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Politique

Commémoration

Hollande et le 11 Novembre. Maudites soient vos guerres !

Il y a toujours quelque chose de profondément indécent dans la commémoration officielle du 11 novembre. D’un côté, on célèbre un armistice, une paix impérialiste qui a mené tout droit à l’ignoble Traité de Versailles, sorte de première version des mémorandums de la Troïka, et qui mènera directement à la Seconde boucherie mondiale. De l’autre, on rend hommage aux poilus pour mieux célébrer les guerres actuelles que mène la France. Cette année, Hollande a même réussi à rajouter une touche d’union sacrée, esprit Charlie oblige. Jean-Patrick Clech

mercredi 11 novembre 2015

La journée du 11 novembre « doit rester le rappel des ravages des nationalismes, des esprits de revanche et des haines entretenues », disait Hollande candidat en 2012. Trois ans plus tard, le 11 novembre était plus que jamais militariste.

Le président a commencé la tournée des popotes en se recueillant avec l’arrière-petit fils de Georges Clémenceau devant la statue du « père la Victoire », comme l’an passé. Pas étonnant que Hollande revienne sur les lieux du crime : Clémenceau, président du Conseil « de gauche » qui était passé depuis belle lurette à droite n’est pas seulement de ceux qui ont mené la guerre jusqu’au bout. C’est également ce « premier flic de France », comme il avait plaisir à s’appeler, tendre avec les patrons, féroce avec les ouvriers, et dont se revendique Manuel Valls. Pour ne citer que quelques exemples, c’est Clemenceau qui ordonne de briser les grèves des mineurs dans le Nord et le Pas-de-Calais, en 1907, après la catastrophe de Courrières, qui demande à la troupe de tirer sur les vignerons du Midi, cette même année, ou encore contre les travailleurs du bâtiment de Villeneuve-Saint-Georges, à l’été 1908. Avec un tel CV, il n’est pas anodin que Hollande, qui veut casser le Code du Travail, rende hommage à celui qui cassait de l’ouvrier de façon aussi consciencieuse.

Puis le président a remonté les Champs-Elysées, au son de la Marseillaise, passant les troupes en revue. Sous l’Arc de Triomphe, il s’est ensuite avancé devant la tombe du Soldat inconnu pour le dépôt de gerbes. Après le recueillement, Hollande a ravivé la flamme, avant de saluer les quatre soldats « morts pour la France cette année en opération » et s’entretenir avec les proches.
Car c’est cela aussi, le 11 novembre. En 1914, les dirigeants socialistes qui avaient viré de bord et trahi l’appel de Jaurès à la grève générale en cas d’entrée en guerre, comme Edouard Vaillant ou Marcel Sembat, appelaient les ouvriers à rejoindre les drapeaux au nom de la « culture française et de la liberté du peuple ». On combattait le Reich allemand, à l’époque, au nom des droits de l’Homme, de la liberté et de la république contre l’autocratie du Kaiser et la barbarie d’Outre-Rhin. Aujourd’hui les théâtres d’opération sont plus lointains, on sème la mort de façon plus anonyme, à coups de drones et d’avions de chasse, mais le discours reste le même. Pour les troufions, engagés volontaires, comme l’aurait dit Anatole France à propos de la Première guerre, sans doute croient-ils mourir pour la patrie, mais c’est pour les industriels, qu’ils crèvent.
Comme la nuée porte l’orage, le capitalisme porte en lui la guerre. Et les socialistes de gouvernement d’hier comme d’aujourd’hui sont là pour le rappeler. Et pour commémorer un 11 novembre sous le signe de la multiplication des opérations extérieures : MaliCentrafriqueSyrie et ailleurs. D’ailleurs, pour bien marquer la continuité de la politique impérialiste hexagonale, Sarkozy était cette année présent à la tribune d’honneur, sur les Champs, et a échangé une poignée de main avec son successeur.

« Ces cérémonies rassemblent au-delà des clivages, a souligné Hollande. Nous sommes tous ensemble pour les valeurs de la République qui appartiennent à tous ». Pas à nous, en tout cas. Comme l’écolier du Monument aux Morts de Gentioux, dans la Creuse, où avait lieu cette année encore le seul rassemblement pacifiste en France, nous sommes de ceux qui disent « maudites soient vos guerres ».




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