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Hausse des prix de l’énergie : un « plan résilience » taillé sur mesure pour le MEDEF

Face à la hausse des prix de l’énergie, et en particulier du carburant, Castex annonçait hier un « plan résilience ». L’occasion de relancer les aides au patronat activées au plus fort de la pandémie… et de ne pas faire payer les grands groupes énergétiques et financiers qui profitent de la crise.

mercredi 16 mars

Crédits photo : Thomas SAMSON/AFP

Après la mesure cosmétique et électoraliste des 15 centimes de remise sur l’essence et le gasoil routier, Castex a annoncé ce mercredi 16 mars son « plan de résilience » face à l’inflation galopante qui touche notamment le carburant. Un plan dont l’objectif est de « protéger les ménages et les entreprises des conséquences immédiates du choc » dont les répercussions liées à la guerre en Ukraine sont encore à venir. La hausse des prix de l’énergie provient en effet d’une part de la reprise économique qui crée une hausse de la demande des combustibles, mais avant tout de la spéculation sur le baril de pétrole, qui explose avec les conséquences attendues de l’invasion de l’Ukraine. A la pompe, le prix de l’essence à d’ores et déjà dépassé les deux euros le litre.

Les premiers à payer sont les travailleurs, obligés de prendre leur voiture au quotidien qui voient leurs salaires (parfois déjà amputés pendant la crise sanitaire sous la menace des licenciements) grignotés par la hausse des prix des biens de première nécessité, et désormais par l’essence qu’il faut mettre tous les jours pour aller au travail. Une situation qui n’a été qu’empirée par le sous-investissement dans les services publics et le détricotage des transports publics de proximité. Pour certains, aller au travail coûte désormais trop cher, et il faut alors creuser son découvert pour pouvoir s’y rendre. Et dans le plan de Castex, les aides aux ménages annoncées ne se bousculent pas. Histoire de combler le vide, on recycle l’aide de 15 centimes (toujours à partir du 1er avril), en l’étendant au gaz naturel véhicule et au GPL, qui en étaient pour l’instant exclus. Bruno Lemaire et Jean Castex ont par ailleurs rappelé leurs exhortations aux pétroliers à faire, s’ils le veulent bien, un effort. Quand les classes populaires doivent moins se chauffer (ou moins utiliser leur voiture !), le gouvernement demande poliment aux profiteurs de faire un tout petit peu moins de profit.

En ce qui concerne les entreprises, Castex répète presque au mot les exigences du MEDEF : pas de quoiqu’il en coûte mais des aides ciblées. Ainsi, le gouvernement étend à nouveau les possibilités de Prêt Garanti par l’État (PGE), à hauteur de 35 % du chiffre d’affaires, permet un recours élargi au chômage partiel (qui comme pendant le Covid ne maintient les salaires qu’à 84%), et au report des charges. A condition de prouver que l’activité est affectée par le prix de l’énergie ou l’arrêt d’import-export avec la Russie ou l’Ukraine. Si une entreprise dépense plus de 3 % de son chiffre d’affaires en gaz ou en électricité, une nouvelle aide « permettra la prise en charge de la moitié du surplus de leurs dépenses énergétiques ».

Pas de quoiqu’il en coûte pour les ménages mais bien pour le grand patronat

Les petits patrons et les indépendants aussi subissent de plein fouet l’augmentation des prix du carburant. Les taxis, les VTC, les artisans, et les petites entreprises qui ont besoin de carburant pour faire tourner leurs machines comme les agriculteurs, les entreprises du BTP ou les pêcheurs. La hausse brutale des prix pose le risque de travailler à perte, une hausse des prix étant rendue impossible par la concurrence des grands groupes qui peuvent amortir ces coûts. Les pêcheurs recevront 0,35 centimes de remise par litre de gazole de pêche. Castex a annoncé des remboursements accélérés de la TICPE sur le gazole non routier pour les entreprises de transport routier ou pour les agriculteurs. Djebbari, le ministre des transports, doit se concerter avec les représentants du patronat routier pour décider d’autres mesures.

Ainsi Macron et Castex reportent le coût de la spéculation et des profits records de Total sur le budget de l’État, justifiant les attaques austéritaires à venir. Ces prochaines années seront celles du règlement à marche forcée de la dette Covid, de la dette de l’armement des policiers, du militarisme et de l’arrosage d’aides aux entreprises pour maintenir les capitalistes à flot. Les annonces de Macron de s’en prendre aux allocataires du RSA, après avoir saccagé l’assurance-chômage, de reculer l’âge de la retraite à 65 ans, préfigurent déjà les mesures nécessaires à venir pour faire payer les travailleurs et les classes populaires.

Là où le grand patronat réclame toujours plus fort la baisse des « charges sociales », des taxes, en se cachant derrière la panique des petits patrons et des indépendants pris à la gorge, il faut réaffirmer que c’est aux grands groupes énergétiques, aux grands groupes industriels et financiers de payer ! Il faut bloquer les prix de l’énergie et des biens de première nécessité pour mettre fin à la spéculation et réquisitionner les profits de l’industrie énergétique pour venir en aide aux ménages et aux petits entrepreneurs et indépendants ! Il faut immédiatement augmenter les salaires et les pensions de 300€ et les faire évoluer avec l’inflation. C’est l’unique solution viable pour les travailleuses et les travailleurs à la séquence inflationniste que nous traversons et qui va se poursuivre avec la remontée des tensions internationales qui seront autant de bouleversements économiques qui seront répercutées sur la population.



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