^

Politique

A droite toute…

Hollande-Valls. Lepénisation accélérée

Juan Chingo Avec l’adoption, hier, par le Sénat, de la Loi sur le Renseignement, le Patriot Act à la française, le gouvernement s’est « bushifié ». C’est comme s’il avait rallié les pires orientations des néoconservateurs étatsuniens qui ont conduit, sous Bush, une politique ouvertement réactionnaire et bonapartiste sur le plan interne et externe. Avec le déploiement massif de forces de répression dans les rues de Paris contre les migrants ce sont les pires recettes de Marine Le Pen que l’exécutif fait siennes.

lundi 15 juin 2015

Cécile Duflot a toutes les raisons de s’insurger, dans sa tribune du Monde datée du 11 juin, lorsqu’elle souligne qu’au « moment même où l’actualité nous présente chaque jour les images des migrants cheminant au péril de leur vie dans des embarcations de fortune où ils sont entassés par de véritables mafias exploitant la misère du monde, la situation faite aux migrants anciennement installés à La Chapelle et désormais régulièrement dispersés par les forces de police est insupportable », rajoutant par ailleurs que « les images de migrants embarqués de force dans des rames de métro sont sinistres ».

Là où, on revanche, nous sommes en désaccord, c’est par rapport aux conclusions que Duflot tire, à savoir que « notre politique des migrations est un Waterloo moral ». Il n’en est rien. C’est, fondamentalement, la conséquence logique de l’orientation pilotée depuis l’Elysée visant à détruire ce qui reste de ce qu’on a pu appeler, à une époque, l’Etat-providence ou l’Etat social (et à quoi Duflot a participé, étant ministre sous Ayrault, en cautionnant l’ANI notamment) et visant à modifier les relations entre le capital et le travail au profit du Medef.

Si « le gouvernement est atteint de Medef-mania », pour reprendre l’expression de Jean-Claude Mailly au lendemain des annonces du gouvernement sur les PME/TPE, cette manie pro-patronale sur le terrain économique va de pair avec sa lepénisation sur le plan politique, cédant et alimentant les pires idées d’extrême droite sur le terrain politique et social. Les deux vont de concert, en effet, dans la mesure où cette contre-révolution sur le plan économique et social que les différents gouvernements ont menée jusqu’à présent, quel que soit leur couleur politique, et qui s’est intensifiée avec la crise économique de 2007-2008, ne peut pas ne pas être corrélée à un certain degré de répression, d’offensive contre les droits démocratiques les plus élémentaires des travailleurs, non seulement au niveau du droit d’asile mais, plus généralement, au niveau des conditions d’accueil des migrants.

Ce n’est pas un hasard si la réforme du mariage pour tous, avec toute les concessions qui ont été faites au camp de la Manif pour Tous, notamment au niveau de la PMA, a été la seule et unique mesure un minimum réformiste de la présidence Hollande qui pense qu’il est possible d’avoir une politique de gauche sur les questions sociétales et culturelles pour mieux faire avaler son programme d’attaques anti-ouvrières à sa propre base électorale, en opérant une rupture entre les secteurs sociaux progressistes et le monde du travail plus classique.

Cette méthode, cependant, s’est heurtée à l’énorme mobilisation des réacs. Elle s’est échouée également contre un taux de chômage qui a continué à augmenter, avec 600.000 chômeurs de plus en trois ans, contre la perte du pouvoir d’achat, une intensification de la pression fiscale sur les ménages, y compris les plus modestes et qui font partie de la base électorale socialiste. Tout ceci peut se résumer à travers la radicalisation de la ligne politique pro-patronale qui est celle de Hollande, symbolisée par le Pacte de Responsabilité et la Loi Macron avec, dans ce dernier cas, la nécessité de recourir à des mesures de plus en plus bonapartistes face aux difficultés politiques pour justifier cette orientation. L’appel au 49-3 est le reflet, au niveau parlementaire, de la politique de réaction, sur toute la ligne, qui est celle de Hollande et Valls, à tous les niveaux de leur agenda, non seulement au niveau économique mais également au niveau social, avec la chasse aux migrants, la chasse aux « fraudeurs » de Pôle Emploi, la contre-réforme du collège de Vallaud-Belkacem, la réforme Tourraine de la Santé et le plan d’attaque contre l’AP-HP de Martin Hirsch, etc.

C’est en ce sens qu’en appeler à l’humanité de Hollande pour « régler la situation des migrants de Pajol » et pour ouvrir « nouveau cycle politique en France et en Europe » relève des pires illusions. Mais, venant d’une ancienne ministre du Logement, cela démontre également la confusion la plus totale et le manque d’alternative de ce qui se veut être « la gauche de la gauche ».

Il ne peut y avoir d’issue progressiste à la situation actuelle sans la mise en échec de Hollande et Valls ainsi que de leur orientation réactionnaire. C’est le pire des ennemis pour le monde du travail. La mise hors-jeu de la politique anti-ouvrière, anti-immigrée et liberticide de Hollande, voilà la meilleure façon pour stopper l’avancée de l’extrême droite et pour empêcher une plus grande implantation des frontistes sur l’échiquier politique.

10/06/15




Mots-clés

Politique