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Politique

EDUCATION NATIONALE

Hypocrisie : Blanquer publie une vidéo de soutien aux directeurs d’école

Ce vendredi 4 octobre, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a publié une vidéo de soutien aux directeurs d'école. Il lui aura fallu dix jours pour se prononcer sur le suicide de Christine Renon, directrice d'école à Pantin, dans un message de “soutien” totalement hypocrite.

vendredi 4 octobre

Lundi 23 septembre, trois semaines après la rentrée, Christine Renon, directrice d’école à Pantin, a été retrouvée morte sur son lieu de travail. Laissant une lettre adressée à l’Inspection et à tous les directeurs d’école, elle a fait de son geste un geste politique, attaquant l’institution scolaire. Dix jours après, le ministre de l’Éducation se prononce enfin sur son suicide, dans un message suintant l’hypocrisie.

“La disparition de Mme Renon est un drame” avance-t-il, sans aucune émotion dans la voix. “Comme tout drame de cette nature, il y a évidemment à la fois notre émotion et la dignité que nous devons avoir, dans notre façon d’en parler, dans notre façon de le commenter. Le temps est bien sûr à cette émotion, il est aussi temps de saluer sa mémoire et l’engagement qui était le sien”, continue-t-il, tout en oubliant de préciser que ce sont ses réformes qui, en aggravant les conditions de travail des personnels d’école, conduisent au suicide de certains d’entre eux.

En effet, il existe bien “des problèmes que nous connaissons depuis longtemps”. Blanquer le dit lui-même : “la direction d’école pourrait bénéficier de meilleures conditions dans notre pays”. Et pourtant, les écoles disposent de moins en moins de moyens, les instituteurs de moins en moins d’heures ; les directeurs sont généralement des instituteurs qui se dévouent pour prendre en charge les tâches administratives et gérer les écoles, tout en s’occupant de tâches plus lourdes concernant directement les enfants. A tout cela, ajoutez une classe d’élèves en plus, et vous aurez une idée des conditions de travail des directeurs.

Mais cette surcharge de travail ne s’arrête pas aux directeurs ; elle touche le personnel, les instituteurs, mais aussi les professeurs de collège, lycée, et même jusqu’à la fac. Et ce sont les réformes de ce même ministre qui affirme que “nous sommes dans le même bateau” qui aggravent les conditions de travail. Alors non, nous ne sommes pas dans le même bateau, car il semble que certains rament plus que d’autres. Ceux qui sont dans le même bateau, ce sont l’ensemble de la classe attaquée par le gouvernement de Macron, l’ensemble des travailleurs du service public. Les diverses réformes menées depuis le début de son quinquennat, de Parcoursup à la réforme des retraites, en passant par la réforme des lycées ou la réforme du rail, sont toutes autant d’attaques contre le service public.

C’est justement ce caractère généralisé des attaques que cherche à faire oublier Blanquer, en faisant du métier de directeur d’école une exception, un grain de sable dans la mécanique si bien réglée de l’Éducation nationale. Mais le fait est que le suicide de Christine Renon est le signe d’une situation politique beaucoup plus grave : sa mort traduit l’impossibilité pour beaucoup de trouver un moyen d’avancer dans l’état d’extrême précarité où se trouve actuellement l’Éducation nationale.

Dans un contexte où l’émotion est générale, le ministre tente d’instrumentaliser la situation pour faire passer ses réformes et les légitimer. “Aujourd’hui même, je rencontre les partenaires sociaux dans le cadre du comité technique national, et je vais leur proposer d’avancer ensemble vers des solutions communes” annonce-t-il. Parmi ces solutions, changer le statut de directeur. Cette réforme, qui consisterait à créer un poste spécialement destiné aux tâches administratives, en plus de ne proposer aucune solution concrète aux tâches plus lourdes et plus personnelles, modèle d’une conception des écoles comme étant des micro-entreprises gérées par des entrepreneurs. N’étant pas passée l’an dernier suite aux mouvements dans l’Éducation, Blanquer tente de la remettre au goût du jour et de la légitimer en instrumentalisant le suicide de Christine Renon.

Contre cette hypocrisie du gouvernement, contre la casse de l’éducation, nous ne laisserons pas passer les réformes que Blanquer tente de nous imposer. Nous devons porter l’idée d’écoles démocratiquement gérées au service des besoins de la majorité pour l’émancipation. Par ailleurs, si Blanquer a raison sur un point, c’est que “nous avancerons si nous avons l’esprit d’unité, si nous avons la conscience que nous sommes dans le même bateau”. Et pour cela, il est nécessaire de construire un rapport de forces au sein du secteur éducatif mais aussi en jonction avec les autres secteurs attaqués, comme les cheminots ou la RATP qui appelle à une grève illimitée à compter sur 5 décembre contre la réforme des retraites, pour qu’un avenir meilleur soit possible.

Crédits-photo : Martin BUREAU / AFP




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