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INTERVIEW. « Le mouvement en Grèce est le résultat d’un ras-le-bol plus général de la jeunesse »

Depuis plus d’un mois, la jeunesse grecque défile dans les rues d’Athènes, de Thessalonique et de bien d’autres villes, dénonçant deux projets de loi ultra-sécuritaires que tente de faire passer le gouvernement de droite de Kyriakos Mitsotakis. Nous avons interviewé Panagiotis, étudiant en photographie à Athènes, afin qu’il revienne sur le mouvement.

vendredi 5 mars

Révolution Permanente : Peux-tu nous raconter comment la mobilisation a démarré ?

Panagiotis : Le gouvernement veut faire passer un projet de loi censurant la musique, c’est-à-dire qu’il prévoit que toutes les musiques faisant passer des messages de haine, ou des messages politiques, ou incitant au terrorisme, soient censurées, et que l’artiste fasse trois ans de prison. Ce qui est inacceptable, c’est qu’on se demande qui va pouvoir juger si une musique est acceptable ou non. On sait très bien que le gouvernement ne va pas s’en servir pour de bonnes raisons.

Dans le même temps, Mitsotakis prévoit d’instaurer une police spéciale pour les universités. Le projet de loi prévoit que les policiers ne seront pas armés, mais un peu plus loin, il est écrit que les policiers pourront être munis de matraques et de sprays anti-agression dans certaines aires de l’université. Cela signifie intimidation et terreur. Nous ne pouvons pas accepter que des policiers fassent la loi dans l’université.

Les manifestations ont donc eu lieu contre ces deux projets de loi, d’abord contre celui instaurant une police spéciale dans les universités, puis contre celui de censure dans la musique.

RP : Pourquoi penses-tu que le gouvernement grec cherche à faire passer de telles lois en ce moment ?

On sait depuis longtemps que le gouvernement Mitsotakis est un gouvernement conservateur. Il a donné des gages à la police, refuse la séparation de l’Église et de l’État… Son but, en faisant passer un tel projet de loi, est de faire régner la terreur parmi les étudiants pour les dissuader de s’organiser et de se mobiliser.

RP : Après la dictature et le massacre de Polytechnique, une loi a été votée, interdisant à la police d’entrer dans les universités. Que peux-tu nous dire à ce propos ?

Plus le gouvernement fait passer des lois autoritaires, plus il prend des allures de régime dictatorial et rappelle des temps sombres de la Grèce. La loi qu’il tente de faire passer rappelle ces temps de la dictature. Les universités devraient être un espace d’émancipation, et la présence de la police empêche cela, alors que c’est ce que nous avons cherché à construire après la chute de la dictature.

RP : Quelles sont vos revendications ?

Le mouvement demande tout d’abord à toute la population de participer et de nous soutenir, ce qui lui donnerait plus de poids. Bien évidemment, la principale revendication de la mobilisation est le retrait des deux projets de loi, même s’ils sont prêts à être votés. Nous pensons qu’il ne devrait même pas y avoir de débat autour de ces projets de loi.

RP : Comment vous organisez-vous ?

De ce que je sais, il existe des représentants d’organisations dans chaque université. Ces derniers ont organisé des visioconférences pour nous informer sur le projet de loi et nous organiser. Ensuite, nous avons été informés des dates de mobilisation via des groupes Facebook. Mais à cause de la situation sanitaire et de la fermeture des facultés, nous ne pouvons pas nous réunir en présentiel à l’université.

RP : Quelle est la situation dans les universités ?

Même dans mon université où nous avons de nombreux cours techniques qui nécessitent une pratique en présentiel, nous n’avons pas beaucoup de cours sur place. Dès le début de l’année, on nous a informés que tous les cours, que ce soit ceux du premier comme celui du second semestre, se feraient à distance.

RP : En France, la situation catastrophique des étudiants a récemment été mise en lumière. Quelle est la situation pour les étudiants en Grèce ?

Comme je suis en première année, personnellement, je n’ai pu rencontrer aucun de mes camarades de classe. Je ne suis allé que deux fois à l’université, une fois pour la visiter, et une autre à l’occasion d’une réunion d’information. Aussi, je ne peux trop vous dire comment vont les étudiants étant donné que je n’ai aucune relation avec eux. Mais je pense que la situation est assez difficile.

RP : Quelles sont les perspectives pour le mouvement ?

Nous allons continuer à manifester tant que nous le pourrons, puisque le gouvernement ne semble pas disposé à répondre à nos revendications. Le projet de loi, à ce qu’il paraît, va être voté, mais nous continuerons à nous mobiliser.

RP : Est-ce que tu penses que la mobilisation d’aujourd’hui est le résultat d’un ras-le-bol plus général dans la jeunesse grecque ?

La Grèce ne nous offre plus aucun avenir, plus aucune perspective, plus aucune stabilité. Les choses ne font que s’empirer. Malheureusement, au-delà de cette absence d’avenir, il n’y a aucune volonté de dialogue. Les jeunes d’aujourd’hui, en Grèce, se demandent comment ils vont faire lorsqu’ils vont entrer sur le marché du travail, lorsqu’ils vont finir leurs études, et en face, on ne leur propose rien. Alors oui, le mouvement d’aujourd’hui est aussi le résultat d’une colère, d’un ras-le-bol plus général.

Propos recueillis par Irena Mathilde




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