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Politique

Hommage de Macron à De Gaulle : l’union nationale de la tragédie à la farce

Dernière représentation de cette triple commémoration gaullienne à laquelle s’adonne depuis mai dernier Macron. Il s’agit à la fois pour lui de rétablir le consensus après sa commémoration polémique de Pétain en novembre 2018, mais également de se draper de cette aura du « libérateur » dont bénéficie de Gaulle pourtant symbole de l’impérialisme français. Un remake un peu facile et mal joué de la part d’un Président qui cherche en vain à constituer une « union nationale » à coups d’escalade autoritaire et sécuritaire.

mardi 10 novembre

Crédits Photo : AFP/Ludovic Marin

Le 9 mai 1970, Charles de Gaulle mourait dans sa maison à Colombey-les-Deux-Eglises. Troisième et ultime commémoration de « l’année de Gaulle » après les 130 ans de sa naissance et l’appel du 18 juin il y a 80 ans, il s’agit désormais pour Macron de célébrer les 50 ans de la mort de De Gaulle. Une énième commémoration qui, outre l’aspect historique, revêt un intérêt particulièrement politique pour Macron et son gouvernement.
Un retour aux fondamentaux après la commémoration de Pétain en 2018 qui déclenchait une vive polémique autour du Président, pour « réunir les Français » à l’heure où sa gestion désastreuse de la crise fait des ravages, où des voix de contestation se font entendre. Il s’agit pour Macron de faire valoir son héritage gaullien du pouvoir, largement partagé par la classe politique et de tenter de revêtir l’aura « libératrice » et « salutaire » qu’a incarné De Gaulle en 1944.

Macron « sauveur » de la crise ? « Union », « Résilience » et « Volonté » : le spectre de De Gaulle en temps de crise

« Ni la pandémie, ni le terrorisme, ni rien de tout cela ne doit nous décourager de rassembler les Français en tant que Nation, autour de ce qui permet de partager une transmission à la fois nationale et républicaine » décrète-t-on à l’Elysée pour justifier le maintien de cette commémoration en ces temps de crise. Et, par ces mots, le parallèle est rapidement fait, l’objectif de cet hommage est aisément saisi : il s’agit pour le gouvernement macroniste de revigorer l’épanchement des Français envers « l’union nationale ». Un discours que depuis des semaines le gouvernement lance à toutes les sauces, ce que rappelle l’Elysée en ces termes : Charles de Gaulle « incarne avec force et vigueur l’esprit de la nation française : il a réussi à rassembler les Français pour qu’ils fassent preuve de résilience et de volonté face aux épreuves ». « Union », « résilience » et « volonté » tels sont les maitres mots de Macron lors de ses derniers discours face aux « épreuves » actuelles de la crise sanitaire et économique, doublée des attentats du mois dernier.
Un énième appel du pied à la population mais cette fois-ci en jouant sur le pathos de certains, autour d’une figure historique et politique consensuelle qui sert de tremplin pour Macron pour tenter d’apparaitre sur la scène comme celui qui « sauvera » la France de cette « guerre contre le virus et contre l’hydre islamiste »… Une parodie ou un remake peu attrayant de l’appel à la résistance du 14 juin 1944 de De Gaulle, apparu et célébré depuis comme le « sauveur » de la France (impérialiste) lors de la Seconde Guerre mondiale.

Macron se drape donc de la confortable couverture du gaullisme pour se refaire une image plus consensuelle en vantant la figure de celui qui a animé la flamme de la résistance en 44 durant le gouvernement de Pétain. Pétain à qui Macron n’avait pas manqué de rendre un hommage appuyé en novembre 2018 et qui avait provoqué un tollé, notamment [chez les historien-ne-s pour qui les fautes historiques s’ajoutaient aux morales https://www.mediapart.fr/journal/france/101118/apres-ses-propos-sur-petain-les-historiens-jugent-severement-macron]. Faire l’éloge du « grand soldat » que n’a historiquement pas été Pétain (il était maréchal, pas soldat) et dont l’épisode collaborationniste de la seconde guerre mondiale n’échappe à personne, était un choix politique que Macron avait tenté d’assumer en 2018, avant d’avoir dû rétropédaler en urgence.

Mais aujourd’hui, les polémiques et les contestations, Macron doit les éviter. A l’heure où sa gestion déplorable de la crise fait des ravages humains comme sur le terrain social, il s’agit pour lui d’adopter une posture moins subversive et plus consensuelle ; d’où la publicité de cet hommage qu’il rend à De Gaulle en cette matinée du 9 novembre 2020.
Ainsi, Macron préfère revenir aux fondamentaux et s’inscrire dans la tradition classique, se refondre dans le bonapartisme de De Gaulle, et derrière la Vème République.

Un retour aux fondamentaux en parallèle d’un renforcement bonapartiste et d’une escalade autoritaire

Ce retour de Macron à un hommage centré sur De Gaulle coïncide ainsi avec l’escalade autoritaire et sécuritaire actuelle. Ce retour aux sources illustre la dernière séquence politique où Macron, du haut de son Conseil de Défense, cherche à réincarner. En ce sens, revenir à De Gaulle, c’est remettre au centre celui qui a pensé la Vème, ses rouages et ses fondements qui font la part belle au Président et à l’exécutif en général avec des mécanismes à plusieurs niveaux destinés à couper court aux débats démocratiques. Le 49 al 3, la procédure du vote bloquée (article 44 alinéa 3 de la Constitution), et la quasi-impossibilité du renversement du gouvernement par les parlementaires (article 49 alinéa 2) ; autant de mécanismes qui réduisent à l’acquiescement, voire au silence, le Parlement. Mais poussant jusqu’au bout la logique de la Vème République, cet ancrage du gaullisme et cette pratique présidentielle se double de l’exercice « bonapartiste » du pouvoir où les décisions sont concentrées entre les mains du Président.

Les conseils de défense, qui se sont considérablement multipliés depuis 2017 sont alors le symbole de cette période marquée par un renforcement bonapartiste et une escalade autoritaire. Ces réunions en petit comité, articulées autour du Président de la République qui donne le ton et choisit les invités, sont devenus une habitude élyséenne et une réponse à tous les sursauts de la situation. Répression, droit d’exception, attaque contre les droits démocratiques : Emmanuel Macron gère la crise sanitaire comme il prétend gérer le « terrorisme islamiste ».

Maître ou pseudo mentor spirituel, ce retour de Macron à de Gaulle illustre la volonté du macronisme à retrouver une assise idéologique et historique sur fond de crise historique mais surtout de discrédit macronien toujours plus grandissant.




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