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Politique

Hommage à Floyd et Traoré !

Hommage. « Respire » : pour une lecture transatlantique des violences policières

Hommage à George Floyd, Adama Traoré et tant d'autres, victimes des violences policières racistes dans deux mondes post-esclavagistes.

vendredi 5 juin

Crédit-photo : SAKUTIN/AFP

Voir l’article sur Médiapart : ici

Respire

« Respire
Et si ça t’suffit pas,
Re-respire, ou bien le pire est à venir. » NTM

En mémoire de George Floyd, Adama Traoré, et tant d’autres.

I can’t breathe.

Cette exclamation, à la fois constat désespéré et ultime appel, est celle d’un homme, assassiné spectaculairement.
Spectacle de son meurtre, auquel assistent indifférents trois autres policiers, complices indubitablement du premier, celui qui tue.
Spectacle d’une exécution qui se veut regardée, leçon donnée à tous les hommes noirs d’Amérique, nouvelle mise à mort rejoignant la litanie des crimes impunis, rappelant aux descendants d’esclaves le sort fait à leurs corps, presque quotidiennement.
Spectacle enfin d’une mort privée d’intimité, dont les soubresauts se diffusent mondialement. Écrans colère, dénonciation politique. Écrans voyeurs, exhibition coloniale.

Cette asphyxie enfin, c’est la nôtre, celle des peuples étouffés par les Dominants – ceux qui décident ici en France que les Vieux coûtent trop cher et ne méritent pas la retraite pour laquelle ils ont cotisé, qu’ils peuvent crever à la porte des hôpitaux, délaissés par ceux-là même en qui ils ont le plus foi, les blouses blanches contraintes à des choix qui hanteront leurs nuits.

Les troubles respiratoires induits par le Coronavirus sont l’expression littérale du manque d’air démocratique. De la suffocation des précaires, de l’étranglement des plus faibles, du genou qui écrase les racisé.e.s.

I cant’ breathe.

Comme en un récit dystopique un peu facile, l’oxygène aujourd’hui est affaire de classe, de race, de genre.
La maladie a rongé les organes fragiles des prolétaires, affamée de corps improtégés, sacrifiés parce qu’indispensables, tandis que la bourgeoisie se ré-inventait lyrique en son salon. Le virus, mieux que tous les lobbys, a renvoyé les femmes à la maison, condamnées à faire l’école aux mômes d’une main, et télétravailler de l’autre. Qui pèsera les tonnes de charge mentale accumulées par mes sœurs en deux mois ?

I can’t breathe.

Sanglots coincés dans la gorge, de ceux et celles qui, en la douce France, sont privés d’expression politique depuis deux ans. Banderoles murales, derniers mots d’un peuple confiné, arrachées, condamnées, criminalisées. Chants interdits – qui dira la voix tue des manifestant.e.s arrêté.e.s parce que chantant.e.s ? Tout ça parce qu’on voulait respirer un peu, reprendre notre souffle, dire ce que l’union nationale imposée a voulu baîllonner. Rappeler le spectre de nos beaux samedis jaunes, où, déjà, pourtant, l’on suffoquait : de peur, fuyant les balles de LBD, et d’asthme, étouffé.e.s par les gaz lacrymogènes. Déjà, déjà, I cant’ breathe.

Gorge entravée enfin de ceux et celles qui, en France, entendent les rumeurs outrées de violences policières là-bas, de racisme endémique là-bas, d’héritage esclavagiste là-bas, de corps noirs malmenés, torturés, réifiés, dévirilisés et déshumanisés là-bas, et qui se demandent comment la compassion peut dépendre à ce point de la distance atlantique, alors même que Marianne elle aussi guillotine le garçon noir.

Fanny Monbeig




Mots-clés

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