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Monde

Occupation de l'université polytechnique

Hong Kong : malgré la répression sanglante, les étudiants déterminés à gagner

Depuis plusieurs jours, les étudiants occupent à plusieurs milliers l'université de polytechnique à Hong-Kong. Devenu le bastion de la mobilisation pro-démocratie, le gouvernement central oscille entre stratégie du pourrissement et anéantissement dans le sang, face à une jeunesse qui ne lâche rien et se prépare à l'affrontement.

lundi 18 novembre

Crédits photos : Anthony WALLACE / AFP

Depuis juin, des manifestations massives ont eu lieu à Hong-Kong, nées de la volonté du gouvernement de faciliter les extraditions vers la Chine, et qui se sont étendues à une remise en cause plus générale de l’ingérence de la Chine dans la politique de l’île.

Rapidement, le mouvement hong-kongais, qualifié de "mouvement pro-démocratie" par la presse internationale de par ses revendications démocratiques, a vu se dessiner une avant-garde étudiante, très jeune et déterminée. Face à la répression du gouvernement et les menaces d’intervention à répétition de Pékin, la jeunesse s’est organisée pour y répondre œil pour œil et dent pour dent. Flèches, cocktails molotov, lasers, pavés : les jeunes manifestants se sont rapidement armés contre un gouvernement de plus en plus sanglant.

Depuis une semaine, dans tous les quartiers, les manifestants ont choisi d’envoyer leurs meilleurs "combattants" à l’occupation. Avec l’opération "Blossom everywhere" (éclore partout), les manifestants pro-démocratie ont appelé à multiplier les actions de blocage pour porter un coup à l’économie et faire pression sur l’exécutif, et l’université PolyU représente le centre névralgique de cette nouvelle étape dans la contestation.

Parmi les occupants, près d’un millier d’étudiants, parfois très jeunes, participe à l’organisation de la riposte en fabriquant des bombes et des flèches empoisonnées contre les forces de l’ordre qui ont déjà tenté plusieurs interventions armées, créant un véritable siège autour du campus.

Mais c’est aussi un point de ralliement pour l’ensemble de ceux qui ne voient plus dans les manifestations pacifiques une réponse à l’ingérence chinoise, aux inégalités sociales et à la répression policière. Plusieurs travailleurs ont ainsi rejoint le campus pour soutenir et participer aux cotés des centaines d’étudiants à cet affrontement historique entre les manifestants et le régime. « C’est la première fois de ma vie que j’entre dans une université. Quand j’ai entendu à quel point la situation se tendait, j’ai décidé de venir les soutenir. Ils se battent pour nous tous. Et ils sont trop jeunes pour cela », explique Gerald, 30 ans, vendeur de téléphones.

Dans un "testament" des étudiants de l’université publié en ligne, la jeunesse s’adresse à la population pour expliquer sa détermination : « Nous n’avons pas peur de la mort ni des arrestations, parce que l’histoire nous acquittera ». Sur les murs de l’université, "les idées résistent aux balles" écrivent les étudiants. Un symbole de combativité et de détermination impressionnant, alors même que le gouvernement en appelle aux militaires chinois et rappelle qu’il fera usage d’armes létales contre la mobilisation si celle-ci se poursuit. Ce lundi, ce sont plusieurs étudiants qui ont tenté de s’échapper du siège policier autour de l’université et ont été accueillis par des gaz lacrymogènes et plusieurs arrestations. La police mise ainsi sur l’usure et la menace de mourir pour ceux qui oseraient défier davantage le régime.

En réalité, l’ile semble proche de la guerre civile, comme l’explique Jean Pierre Cabestan, professeur à l’université Baptiste. Après cinq mois de mobilisation, l’exécutif hong-kongais ne parvient pas à répondre aux revendications démocratiques du mouvement, et opte pour la coercition sanglante pour éteindre la contestation qui polarise dangereusement la population entre pro-Pékin et pro-démocratie. Et si la Chine a déjà fait savoir qu’elle ne tolèrerait aucune dissidence, elle mise encore pour l’instant sur l’exécutif de Carrie Lam, qui tout en servant les intérêts du gouvernement central, permet de préserver les relations diplomatiques de ce dernier.

Encore une fois, le rôle que joue la jeunesse dans cette situation est impressionnant. Face à un saut inédit de la répression, la jeunesse risque son intégrité physique, la prison, et sa vie, pour donner une suite au mouvement. En s’affrontant à la police et le régime que celle-ci protège, les occupants témoignent à nouveau d’une détermination implacable. Pour la jeunesse du monde entier, c’est un exemple précieux qu’il faut suivre. En France, la jeunesse va devoir affronter le gouvernement contre les retraites, la précarité, et l’avenir qu’on lui propose sous le néolibéralisme. Et en regardant Hong-Kong, mais également le Chili et l’Algérie où les étudiants et lycéens montrent la voie, la jeunesse peut ici aussi, rentrer dans la danse du 5 décembre et prendre part au mouvement qui se profile pour renverser Macron.




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