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Hong-Kong. Blocage de l’aéroport international, Pékin durcit le ton

Avec la grève générale historique du 5 août, la mobilisation hongkongaise passait un cap dans le rapport de forces. Le gouvernement de l’archipel a répondu avec un durcissement de la répression doublé d’une menace d’intervention militaire de Pékin. Loin d’avoir été dissuadés de poursuivre la lutte, les manifestants ont réagi au tournant répressif avec le blocage de l’aéroport international de Hong-Kong.

mardi 13 août

Une mobilisation qui se maintient malgré la répression

Les manifestations dominicales qui ont rythmé le début de la mobilisation des hongkongaises contre, dans un premier temps, la loi d’extradition, se sont intensifiées au fur et mesure qu’elles se confrontaient aux violences policières. Le mouvement avait même entrainé et déclenché une certaine dynamique dans des secteurs de la classe ouvrière comme les employés des finances ou les fonctionnaires, même malgré les menaces du gouvernement.

Cependant, ce qui a marqué un saut qualitatif dans la mobilisation a été sans nul doute la grève générale du 5 aout. Celle-ci n’était pas une action parmi d’autres, mais permettait de frapper durement le gouvernement de l’archipel en bloquant les finances, le transport, et l’administration, bloquant ainsi l’économie d’un des premiers hubs financiers au monde et la première porte d’entrée de capitaux étrangers vers la Chine.

Face aux risques que font peser les mobilisations sur le gouvernement, et à la menace du blocage du principal pôle financier de la Chine, les autorités hongkongaises ont décidé d’approfondir le tournant répressif tandis que le gouvernent de Pékin a durci le ton en menaçant d’une intervention des forces armées.

Cette escalade répressive qui, au-delà des menaces s’est déjà traduit par des centaines d’interpellations et des condamnations, ainsi que par l’usage massif de gaz lacrymogène, de flashballs et l’utilisation de canons à eau, n’a fait que pousser la radicalisation des manifestants. Après la mutilation d’une femme ce dimanche, blessée par un projectile tiré par la police, ceux-ci ont décidé de bloquer l’aéroport international de Hong-Kong, le huitième le plus fréquenté au monde avec plus de 74 millions de passagers par an.

Blocage de l’aéroport international : nouvelle action massive des manifestants

Lundi 12 août, 5000 personnes ont envahi l’aéroport pour dénoncer les violences policières, forçant l’annulation des vols restants dans la journée. Alors que mardi matin il semblait que certains vols pourraient reprendre, à midi des milliers de manifestants sont revenus pour bloquer les accès aux zones de sécurité avec des barricades à l’aide des chariots à bagages afin d’empêcher de passer les passagers.
La radicalisation montante des manifestants face à la répression policière ainsi que la large sympathie et solidarité qu’ont montré les passagers bloqués et l’opinion publique, a entraîné du côté du gouvernement de Hong-Kong une politique de division et d’isolement du mouvement.

Le gouvernement continue de tenter de criminaliser le mouvement pour justifier l’escalade répressive. « La violence, que ce soit son utilisation ou son apologie, poussera Hong-Kong sur un chemin sans retour et plongera la société hongkongaise vers une situation très inquiétante et dangereuse » a ainsi affirmé Carrie Lam lors d’une conférence de presse. « La situation au cours de la semaine écoulée m’a fait craindre que nous ayons atteint cette situation dangereuse. ».

Pékin a à son tour a appuyé l’offensive du gouvernement hongkongais en déclarant que la mobilisation avait « des traits terroristes » et en déployant une démonstration de force à travers des vidéos diffusées par les médias officiels de l’Etat chinoise : le Quotidien du peuple et le Global Times. Celles-ci montraient la Police Armée du Peuple chinoise avec 200 véhicules blindés et équipée avec des canons à eau, réalisant des opérations à Shenzhen, une métropole située à proximité de Hong-Kong.

Pourtant, si ces vidéos ont été vues comme un signe d’une montée d’un cran dans la menace d’intervention, la Chine jouant encore une fois ce mardi avec ce spectre, la diffusion des vidéos apparaît plutôt comme une manœuvre médiatique afin d’effrayer les manifestants.

En effet, une intervention ouverte sur l’archipel pourrait être plus problématique pour Pékin que pour Hong-Kong. Comme le note Stratfor, une intervention des forces chinoises accélérerait l’instabilité des affaires de Hong-Kong et par ricochet, la base financière de la Chine. Ensuite, elle porterait un coup à la stratégie « un pays, deux systèmes » grâce à laquelle la Chine espère unifier pacifiquement Taiwan et Pékin ; finalement, l’intervention armée de la Chine pourrait encourager les Etats-Unis à durcir les sanctions vers la Chine en profitant de l’affaiblissement de son rival qui devrait faire face à un nouveau front dans un contexte d’approfondissement de la guerre commerciale.

Pour l’instant, le plus probable, c’est que la Chine, appuyé sur le gouvernement de Hong-Kong, vise le pourrissement du mouvement en participant à accélérer son épuisement. D’abord en installant un climat de peur en lien avec la menace d’intervention armée de Pékin et le durcissement de la répression, ensuite par une politique consciente de division et d’isolement du mouvement par le biais de sa criminalisation.

Crédit photo : Philip Fong/AFP.




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