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Hôpitaux débordés, taux d’incidence record : la crise sanitaire s’aggrave aux Antilles

Depuis début juillet, les territoires d’outre-mer connaissent une quatrième vague sans précédent. Face à la saturation des hôpitaux, la montée des cas et des taux de vaccination très bas, la situation continue de s’aggraver.

vendredi 20 août

Crédits : LIONEL CHAMOISEAU, ARCHIVES AFP

Depuis mi-juillet, la situation sanitaire sur les diverses îles d’outre-mer se voit empirer, avec des taux d’incidences qui ont considérablement augmenté en l’espace d’un mois, signalant le début d’une quatrième vague. C’est par exemple le cas de la Martinique, qui, selon le Figaro, comptait 42 lits occupés par des patients Covid le 14 juillet 2021 avant d’en avoir 359 un mois plus tard, possédant désormais un taux d’incidence de 1 197 pour 100 000 habitants (en hausse de 70 % par rapport à juillet). Cette hausse du taux d’incidence est pratiquement comparable à celle de Guadeloupe, qui est de 98 %, avec 2 217 nouvelles contaminations pour 100 000 habitants. Selon l’article du Figaro déjà cité, le taux de population vaccinée est également comparable entre les deux îles : 23 % de la population martiniquaise et 22 % de la population guadeloupéenne. Un chiffre relativement bas qui révèle le manque d’une campagne vaccinale qui soit accessible à tous, mais aussi, sur les îles, un accès au vaccin en lui-même.

En effet, selon un autre article du Figaro : "Les ARS doivent surtout composer avec un territoire qui n’est pas toujours accessible. Les départements d’outre-mer ont suivi les recommandations du gouvernement et installé au moins un centre de vaccination pour 100 000 habitants. Ce qui ne signifie pas que toute la population puisse y accéder. En Guyane, par exemple, ‘il existe des zones où il n’y a pas de routes et il faut parfois faire deux jours de pirogue pour accéder à certaines zones, précise Clara de Bort, directrice de l’ARS Guyane’. C’est un territoire immense et peu dense donc faire de grands centres de vaccination n’est pas forcément adapté”.

Pour la Réunion et la Guyane, les taux d’incidences sont moins importants, bien qu’en hausse également, tout comme pour la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie. Cependant, cela n’a pas empêché aux gouvernements de mettre en place des couvre-feux et autres confinements, autant de mesures liberticides et répressives qui ne sont en aucun cas des solutions pérennes pour lutter contre la propagation du virus.

Au-delà des différentes restrictions de déplacements pour les habitants des territoires d’outre-mer, une autre mesure a été prise par le gouvernement Macron : selon LCI, 270 soignants et 60 pompiers ont été envoyés en renfort sur les différentes îles afin de pallier la hausse du nombre de patients. Cette nouvelle mesure reste dérisoire face à l’ampleur de la crise sanitaire. Lorsque Macron appelle, lors du dernier Conseil de défense sanitaire le 11 août dernier, à une « solidarité inconditionnelle de la Nation tout entière », avec la population des territoires d’outre-mer, on voit l’hypocrisie du gouvernement. Ce n’est pas la solidarité qui pourra remédier au manque de moyens criant mis en lumière depuis plus d’un an dans les hôpitaux. La gestion coloniale de la crise aux Antilles montre de manière exacerbée le manque de moyens qui empêche aujourd’hui des embauches massives, des lits supplémentaires, du matériel adéquats qui tendraient à pouvoir gérer la crise sanitaire comme il faut.

Ce sont ces mêmes manques de moyens qui mettent les soignants sous une pression psychologique terrible, notamment lorsqu’il est question de devoir prioriser les patients. Marc Valette, chef du service de réanimation du CHU de Guadeloupe, confie au Monde : « La priorisation à savoir de réserver les places de réanimation aux patients qui ont le meilleur pronostic, c’est ce qu’on fait au quotidien, ça fait partie de notre activité. Ce qui a changé, et ce qui rend les choses terribles cette fois-ci, c’est qu’on a besoin d’être beaucoup plus strict sur cette priorisation que ce qu’on est d’ordinaire. On n’a pas les moyens de donner accès à la réanimation à tous les patients pour lesquels on souhaiterait pouvoir le faire ».

De plus, cette situation ne peut s’arranger si les campagnes vaccinales ne sont pas au point : en juillet encore, la Martinique et la Réunion possédaient moins de doses par habitant qu’en métropole. S’ajoute à cela la position anti-vaccins de l’intersyndicale de la santé en Martinique, qui demande la suppression des affiches de campagne vaccinale. Eddy Ledran, secrétaire général de la CGTM santé, annonçait au micro de FranceTV Info :”non seulement le vaccin ne protège pas mais selon les scientifiques aujourd’hui les vaccinés propageraient davantage la maladie que les non vaccinés”. Le vaccin est la seule solution pour lutter contre les chaînes de propagation du virus et contre la pandémie mondiale que nous connaissons depuis maintenant plus d’un an.

Pour faire face à cette gestion coloniale et catastrophique de la crise et inverser les courbes des territoires d’outre-mer, il faut que les soignants, de métropole comme des Antilles, se saisissent des problématiques actuelles et imposent une stratégie sanitaire par en bas, en lien avec la population. Une stratégie qui articule les demandes d’une campagne de vaccination massive avec celles d’investissements massifs pour les hôpitaux afin de ne plus être sous tension, sans aucun matériel adapté à la crise sanitaire, et de pouvoir répondre aux besoins des patients.




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