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Société

La précarité tue

Ibrahima, 22 ans, SDF, est mort intoxiqué dans sa voiture

Ibrahima avait 22 ans, et travaillait pour une société de transports dans l’Essonne. Né en Guinée-Bissau, il venait de déposer une demande de logement. Il dormait dans sa voiture, et est mort intoxiqué au monoxyde de carbone en essayant de se chauffer au charbon.

jeudi 21 novembre

Ibrahima avait 22 ans. Originaire de Guinée-Bissau, il était en situation régulière, comme l’ont souligné tous les journaux au sujet de cette affaire. Comme si ça rendait cette mort plus dramatique. Il travaillait, mais n’avait manifestement pas les moyens de se loger. Il dormait dans sa voiture et, dans la nuit de lundi à mardi, le froid était insupportable. Ibrahima semble avoir voulu se réchauffer avec un brasero. Les examens du corps livreront leurs résultats dans 4 à 6 semaines, mais sans traces d’effractions ou de coups, il ne fait pas de doute que le jeune homme est mort intoxiqué au monoxyde de carbone.

Ibrahima, travailleur pauvre et SDF, est loin d’être un cas isolé

Les intoxications au monoxyde de carbone sont fréquentes et touchent surtout les populations les plus précaires, qui se chauffent avec des chaudières vétustes ou des braseros inadaptés, faute de mieux. Mercredi matin, sept personnes ont dû être évacuées de leur immeuble à Montauban à cause d’une intoxication, causée par une chaudière murale. Début octobre, à Avignon, un homme d’une soixantaine d’années qui habitait dans sa voiture a été retrouvé mort, victime d’une intoxication identique à Ibrahima, alors qu’il tentait de se chauffer avec un petit barbecue à charbon.

Le 5 novembre dernier, Ibrahima avait fait une demande de logement auprès de la mairie de Chilly-Mazarin, qui a été retrouvée près de son corps sans vie. Parmi les SDF, nombreux sont ceux qui, comme Ibrahima, sont des travailleurs pauvres. Ils ont un emploi mais d’immenses difficultés à se loger, par manque de moyens ou de temps. Environ 25 % des hommes SDF déclarent travailler, soit en CDD, intérim ou CES ou autre petit boulot. 17 % des concernés sont en CDI.

Nadia Nguyen Quang de RESF 91 (Réseau éducation sans frontières de l’Essonne), interviewé par Le Parisien, évoque le cas d’un autre homme qui a dû quitter son travail, car il était SDF : « Il n’avait pas le temps de chercher un logement en travaillant. Il essayait de dormir dans sa voiture mais n’y arrivait pas. Ce sont des situations qui mettent en péril leurs projets de vie. Une personne qui dort dans sa voiture risque de mourir de froid et ne peut pas avoir une bonne hygiène, avoir des vêtements propres, se laver… »

Selon le collectif les Morts de la Rue, 612 personnes sans domicile fixe sont décédées dans la rue en 2018, et ce nombre pourrait être six fois plus élevé selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Parmi ces personnes, moins de la moitié sont de nationalité française. Ibrahima vient s’ajouter à ceux de 2019.

Morts de la rue : à qui la faute ?

Emmanuel Macron avait promis, dans ses vœux de 2018, de trouver un toit à « toutes celles et ceux qui sont aujourd’hui sans abri ». Pourtant aujourd’hui, près de la moitié des SDF qui sollicitent un hébergement n’obtiennent pas de place. Selon le directeur général de la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (Fnars), la situation des sans-abri ne cesse de se dégrader, et de plus en plus de familles sont sans domicile. Le nombre de sans-abris qui meurent dans la rue a d’ailleurs augmenté de 15% entre 2017 et 2018.

Et pourtant, de la place, il y en a. Selon l’INSEE, la France compte plus de 3 millions de logements vacants, contre 896 000 sans logis (personnes privées de logements propres), dont plus de 150 000 sans abris.

C’est bien beau les promesses. Dans les faits, la politique de Macron est catastrophique en matière de logement. La baisse des APL, dès le début du mandat, annonçait la couleur : Macron mène la guerre aux plus pauvres et aux logements sociaux.

C’est cela la réalité de la société capitaliste : la marchandisation des besoins les plus élémentaires (se loger, se chauffer…), un nombre dramatique de morts évitables, une détresse et une précarité généralisée…

Le problème est là : d’un côté des logements hors de prix, des promoteurs qui spéculent sur la pierre et ne logent personne dans d’immenses immeubles vides, les APL qui baissent… de l’autre les centaines de milliers de mal-logés et de sans-logis qui crèvent dans la rue ou dans des habitations insalubres ! L’absurdité d’une situation où il y a plus de logements vides que de SDF n’est le fait que de l’avidité d’une minorité qui préfère ses profits à nos vies. Mais nos vies valent plus que leurs profits, et c’est pourquoi, plus que jamais, la réquisition de tous les logements vides est une nécessité impérieuse.




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