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Hong-Kong. La police réprime les manifestants opposés à la loi d’extradition

Après l'annonce du report de l'examen de la loi, la police a fait usage de sprays au poivre et de flashballs mercredi 12 juin pour disperser les manifestants opposés à la réduction de leurs droits démocratiques.

mercredi 12 juin

Un million de manifestants : une répression policière qui risque d’embraser la situation

Réunis devant le Conseil Législatif de Hong-Kong, mercredi 12 juin, les manifestants ont été dispersés à coups de balles en caoutchoucs et de spray au poivre par la police à l’issue d’affrontements. Les manifestants, dont le nombre est probablement le plus important depuis la rétrocession de 1997, ont essayé d’atteindre le Parlement et menacent de monter en tension avec la répression, risquant de gêner le régime chinois.

La loi qu’ils combattent est poussée par Pékin et faciliterait l’extradition des personnes jugées coupables ou suspectes vers la Chine ou des territoires tiers, rompant de facto la ligne « un pays, deux systèmes » qui prévalait et octroyait, du moins en théorie, à Hong-Kong une autonomie juridique et économique par rapport au système chinois.

Signe inquiétant pour le régime chinois, on retrouvait parmi les manifestants quasiment toutes les couches de la population : classes moyennes, hommes d’affaires, avocats, étudiants, retraités. Désormais, des appels à la grève émergent selon le Washington Post : « Les syndicats et les petites entreprises de la capitale financière asiatique prévoyaient davantage de grèves […]. En signe de l’intensification des enjeux, plus de 4000 employés du secteur de l’aviation de divers transporteurs, dont le vaisseau amiral Cathay Pacific Airways, ont signé une pétition demandant de se joindre aux grèves. »

Pendant de nombreuses années, compte tenu de son poids géopolitique et économique, la Chine s’est gardée de toute ingérence directe sur l’île. Jouissant ainsi d’une autonomie juridique et économique, Hong-Kong constitue un havre pour les opposants politiques et les hommes d’affaires qui désirent s’extraire de l’emprise du régime.

Néanmoins, avec le développement économique de la Chine, cet écart s’est fait de plus en plus ténu, avec pour conséquence que le régime chinois a pu étendre son emprise directe sur l’île. Cette année, le PIB de la mégalopole chinoise de Shenzhen - autrefois un petit village de pêcheurs dans les eaux dormantes de Hong Kong - a ainsi dépassé pour la première fois celui de l’ancienne colonie britannique. Le sort des élites économiques hongkongaise s’est trouvé dès lors de plus en plus lié à une subordination au régime chinois.

De fait, ces dernières années les mouvements de contestation se sont multipliés, en opposition à des tentatives de réformer le système juridique pour mettre un terme à l’exception hongkongaise, de plus en plus perçue comme une menace à la stabilité du régime chinois. L’important Mouvement des Parapluies en 2014, qui avait en particulier mobilisé une population jeune composée d’étudiants, avait occupé un district commercial pendant 79 jours et provoqué une riposte du régime envers les opposants politiques. Plus loin encore, en 2003, des manifestations importantes avaient contraint le régime chinois à reculer sur une loi anti-sécession.

L’enjeu pour le régime d’assurer l’unité de la Chine

Pour le moment, le régime chinois vise surtout à étouffer la contestation tout en évitant que la mobilisation ne monte d’un cran suite à la répression. Compte tenu du risque de voir la situation s’embraser, « le gouvernement veut que ce projet de loi soit adopté le plus rapidement possible afin d’éviter une nouvelle escalade des protestations qui ont déjà été très importantes », a déclaré Samson Yuen, politologue à l’Université Lingnan de Hong Kong, dont les propos sont rapportés par le Financial Times.

Comme l’écrivait Trotsky, la politique extérieure est la continuation de la politique intérieure. A ce titre, comme le note Willy Lam, un politologue de Hong Kong, pour le Sydney Morning Herald : « Xi Jinping fera tout ce qui est en son pouvoir pour faire respecter la souveraineté de Pékin et faire fi des efforts de l’Occident pour s’ingérer dans les affaires de Hong Kong ou de Taiwan. C’est un dur adversaire de l’ordre occidental. »

A ce titre, au regard de l’importance vitale pour Pékin d’assurer l’unité de la Chine, il est peu probable que Xi Jinping ne recule, le contrôle de l’île étant un enjeu de politique intérieur central pour la Chine. Pays immense, caractérisé par un développement inégal particulièrement marqué entre le centre et les côtés, la Chine a un impératif vital d’éviter tout risque de scission qui pourrait mettre à mal l’unité du régime. Les points vulnérables à contrôler sont notamment le Tibet, mais aussi Taïwan, et dans une moindre mesure Hong-Kong, qui reste un hub financier, commercial et technologique central. De fait, « la mesure dans laquelle l’autonomie de Hong Kong survivra dépendra presque uniquement de la mesure dans laquelle Pékin trouve cette autonomie menaçante et du risque de condamnation internationale, de perte d’investissements, etc. que Pékin pense pouvoir tolérer en la freinant, » souligne Geopolitical Futures.

En effet, outre que toute reculade pourrait être perçue comme un signal de faiblesse, attisant les velléités scissionnistes de Taiwan, Xi Jinping, engagé en pleine guerre commerciale avec les Etats-Unis et confronté à un ralentissement de la croissance économique chinoise, a un intérêt vital à accroître son emprise sur l’île pour parer aux difficultés intérieures. Avec une classe ouvrière extrêmement concentrée, la plus importante du monde, et des tensions sur le marché de l’emploi qui pourraient mener à des mobilisations ouvrières, Xi Jinping se doit absolument d’assurer sa mainmise sur le régime pour assurer la restructuration de l’économie chinoise et se préparer aux troubles intérieurs qui ne manqueront pas d’arriver.




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