covid, affectant maintenant plus d’un enfant sur 5. Sud-Education chiffrent quant à eux que sur l’ensemble du territoire, il n’y a en moyenne qu’un médecin scolaire pour 12 000 élèves.

En effet, pour Macron et son gouvernement l’heure n’est pas à l’embauche. Alors que les établissements du secondaire accueillent plus de 30 000 élèves supplémentaires chaque année depuis 2019, le gouvernement a supprimé 7490 postes dans les collèges et lycées depuis le début du quinquennat. L’année dernière seulement, c’est 1883 postes d’enseignants qui ont été supprimés, et qui ont fait que Blanquer a pu se vanter de rendre 200 millions d’euros sur le budget annuel de l’Éducation Nationale. Comment espérer faire face au harcèlement scolaire quand les élèves qui en souffrent n’ont même pas accès à des interlocuteurs adultes disposés à les aider au sein de l’établissement.

Et on voit qu’en plus de ne mettre aucun moyen pour faire face à ces situations, le gouvernement participe même à nourrir les discours discriminants à la source de nombreuses affaires de harcèlements. Quelques semaines après le suicide tragique de Dinah, une jeune adolescente de 14 ans qui subissaient un harcèlement lesbophobe et raciste, l’hypocrisie du gouvernement est criante sur ces questions. On se souvient des discours grinçants de Macron sur une «  tenue décente exigée  », qui ont grandement participé à l’offensive sexiste et stigmatisante qui s’est abattue sur les jeunes filles au collège, ou encore plus récemment l’insurrection de Blanquer contre l’inscription du “iel” dans le Petit Robert qui est venu réaffirmer la transphobie du ministre. Dans ce contexte, comment compter sur un gouvernement qui mène des offensives racistes et sexistes à longueur de journée pour lutter contre les discriminations et le harcèlement entre les enfants ?

Face à l’hypocrisie de ce plan gouvernemental, imposons la mise en place d’un plan d’urgence pour l’éducation, avec des recrutements massifs pour diminuer les effectifs en classe, pour décharger les personnels surchargés et leur donner le temps d’être à l’écoute des élèves, pour une école qui ne soit plus le relais des politiques réactionnaires de la classe dominante et laisse la place à la bienveillance et l’émancipation de nos enfants.



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