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Politique

Élections présidentielles 2022

Anne Hidalgo. Lutter contre les violences policières et le patriarcat, « ce n’est pas moi du tout »

Dans une interview donnée à BFM TV, la maire PS de Paris Anne Hidalgo a affirmé qu’elle « prendrait sa part » à l’élection présidentielle de 2022. Faisant au passage le procès en républicanisme des écologistes et d’une partie de la gauche, elle a laissé entrevoir un agenda politique particulièrement à droite.

mardi 24 novembre 2020

Crédit Photo : BFM TV

Interviewée par Ruth Elkrieff, Anne Hidalgo a assuré participer à l’élection présidentielle de 2022 : une tentative de ressusciter une social-démocratie qui avait éclaté en vol, après un mandat de François Hollande marqué par d’importantes attaques contre les classes populaires. Tout au long d’un entretien plein de complaisance, l’actuelle maire de Paris a annoncé la couleur de sa candidature. En effet, ses différentes réponses à la journaliste de BFM allaient clairement dans le sens de l’offensive sécuritaire et islamophobe lancée par le gouvernement, à contre-courant de l’actuelle mobilisation contre la loi sécurité globale. Plus bleue que rouge donc…

Depuis maintenant plusieurs semaines, suite à l’assassinat de Samuel Paty, le gouvernement cherche à criminaliser et à faire taire toutes les organisations, militants ou personnes qui refusent de jouer le jeu de l’offensive réactionnaire et d’une union nationale aux relents islamophobes. En ce sens, Jean-Michel Blanquer avait notamment accusé des universitaires et des organisations comme l’UNEF ou la France Insoumise de « complicité intellectuelle » avec le terrorisme. Le ministre et le gouvernement avaient ainsi allègrement réutilisé le terme « d’islamo-gauchisme », plébiscité par la droite et l’extrême-droite, pour tenter de marginaliser et de jeter l’anathème sur celles et ceux qui osent dénoncer et lutter contre l’exploitation et les oppressions, que ce soit le racisme, l’islamophobie ou le patriarcat. 

Anne Hidalgo, sans surprise, s’est largement adonnée à ce genre d’accusations, cette fois-ci contre les écologistes ainsi qu’une partie de la gauche et alors même que Yannick Jadot, député européen et figure EELV, avait présenté une possible candidature écolo elle aussi très à droite et dans la lignée de l’agenda sécuritaire du gouvernement. De manière plus ou moins habile, la maire de Paris a évité d’employer le terme d’islamo-gauchisme. Mais le contenu et le fond de son accusation envers les écologistes et une partie de la gauche n’a pas fait illusion. Elle a notamment affirmé :« Je ne me suis jamais reconnu dans ce relativisme culturel qui a emporté une partie de la gauche vers une grille d’analyse qui faisait qu’on ne pouvait pas critiquer ceux qui étaient considérés comme plutôt des victimes ». La maire de Paris n’a ainsi pas hésité à instrumentaliser la mort de Samuel Paty en relayant une fausse information avancée par la journaliste de BFM : lors d’un conseil de la ville de Paris, au moment d’un vote qui avait pour objet de nommer un lieu en hommage à l’enseignant assassiné, les écologistes auraient voté contre la proposition, alors qu’en réalité ils ont bien voté pour… Hidalgo a profité de la fake news pour affirmer : « Il faut pousser une partie de la gauche à sortir de son ambiguïté ». Quand Ruth Elkrieff a interrogé Anne Hidalgo sur ses liens avec une partie des écologistes (membres de la majorité municipale à Paris) qui avaient pu être présents à la marche du 10 novembre 2019 contre l’islamophobie, soutenir le Comité Adama dans sa lutte contre les violences policières ou encore se positionner contre les violences sexistes, l’actuelle édile de Paris a répondu : « Ça n’est pas moi du tout […] Je leur dis, moi j’ai un problème c’est votre rapport à la république ». S’inscrivant ainsi pleinement dans les accusations du gouvernement contre une partie des militants de gauche, Hidalgo a réitéré ces accusations contre Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise. Sur la loi séparatisme, qui vise à stigmatiser toujours plus la communauté musulmane, la maire de Paris a refusé de se positionner concrètement. Ni pour ni contre, elle a vaguement appelé à « travailler sur la promesse républicaine ».

Ruth Elkrieff a également interrogé Anne Hidalgo sur ses liens proches avec des grands patrons et milliardaires français, moquant au passage toutes celles et ceux qui pointaient la contradiction de ces liens pour une élue soi-disant de gauche. Ce à quoi l’actuelle maire de Paris a simplement répondu qu’elle aimait « rencontrer les personnes » et leur « authenticité » et qu’elle réussissait très bien à s’accommoder des « divergences politiques » avec ses amis milliardaires. Elle a aussi admis s’entendre très bien avec Nicolas Sarkozy, l’ancien président actuellement jugé pour corruption. Une illustration parfaite de cette vieille gauche caviar du PS qui tente aujourd’hui de se refaire une santé avec une possible candidature d’Hidalgo en 2022.

Rien d’étonnant pour une amie des milliardaires français et une élue du Parti Socialiste. Son parti lorsqu’il avait été au pouvoir a représenté un véritable ennemi des classes populaires et un agent central du capitalisme français, au même titre que la droite. Rappelons que c’est sous Hollande que des réformes néolibérales comme la Loi Travail, précarisant toujours plus les travailleurs, avaient été menées. Rappelons aussi que c’est sous Hollande qu’Adama Traoré a été tué par des gendarmes ou que le jeune Théo a été violé par des policiers. Le parti socialiste au pouvoir avait mené une féroce répression à l’encontre des migrants et avait constitué depuis Mitterrand, un pilier de l’impérialisme français en Afrique et dans le monde.

Même si cela laissait peu de doutes, l’agenda politique que laisse entrevoir Anne Hidalgo montre très clairement qu’elle ne peut en aucun cas représenter une option pour les travailleurs, les femmes ou les habitants des quartiers populaires.




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