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Politique

Pour des embauches massives !

Hôpital public : Olivier Véran veut ouvrir la voie au démantèlement des 35h

Ce vendredi, le Président de la République rendait une visite surprise à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, accompagné d’Olivier Véran, ministre de la Santé, qui n’a pas manqué de s’illustrer en mettant à l’ordre du jour un « assouplissement » des 35h. Un projet qu’il a confirmé lors de son entretien au Journal du Dimanche.

lundi 18 mai

Crédits photos : Joël Saget / AFP

Alors qu’Emmanuel Macron rendait une visite surprise à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière ce vendredi, le ministre de la Santé Olivier Véran s’est illustré en ouvrant la voie à une nouvelle entaille sur le temps de travail au travers l’« assouplissement » des 35h. Selon La Dépêche, face à une cadre médical qui insistait sur le fait que certains soignants devaient travailler à côté de l’hôpital pour boucler les fins de mois, le ministre a répondu du tac-o-tac : « N’est-ce pas incohérent de maintenir les 35 heures alors que certains, pour gagner plus, travaillent en dehors, en toute illégalité ? » Un soignant, Thomas Similowski, venait pourtant de l’avertir sur la pauvreté des personnels des hôpitaux, en affirmant que “Ce ne sont pas des petites augmentations qui feront les choses, il faut un choc salarial”. Pourtant, Olivier Véran n’a pas semblé relever l’idée d’une augmentation générale de salaire revendiqué par les soignants. Pour augmenter les salaires, Olivier Vérant opte sans le nommer pour le « travailler plus pour gagner plus » popularisé par Nicolas Sarkozy.

Mais le ministre de la Santé est même encore aller plus loin. Cet assouplissement des 35h n’étant pas possible dans le cadre de la fonction publique, le ministre s’est empressé de remettre cette dernière en cause également, s’interrogeant sur le maintien du “cadre unique de la fonction publique” avouant même mettre « les pieds dans le plat ». Olivier Véran a ainsi été clair dans sa pensée : pour lui, pour augmenter la durée du temps de travail, il n’y a pas d’autre issue que de déroger au cadre de la fonction publique telle qu’il existe aujourd’hui, sans plus de détails.

Un projet qu’il a en partie éclairci ce samedi dans un entretien au JDD. Au programme de son futur plan pour la santé qu’il présentera le 25 mai, on retrouve notamment ce qu’Olivier Véran appelle l’assouplissement des 35h. Pour le ministre de la Santé, “il ne s’agit pas d’obliger des gens à travailler davantage, mais de créer un cadre beaucoup plus souple pour permettre à ceux qui le souhaitent de le faire, ou d’organiser leur temps de travail différemment.” Une nouvelle entaille dans les 35h qui éclaircit son projet d’augmenter les salaires des soignants : cette augmentation se fera donc en travaillant plus ! Au lieu d’avoir un deuxième boulot à côté de l’hôpital, les soignants pourront désormais se tuer à la tâche en faisant des heures supplémentaires à l’hôpital.

Olivier Véran n’est pas le seul à souhaiter remettre en cause les 35h. Selon un article du Figaro, depuis le début du confinement, la droite est revenue à la charge quant à la question du temps de travail. Ainsi, le sénateur LR de la Vendée Bruno Retailleau considère que “tout assouplissement des règles sera bienvenu. Il faudra nécessairement travailler plus pour gagner plus, pour relancer la machine économique”. La présidente de la région francilienne, Valérie Pécresse, estime, elle, qu’ “il va falloir qu’on se retrousse tous les manches, c’est clair”. Enfin, pour le président des Républicains, Christian Jacob, il faudrait “sortir du carcan des 35h” par le biais d’une annualisation du temps de travail, ce qui pourrait faire remonter le temps de travail hebdomadaire à 40h. Pourtant, les 35h ne semblent être un carcan que pour le patronat, qui, s’il le pouvait, emploierait une main d’œuvre pour un temps de travail illimité, si cela pouvait faire augmenter ses profits.

Le patronat non plus n’est pas en reste ; mi-avril, le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, avait déclaré qu’il faudrait “bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire”. Ce matin, le dirigeant de la CPME, François Asselin, a par ailleurs affirmé que “viendra un temps où il faudra peut-être se poser la question : mon pays a fait beaucoup de choses pour moi, qu’est-ce que je pourrais faire pour mon pays ?” et que travailler “un peu plus” pourrait être “l’une des réponses”. Une question que devrait se poser François Asselin lui-même, et en aucun cas les infirmières, les aides-soignantes, les éboueurs, les caissières ou encore les livreurs qui ont démontré depuis le début de la pandémie que c’étaient eux qui faisaient tourner le pays.

Ce sont ces mêmes travailleurs précaires qui sont aujourd’hui dans le viseur du gouvernement et du patronat et qui vont payer la crise pour limiter la perte de profits des capitalistes. La remise en cause des 35h et de la fonction publique s’inscrit dans cette volonté de faire de ces travailleurs une variable d’ajustement face à la crise.