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"Il faudra une réforme des retraites" : Bruno Le Maire veut relancer l’offensive contre les travailleurs

Dans un contexte où les attaques contre le monde du travail se multiplient en cette période de crise sanitaire et économique, Bruno Le Maire persiste et signe. Il remet la réforme des retraites au goût du jour.

mercredi 28 avril

Invité sur Europe 1 ce lundi 26 avril, Bruno le Maire a remis la réforme des retraites sur le tapis. « Une réforme des retraites est nécessaire dans notre pays. La France a besoin d’une réforme des retraites pour que son système de retraite par répartition auquel nous sommes attachés soit financièrement viable », a affirmé le ministre de l’économie.
Suspendue avec le début de la crise sanitaire, la réforme des retraites a depuis été plusieurs fois agitée par l’exécutif, dès l’été 2020 par Macron, puis cet hiver par le Premier ministre ou Bruno le Maire.

Il s’agit en effet d’une réforme phare du quinquennat Macron. Porté au pouvoir par la grande bourgeoisie pour mener à bien un agenda politique de contre-offensive envers les acquis du mouvement ouvrier, elle constitue un maillon essentiel des réformes néolibérales.

C’est au formidable mouvement de grève de l’hiver 2019 que s’est heurtée cette offensive, dont la grève historique de la RATP et de la SNCF a été une véritable démonstration de force des ouvriers, conjuguée à un large soutien. D’où la suspension de la réforme des retraites, reportée à une date ultérieure.

La (contre-)réforme en effet visait à un allongement de la durée de cotisation, ainsi qu’à une réduction des pensions, notamment en limitant la part allouée au système de cotisations à 14 % du PIB, ce qui conditionne de fait une chute des pensions en cas de récession. A l’aune de la crise économique actuelle, c’est donc à une baisse significative des pensions qu’aurait conduit la réforme. Cette réduction des pensions ouvrait par ailleurs la voie à un système de capitalisation en compensation, secteur aux bénéfices particulièrement juteux. Et la réforme initialement prévue ne se limitait pas à ces mesures « paramétriques », une réforme « systémique » entendait basculer dans un système « universel » par point et supprimer les régimes spéciaux.

Aujourd’hui, devant les risques de contestations et d’explosions sociales, Bruno le Maire semble donner la priorité à une réforme paramétrique dans l’objectif d’avancer sur les réformes anti-sociales. « [La réforme] est nécessaire pour inciter tous les Français à travailler davantage », assenait le ministre sur Europe 1 ce lundi, dans la lignée de ses déclarations de l’hiver : « Garder un système de protection sociale généreux et efficace a un coût et si on veut collectivement arriver à se le payer sans que ça pèse sur les retraites des Français et notamment des plus jeunes, il faut qu’on accepte tous ensemble de travailler davantage. […] Lorsque la croissance économique redémarrera, oui, il faudra une réforme des retraites ».

Toutefois la réforme reste particulièrement risquée pour le gouvernement qui doit articuler son agenda libéral aux risques d’explosion sociale. En ce sens, les annonces de Bruno Le Maire visent essentiellement à préparer le terrain électoral en vue des prochaines présidentielles. Dans la mesure où la réforme des retraites est une réforme phare, il est vital pour le gouvernement de continuer à s’en réclamer sans quoi l’aveu d’échec serait d’importance pour le « bulldozer jupitérien ». La bourgeoisie pour autant est loin de renoncer à cette réforme majeure, et il s’agit pour elle de soutenir le candidat et le projet politique le plus à même de la mettre en œuvre, aux côtés d’un ensemble de réformes antisociales, en répondant à cette double exigence de réformes austéritaires et libérales tout en contenant le mouvement social.

Alors que la crise économique s’approfondit, la bourgeoisie et le gouvernement se préparent en effet à faire payer le coût de la crise aux travailleurs et à la jeunesse, afin de préserver les bénéfices du patronat. La réforme de l’assurance chômage s’attaque ainsi aux plus précaires tandis que les plans sociaux se multiplient, orchestrant un véritable drame social. Et le gouvernement compte bien imposer aux travailleurs le prix du « quoi qu’il en coûte » décrété pendant la crise sanitaire à destination du grand patronat, arrosé de financements publics. Tandis que l’hôpital, en pleine pandémie, continue à voir son budget diminuer.
Face à ces attaques d’ensemble contre le monde du travail, si la sidération est importante du côté de la classe ouvrière, la période est aussi marquée par une colère profonde et par le développement de luttes locales pour l’emploi. A ce titre, un plan de bataille d’ensemble est nécessaire afin de construire le rapport de force et imposer le retrait des attaques par la lutte.




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