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Politique

Le variant Omicron fait grimper les hospitalisations d’enfants

Hausse des cas graves chez les enfants : le gouvernement minimise les risques d’Omicron

Lors de leur allocution, Castex et Véran n’ont annoncé que des mesurettes inefficaces et ont insisté sur la nécessité de garder les écoles ouvertes, pour le plus grand bonheur du patronat, minimisant sciemment la dangerosité d’Omicron pour les enfants, malgré des premières données inquiétantes venues de l’étranger.

mardi 28 décembre 2021

Crédits photos : Filippo MONTEFORTE/AFP

Lundi soir, alors que la France avait dépassé le cap des 100 000 nouveaux cas quotidiens, une première depuis mars 2020, Jean Castex et Olivier Véran se sont exprimés pour annoncer les nouvelles mesures du gouvernement contre le Covid. Alors que la situation était déjà grave, l’arrivée du variant Omicron a eu un spectaculaire effet accélérateur sur l’épidémie, malgré le taux de vaccination. Mardi 28 décembre, 179 807 nouveaux cas de Covid ont été recensés en 24 heures. C’est un record absolu depuis le début de l’épidémie en France.

Mais alors qu’une situation d’urgence se dessine à l’hôpital, avec des services de réa de plus en plus souvent saturés par des malades du Covid, le gouvernement poursuit sa politique pro-patronale en m’annonçant que des mesurettes, et en axant sa stratégie sur des restrictions individuelles et répressives. Que le MEDEF se rassure : son président Geoffroy Roux de Bézieux s’inquiétait d’un « blocage de l’économie » en cas de mesures trop drastiques, mais le gouvernement veille au grain pour maintenir les profits du patronat.

Enfants atteint de formes grave de Covid : le gouvernement assume

Ainsi, aucun report de la rentrée ou fermeture des écoles n’est prévu par l’Élysée. Pour le président du MEDEF, cela aurait constitué une « difficulté majeure » pour l’économie. Aucun investissement majeur pour appliquer des mesures pourtant élémentaires pour lutter contre l’épidémie à l’école (masques FFP2, fenêtres dont l’ouverture est possible pour aérer les salles, etc.)

Tout est fait comme si la contamination des enfants au coronavirus était un non-sujet. Le variant Omicron étant relativement nouveau, un principe de prudence devrait s’appliquer, mais Véran se veut rassuriste, malgré les premiers chiffres venus de l’étranger, qui sont inquiétant. Le ministre de la Santé a ainsi mis en avant les chiffres de la bronchiolite, pour mieux minimiser l’impact du Covid chez les jeunes : « Chaque année, la bronchiolite entraîne l’hospitalisation de 23 000 enfants. Et aujourd’hui, il y a plus d’enfants hospitalisés en réanimation pédiatrique pour bronchiolite que pour une forme grave de Covid. Chaque année 2 000 à 3 000 enfants vont en réanimation pour bronchiolite. » Ce qu’il ne dit pas, en revanche, c’est que des chiffres sur une année sont incomparables à des chiffres datant de quelques semaines, qui indiquent une tendance liée à l’émergence du variant. Il ne dit pas non plus que, si peu nombreuses qu’elles sont, les hospitalisations dues au Covid viennent justement s’ajouter aux hospitalisations « normales », et c’est précisément pour cette raison que les hôpitaux sont débordés.

Le gouvernement veut « sanctuariser l’école » mais à quel prix ? « Evidemment, si de nouvelles données apparaissent en France ou à l’étranger sur l’impact du variant Omicron chez les enfants, nous pourrions être amenés à prendre toute mesure utile pour les protéger » ajoute Olivier Véran. Mais le ministre ne peut pas ignorer que ces données existent, et qu’elles semblent bel et bien indiquer que les enfants, en particulier les enfants en bas âge, sont anormalement affectés par le Covid depuis l’arrivée d’Omicron.

