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Hôpitaux saturés dans le Nord : premiers transferts de patients vers l’Allemagne

Depuis quelques jours, les transferts de patients Covid français vers des hôpitaux allemands, pratiqués pendant la première vague ont repris du service. Une solution qui ne pourra qu'être de courte durée face à la montée de la deuxième vague en Allemagne.

mardi 10 novembre

Crédits photos : P.Lopez / AFP
En quelques semaines, la France est devenue la pointe avancée de la deuxième vague du Covid-19 dont l’Europe est de nouveau l’épicentre. Loin d’opérer un véritable ralentissement, l’épidémie continue de gagner du terrain à grande vitesse – avec par exemple 548 décès supplémentaires ces dernières 24h - si bien que des experts annoncent d’ores et déjà que cette vague pourrait être plus grave encore que la précédente.

Parmi les premiers effets du bond de cette deuxième vague, la saturation des services de santé et en particulier des services de réanimation des hôpitaux de l’hexagone. Car, ce n’est plus un secret, à une première vague très cantonnée à certaines région de France, a succédé une deuxième vague qui couvre l’ensemble du territoire, et des hôpitaux qui atteignent des chiffres critiques aux quatre coins de la France. Ainsi, les premières ressources que trouvaient les hôpitaux saturés aux mois de mars et avril : la réception d’équipes de secours venues d’autres villes et le transfert de patients, sont désormais toutes deux impossibles, du moins avec d’autres villes françaises. Depuis quelques jours, c’est ainsi la solution à laquelle les hôpitaux avaient déjà eu recours au plus fort de la premiere vague qui commence a à être utilisée : celle du transfert de patients à l’étranger, en l’occurrence vers des hôpitaux allemands.

Ces derniers jeudi et vendredi, dans la volonté d’« anticiper tout risque de saturation », la région Grand-Est a transféré quatre patients atteints du Covid-19 et sous assistance respiratoire. Dimanche, ce sont les transfert depuis le nord qui ont eux aussi commencé avec aujourd’hui, le quatrième patient transporté en hélicoptère vers un hôpital allemand. Tous en réanimation lourde et en « épisodes de détresse respiratoire aigus », ces patients demandent au moment du transport d’immenses précautions, beaucoup de matériel, et ne peuvent pour l’instant voyager qu’un par un, et en hélicoptère. Tant de contraintes qui ont été les seules solutions pour permettre de pouvoir accueillir quelques patients de l’hôpital de Valenciennes, dont le service de réanimation est saturé depuis dix jours. Une mise sous pression que partage l’ensemble du département, avec 1600 personnes hospitalisée et 282 en réanimation, des chiffres qui dépassent déjà localement ceux du pic de la première vague.

Si ces transferts de patients sont pour le moment un moyen de relativiser la saturation des hôpitaux de certaines régions, et que des plans de transferts sont encore envisagés comme celui de 200 patients projeté dans la région Auvergne-Rhones-Alpes, il est évident qu’ils ne sont qu’un recours de fortune et ne peuvent prétendre représenter une vraie solution à l’aune de l’aggravation de cette deuxième vague qui reste encore devant nous. Un tel dispositif de transport individuel peut bien sûr difficilement paraître envisageable dans une situation où les malades auront continué de se multiplier, et que des transferts au compte-goutte ne suffiraient plus à faire la différence.

De plus, cette solution suppose des lits et de la main-d’œuvre hospitalière disponible dans les pays frontaliers, et en Allemagne en particulier. Or, ce secours porté par les hôpitaux allemands s’annonce d’ores et déjà à durée très limitée. Comme le révèle cet article paru dans Le Monde, le virus gagne beaucoup de terrain sur le territoire allemand également, qui ne pourra donc pas accueillir autant de patients français qu’il y a quelques mois. Nos voisins se trouvent en effet face aux mêmes difficultés que nous : manque de personnels qui rendent inutilisables un certain nombre des lits de réanimations « disponibles », hausse accrue des contaminations, et début de saturation des services de réanimation : « sur les 28 678 lits de soins intensifs et de réanimation que compte l’Allemagne, 21 597 étaient occupés, samedi, dont 2 768 par des patients atteints du Covid-19 ».

Une chose est sure, à l’heure où le pic de la deuxième vague est encore devant nous, on paye durement l’absence de toute politique sérieuse de prévention sanitaire depuis la première vague de l’épidémie et l’annonce il y a quelques mois déjà de la deuxième. Une désastre dont le gouvernement ne tire aujourd’hui encore aucune leçon, prétendant toujours que, même si elle a failli, la stratégie était la bonne, et surtout maintenant les lieux de travail ou encore les écoles, collèges et lycées ouverts, et donc de fait la saturation des transports en commun aux heures de pointe, et surtout sans qu’un véritable protocole sanitaire ne soit appliqué. Si les professeurs grâce à une semaine de mobilisation dans le secondaire aux côtés des blocages lycéens, ont réussi à obtenir la revendication minimale des demis-groupes dans les lycées, une grande bataille reste à mener face à ce gouvernement qui entend sacrifier nos vies pour le maintien coûte que coûte de l’économie.




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