^

Monde

Coronavirus

Hongrie. Viktor Orban profite de la crise sanitaire pour s’attribuer les pleins pouvoirs

En pleine crise du coronavirus, le Premier Ministre hongrois Viktor Orban s’est octroyé, ce 30 mars, les pleins pouvoirs illimités.

mardi 31 mars

Crédits photo : Zoltan Mathe. AP

La politique réactionnaire d’Orban profite de la crise sanitaire

Ce lundi 30 mars, les journaux titrent : Viktor Orban profite du coronavirus et s’octroie les pleins pouvoirs. Après avoir fait défiler des blindés dans les rues de Budapest, après avoir nommé des militaires à la logistique des hôpitaux du pays, Viktor Orban (qui appartient au Fidesz : Alliance des Jeunes Démocrates) s’attribue les pleins pouvoirs grâce à un Parlement largement acquis à sa cause.

En effet, depuis le début de son mandat en 2010, le premier ministre Hongrois n’a eu de cesse de s’attaquer aux droits démocratiques. Cette politique réactionnaire, qui profite de la crise sanitaire actuelle pour justifier cette fuite en avant anti-démocratrique, n’est pas surprenante. Dans un article que nous écrivions en mai 2019, nous évoquions le rapport du conseil de l’Europe qui accusait le régime d’Orban de xénophobie dans son traitement des migrants . La prétendue « crise migratoire » avait été instrumentalisée par le gouvernement pour faire voter des lois d’exceptions, toujours en vigueur aujourd’hui. Ces lois floues ont permis à Orban et son gouvernement de mettre en place une lutte terrible contre les migrants par le biais d’un renforcement strict du contrôle militaire aux frontières. Les gouvernements des pays européens, qui ont à l’époque condamné cette politique hongroise unanimement (mais de manière totalement hypocrite), révèlent eux aussi leurs tendances réactionnaires les plus exacerbées en renfermant leurs frontières, laissant entendre que le danger vient de l’étranger.

Une opposition intégrée au Régime

Bien sûr au Parlement, l’opposition a réagi face à cette offensive anti-démocratique, mais la contestation est restée de forme. En effet, le Parti Socialiste Hongrois (MSZP) s’est indigné, dénonçant des mesures « disproportionnées ». Le président du parti, Bertalan Toth, a harangué le premier ministre en respectant sa volonté de détruire l’opposition en ajoutant : « d’accord pour prolonger l’état d’urgence, mais pas pour donner un mandat à vie à Viktor Orban ». Demander la restriction de l’état d’urgence à une durée limitée marque l’acceptation par les sociaux-démocrates des politiques les plus réactionnaires d’Orban, tout en restant muet sur l’aspect quasi-dictotarial que prend le régime.

Avec cette loi, Orban peut s’attaquer à tout. Droit du travail, liberté de la presse, tous les droits démocratiques peuvent être pourfendus à coup de décrets. Déjà depuis 2010, nombre de ces droits sont visés. Pour ce qui est de la liberté de la presse, la loi actuelle prévoit une condamnation à cinq ans de prison pour diffusion de « fausses nouvelles ». La possibilité d’une censure arbitraire était déjà légalisée. Les quelques médias indépendants critiques du gouvernement étant déjà accusés de propager de fausses informations.

Mais la loi actuelle va permettre de « suspendre l’utilisation de certaines lois par décret, s’écarter des dispositions statutaires et introduire d’autres mesures extraordinaires », tout cela par ordonnances gouvernementales. Dans le but de « garantir santé, sécurité personnelle et matérielle des citoyens, ainsi que de l’économie ». La sacro-sainte économie est de la partie. Mais quelle économie ? Ce sont toujours les intérêts et les profits capitalistes que l’État défend. Orban entend
s’attaquer encore plus durement à tout ce qui fera entrave à ces intérêts. On peut donc s’attendre à une véritable catastrophe pour les travailleurs du pays car les capitalistes se préparent à leur faire payer la crise.

Il sera dorénavant aisé pour Orban de déployer sa police et son armée pour imposer l’ordre qu’il exige au service de la bourgeoisie. Ces dérives autoritaires marquent un tournant répressif qui va se prolonger au-delà de la crise. De plus les élections législatives de 2022, favorables en potentiel aux sociaux-démocrates, pourraient être annulées par l’exercice de ces pleins pouvoirs.

La fuite en avant réactionnaire d’Orban marque, en tout cas, une première à l’échelle mondiale dans le contexte actuel de crise de Covid-19. L’objectif est bel et bien de prévoir d’éventuelles révoltes à l’avenir, alors que les classes dominantes entendent faire payer la note de la crise sanitaire, et économique à venir, aux travailleurs et classes populaires.




Mots-clés

Coronavirus   /    Hongrie   /    Monde