Une hausse alarmante des hospitalisations d’enfants à l’étranger

Vendredi 24 décembre, avant les fêtes de Noël, qui promettent d’être un « superspreader », soit l’occasion d’une explosion des cas suite à un brassage, et pendant les vacances scolaires, le Washinton Post tirait la sonette d’alarme sur les hospitalisations d’enfants dues au Covid aux États-Unis. En moyenne, sur la semaine de Noël, 800 enfants étaient hospitalisés quotidiennement pour cause de Covid grave. « Jeudi, 1 987 patients pédiatriques atteints ou soupçonnés d’être atteints du Covid-19 étaient hospitalisés au niveau national, soit une augmentation de 31% en dix jours »

Sur ces enfants hospitalisés, on compte une majorité d’adolescents non-vaccinés, et une part grandissante d’enfants de moins de 5 ans, trop jeunes encore pour être vaccinés. À New York, ces derniers représent même la moitié des hospitalisations pédiatriques pour cause de Covid. Ces admissions ont quadruplé entre la semaine du 5 décembre et celle du 19 décembre.

Les chiffres sud-africains, eux aussi, sont inquiétants. À Gauteng, la province du pays la plus touchée par le virus, les enfants de moins de 5 ans représentent 9% du total des hospitalisations pour cause de Covid, selon l’Institut National des Maladies Transmissibles. Même tendance au Royaume-Uni, où le taux d’admissions à l’hôpital pour les moins de 5 ans était 3 fois supérieur à celui des enfants plus âgés, la semaine du 13 décembre. Il est encore tôt pour être certain de la tendance en France, mais on sait d’ores et déjà qu’au 28 décembre, selon Santé Publique France, 164 enfants de moins de 9 ans étaient hospitalisés pour cause de Covid, contre seulement 39 à la même date l’année dernière.

La majorité des enfants qui contractent le Covid ne développent pas de forme grave, alors comment expliquer cette tendance à la hausse des hospitalisations avec le variant Omicron ? Il y a évidemment une part d’inconnu, mais on sait déjà que le variant Omicron est extrêmement contagieux, il est donc logique qu’il y ait plus d’enfants contaminés. Or les enfants sont aussi la catégorie de population la moins vaccinée. En France, la vaccination est accessible aux enfants de 5 à 11 ans, à condition de présenter des facteurs de risque.

De plus, les pédiatres signalent une augmentation anormale des cas de syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique, ou PIMS, chez les enfants ayant contracté le Covid. Bien que rare et méconnue, cette affection correspond à une réponse inadaptée du système immunitaire de l’enfant, et peut aller jusqu’à la mort. Tout comme les adultes, les enfants peuvent aussi garder des séquelles du Covid, même s’il ne vont pas jusqu’à l’hospitalisation. Parmi ces séquelles, on peut évoquer le Covid long, affection encore trop nouvelle pour que les médecins sachent la prendre en charge.

Dans une tribune publiée dans le JDD, 50 personnels de Santé tirent la sonette d’alarme et appellent Olivier Véran à reporter la rentrée scolaire et à prendre des mesures contre le Covid à l’école. « Les hospitalisations d’enfants en services conventionnels et en soins intensifs, ont dépassé les pics de toutes les vagues précédentes, avec plus de 800 enfants de moins de 10 ans et 300 adolescents de 10 à 19 ans hospitalisés en six semaines, et ces chiffres ne cessent d’augmenter » écrivent-ils.

Au vu de ces données initiales, la stratégie du gouvernement est criminelle. Le danger que le variant Omicron représente pour les enfants est volontairement minimisé ; rien n’est fait pour protéger les enfants, surtout les plus jeunes, des risques du Covid. Combien d’enfants feront les frais du « quoi qu’il en coûte » du gouvernement, qui refuse de toucher aux garderies du MEDEF ? Pour paraphraser un tweet masqué par Jean-Michel Blanquer, écrit par une prof de lycée : « Où sont les masques gratuits ? Où sont les tests ? Où sont les détecteurs de CO2 ? Où sont les purificateurs d’air ? Où sont les investissements pour garantir l’aération ? »




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