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Politique

Greenwashing

Hidalgo déclare « l’état d’urgence climatique » sur Paris : opération plus politique qu’écologique.

Alors que les militants écologistes alertent depuis des années sur le dérèglement du climat et n'obtiennent que de vagues promesses ou de grands spectacles politiques du genre de la COP21 à Paris – ou une charge de CRS, comme le 28 juin dernier – plusieurs villes dans le monde, dont Paris, viennent de se déclarer en « état d'urgence climatique ».

mercredi 10 juillet

Ça fait des années que les villes aménagent en été des procédures pour éviter l’asphyxie collective et les températures insupportables : limitation des vitesses, circulation alternée, voies alternatives pour les camions. Des pansements sur une jambe de bois, surtout quand les mesures sont prises au dernier moment. Alors, on a tendance à penser que « l’état d’urgence climatique », pour une fois, ça a de la gueule. Et c’est exactement ce que réclament les militants écologistes depuis plusieurs années : la Mairie de Paris va faire des heureux. Anne Hidalgo prévoit une « Académie du climat » à destination des jeunes et des « volontaires du climat » que la situation inquiète.

Ouvrir des espaces de délibération à la population parisienne, faire venir des experts dans le cadre d’un « GIEC Paris », discuter des solutions à la pollution urbaine et aux risques de réchauffement climatique : Hidalgo fait peindre les murs de l’hôtel de ville en vert, avant les municipales. Une idée formidable. Et qui montre que la Mairie prend très au sérieux les lanceurs d’alerte de l’écologie. D’autant plus depuis que les verts d’EELV ont battu les records aux élections européennes. Une frange de l’électorat parisien qu’Anne Hidalgo compte bien conserver en vu des municipales de 2020.

Sauf qu’on voit mal comment cette sorte d’initiative pourra dépasser le seuil du pansement. Si le climat était un grand navire à la dérive qui prend l’eau de toutes parts, Hidalgo nous fournirait à tous un verre pour contribuer au sauvetage : avec courage et ténacité, on évitera la noyade. On trouve souvent cet argument chez les écolos, celui de la prise de conscience individuelle et de l’action quotidienne – t’as trié tes déchets ? T’as débranché l’ordi ? A moins de s’enthousiasmer que chacun, chacune, nous soyons tous à notre rôle de pansement, il faudrait rétorquer à l’initiative bien propre et gentille de la maire de Paris, que les principaux pollueurs ne sont pas chez nous mais dans les entreprises mondialisées et les réseaux que génère le profit capitaliste.

L’irrationalité du capitalisme se voit depuis longtemps dans l’exploitation et le mépris de l’humain et de son travail. Tendu vers le profit dans sa folie d’illimitation, le capitalisme historique a renouvelé ses modes de prédation, découvert de nouvelles sources de plus-value, colonisé des espaces géographiques et envahi toutes les sphères de la vie sociale. Système inhumain et contraignant, qui profite à quelques uns au détriment des plus nombreux, il se révèle aussi un facteur de dégradation radicale des écosystèmes.

Alors, poser la question écologique en faisant abstraction des autres urgences auxquelles nous sommes confrontées et sans exiger d’abord l’abolition de ce système économique qui nous pourrit la vie, c’est en effet offrir des pansements lorsqu’on doit opérer une fracture ouverte. C’est-à-dire faire exactement ce que fait la classe politique depuis des années sur la question et continuer à brasser l’air face caméras. En attendant que ça passe.




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