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Politique

Vente des mistral à l’Egypte

Hollande poursuit son idylle militariste avec Sissi

{{}} Claire Manor Rafales au Qatar, Mistral en Egypte, Hollande costumé en agent commercial des engins de guerre fabriqués en France poursuit sa politique militariste et impérialiste sans faire le difficile sur le profil de ses clients. Dernier avatar de ses tractations mercantiles et diplomatiques, les deux navires Mistral, dont la livraison à la Russie avait été annulée en raison de la guerre menée par Moscou dans l’est de l’Ukraine, seront finalement vendus à l’égyptien Sissi, apparemment plus fréquentable que le russe Poutine.

jeudi 24 septembre 2015

Un calcul Elyséen à double détente

Hollande a annoncé mercredi en fin de journée que « La France assurera la livraison de ces bateaux sans rien perdre tout en faisant en sorte de protéger l’Egypte ». Tout bénéfice ! On gagne sur les deux tableaux.

Financièrement, il sauve la mise en ces temps d’austérité pour le budget de l’état et pour les travailleurs ; avoir sacrifié les deniers publics à des stratégies d’alliances entre pays dominants, aurait en effet pu être lourdement reproché à l’exécutif français, surtout à proximité des élections présidentielles.

Stratégiquement, il pose un pion sur l’échiquier géopolitique ; fournir à l’Egypte des moyens de « protection » navale lui permet d’instaurer un lien étroit avec un pays déterminant dans l’équilibre des forces de cette région et de s’assurer une nouvelle position dans la « lutte contre le terrorisme ».

Equilibre financier ? Le compte n’y est pas encore tout à fait

L’accord conclu le 5 août entre Paris et Moscou, après huit mois d’âpres négociations, prévoyait l’annulation du contrat de vente à la Russie des deux Mistral dont le montant s’élevait à 1,2 milliards. En contrepartie, le gouvernement français devait verser aux autorités russes une somme de 950 millions d’euros correspondant aux avances déjà payées.

Mardi 22 septembre, une délégation Egyptienne mandatée par le président égyptien Al-Sissi est arrivée à Paris. Elle est chargée de négocier avec le groupe DCNS, leader mondial du naval de défense missionné par Bercy pour la vente des deux bâtiments militaires. Le montant de la transaction devrait, selon l’entourage du ministre de la défense, s’élever à 950 millions d’euros, c’est-à-dire couvrir tout juste les 950 millions remboursés à la Russie.

Le compte n’y est donc pas tout à fait car cette somme ne permet de couvrir ni le manque à gagner que constitue l’écart entre les 950 millions et le prix de vente initial prévu de 1,2 milliards d’euros, ni tous les autres frais qui vont s’ajouter à l’addition finale : frais de gardiennage et de maintien en état opérationnel ainsi que les frais occasionnés par le démontage, dans le port de Saint Nazaire, du matériel militaire russe intégré aux bâtiments.

Nul doute que ces coûteux écarts seront l’un des enjeux de la négociation ; mais il y a fort à parier que le gouvernement français, par DCNS interposé, lâchera assez rapidement du lest.

Hollande, pour des raisons de politique intérieure, a en effet tout intérêt à ne pas laisser la négociation s’éterniser. Dans la phase pré-électorale à visée 2017, l’annulation de la vente des Mistral à la Russie est une casserole qu’il vaut mieux éviter de traîner trop longtemps.

D’ores et déjà, dans la perspective des élections régionales, le maire PS de Saint-Nazaire se réjouit de cette vente rapide à l’Egypte : « C’est une grande satisfaction et la preuve que les déclarations du gouvernement n’étaient pas des paroles en l’air puisqu’elles se sont rapidement traduites par des actes.

« Ce qui m’inquiétait, c’était un stationnement à Saint-Nazaire pendant une longue durée. Maintenant, on connaît leur destination finale ».

La vrai raison du choix de l’Egypte, un enjeu stratégique

Après la vente de 24 rafales, d’une frégate multi-missions et de missiles air-air et de croisière, la vente des Mistral à l’Egypte vient entretenir la relation « amicale » qu’Hollande cultive avec le maréchal-président Al-Sissi. Peu importe que cette dernière vente se fasse éventuellement au rabais car les enjeux militaro-impérialistes l’emportent largement.

Les candidats à l’achat des navires militaires ne manquaient en fait pas et le gouvernement français aurait même éventuellement pu faire monter les enchères. Dès le 7 août, deux jours seulement après l’annulation de la vente à la Russie, Le monde annonçait que « l’Egypte et l’Arabie Saoudite étaient« prêtes à tout »pour racheter les bâtiments. Le Canada, l’Inde, et Singapour, avaient également exprimé un intérêt« sérieux »pour le rachat de ces deux navires ».

Vendre à l’Egypte est donc un choix, et un choix stratégique pour Hollande. Quand on sait que l’un des bâtiments devrait êtrepositionné en mer Rouge, et l’autre en mer Méditerranée, où la situation en Libye reste une préoccupation pour l’Egypte frontalière, on comprend mieux tout le sens sous-entendu dans ces mots hypocrites : « [Faire] en sorte de protéger l’Egypte ». Que du matériel naval militaire de construction française, {}avec tout le suivi technique et logistique qu’il occasionne, stationne en mer rouge ou en méditerranée est évidemment un coup réussi pour la stratégie impérialiste du président « socialiste » ; surtout dans un contexte où il se prépare à lancer sa force de frappe contre des cibles djihadistes en Syrie.

Dis-moi qui sont tes « acheteurs », je te dirai qui tu es {}

Peu lui chaut qu’Al-Sissi à qui il vend ses engins de mort emprisonne arbitrairement des opposants politiques, des journalistes, des militants des droits de l’homme, de simples passants, des femmes, des enfants, des personnes handicapées. Peu lui importent les prisons débordantes où l’usage de la torture est routinier, les condamnations à mort et les peines de prison à vie par légion, la liberté d’expression étouffée à coup de crosses.

Pas plus regardant sur l’acheteur de Mistral égyptien, que sur les acheteurs de Rafales du Qatar ou de l’Arabie Saoudite, Hollande n’a pas peur de se salir les mains lors des vigoureux shake-hands qui concluent ces magnifiques transactions. Il est vrai que les siennes sont déjà très sales.

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