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Politique

Face à Macron 2 et l'extrême-droite

« Il faut arrêter avec le moins pire, il y a une urgence révolutionnaire » : retour sur l’émission de RP

Face à la montée de l’extrême et aux enjeux sociaux et climatiques : quelle stratégie pour notre camp ? Révolution Permanente a réuni ce jeudi Youcef Brakni, Daniela Cobet, Adèle Haenel, Kaoutar Harchi, Anasse Kazib et Sasha Yaropolskaya, pour une émission qui revient sur la nécessité d’une alternative révolutionnaire face au quinquennat à venir et à l’attraction des perspectives électorales.

samedi 7 mai

Ce jeudi soir, Révolution Permanente diffusait une émission « Faire face à Macron 2 et au renforcement de l’extrême-droite ». Youcef Brakni, militant des quartiers populaires et figure du comité Adama, Kaoutar Harchi, sociologue et écrivaine, Adèle Haenel, comédienne et figure du mouvement féministe, Anasse Kazib, cheminot et porte-parole de Révolution Permanente, Sasha Yaropolskaya, journaliste et militante transféministe et Daniela Cobet, militante et membre de la direction de Révolution Permanente, sont revenus sur les enjeux du quinquennat à venir, qui promet une guerre sociale d’ampleur.

Un bilan d’une élection présidentielle marquée à droite

La soirée s’est ouverte sur la campagne présidentielle. Kaoutar Harchi est ainsi revenue sur le piège qu’a constitué le duel Macron – Le Pen : «  Le jeu est truqué, les deux candidats du second tour plaident pour une destruction de l’idée d’égalité et de lutte. Il y a quelque chose de l’ordre du troc ‘je te donne néolibéralisme, tu me donnes racisme et on arrivera quelque part : c’est inacceptable.  »

Youcef Brakni est revenu de son côté sur la droitisation du champ politique et les débats réactionnaires qui ont structuré la dernière période : «  Au cœur de cette campagne électorale, il y avait le racisme, les musulmans, les noirs, les arabes, les quartiers populaires. La campagne s’est faite sur notre dos mais sans nous.  » Adèle Haenel a abondé dans son sens : « C’était abominable ! Alors qu’il y a des problèmes majeurs qui se posent, qu’il y a une urgence de l’ordre de la survie de l’humanité, on nous parle d’ « islamo-gauchisme »… c’est nous prendre pour des débiles et baisser la puissance collective. C’est parce qu’on leur fait peur !  »

Tandis que les idées réactionnaires ont occupé le devant de la scène politico-médiatique, toute une partie du quinquennat a été passée sous silence : celle des luttes et grandes mobilisations sociales. Les Gilets Jaunes, les grévistes de la réforme des retraites, la jeunesse qui s’est mobilisée ont ainsi été comme effacés. « C’est une tentative de tuer les luttes. » a ainsi synthétisé Youcef Brakni.

Des luttes que la campagne d’Anasse Kazib avait justement cherché à exprimer. « Ce sont ces mêmes luttes qu’on a voulu faire entendre avec la candidature d’Anasse » a pointé à nouveau la figure du Comité Adama, tandis que Anasse Kazib notait : «  Notre campagne c’était l’anti économie des kilomètres de manif, au contraire on était là pour revendiquer la lutte contre le système capitaliste.  » Dans votre campagne « on pose la question du système, on pose la question de l’alternative. Vous m’avez donné de l’espoir » a noté de son côté Adèle Haenel.

Après la présidentielle, une pression à restreindre la politique au terrain institutionnel

Au milieu de cette élection des plus réactionnaires, Jean-Luc Mélenchon a créé la surprise avec ses 22%. Un score sur lequel sont revenus les invités, notant comment l’Union Populaire avait réussi à capter le vote de secteurs mobilisés pendant le quinquennat ainsi qu’un vote utile pour espérer éviter un deuxième tour Macron – Le Pen. Un score à partir duquel l’Union Populaire propose une perspective centrée sur le terrain des institutions.

Sasha Yaropolskaya est revenue sur cette « pression à une institutionnalisation de nos luttes » : « la réalité c’est que la peur de l’extrême-droite réduit la vision de la politique, et la place uniquement sur le terrain institutionnel. Pourtant l’Union Populaire qui est présenté comme la solution à nos problèmes, a décidé par en haut de s’allier avec le Parti Socialiste qui porte un héritage désastreux de trahisons. » Youcef Brakni a de son côté pointé les contradictions de LFI dont le score en 2017 avait eu peu de suites : « En 2017 la France Insoumise a créé la surprise, et après ça a été 5 ans de vide, où il ne se passe rien d’autres que des sorties limites sur les frontières. »

Daniela Cobet a rebondi en notant : « Après 2016 il y a eu une énorme remise en cause de la démocratie parlementaire, on se permettait de penser d’autres façon d’organiser la société, on criait anticapitaliste, et là on s’est retrouvé dans une élection où on devait choisir avec l’offre telle qu’elle était. C’est comme si on nous présentait la misère de ce qui a l’air d’être possible. Et qu’on était obligé de choisir. Dans ces élections on nous a dit « les luttes c’est bien mais ça n’a pas marché » donc la seule chose qui serait possible désormais serait d’élire un gouvernement de gauche. Mais je pense qu’on doit se battre contre cette misère du possible ! » pointe Daniela.

Face à cette forte pression à une politique institutionnelle, les invités sont revenus sur les impasses de cette perspective. «  Tout le discours qui consiste à dire ‘on vous accorde des choses’ me semble problématique. Nos droits ont les a arraché. Parfois on arrache des vagues progrès légaux, et après ceux qui les cèdent nous disent en gros ‘vous voyez qu’on a raison de vous dominer puisqu’on vous donne des droits’ » a ainsi expliqué Adèle Haenel.

De même Kaoutar Harchi est revenue sur la question de l’Etat et du pouvoir : « Au moment où même quelque chose à gauche pourrait survenir -à la fonction de premier ministre ou au niveau du Parlement- c’est l’exercice du pouvoir qui se pose. Et derrière ce sont les forces de l’Etat qui continuent d’une manière ou d’une à reproduire la même chose que ce qui existe depuis longtemps.  » Par-delà cette critique des élections et de l’Etat, elle a assuré être optimiste pour la suite, rappelant l’acquis profond des luttes du quinquennat précédent.

S’organiser et se préparer aux luttes à venir : une priorité

Youcef Brakni a insisté sur cette idée : « Pendant le quinquennat, il y a toute une génération qui s’est politisée, on a eu des ‘records de lutte’ dans tous les secteurs, dans le mouvement féministe, climatique, anti-raciste, sur le terrain social. Le problème c’est que pour le moment Mélenchon est le seul à avoir attrapé ça. Il a su le prendre, le canaliser et peut-être l’éteindre pour un temps. » Dans ce cadre, il a insisté sur la nécessité de construire une alternative en positif pour faire face à la période à venir.

Anasse Kazib a abondé sur cette même idée. Répondant à tous ceux qui dressent le portrait d’un camp social divisé, éparpillé ou qui serait même affaibli, il a défendu la nécessité de préparer notre classe aux batailles à venir : « Oui c’est compliquée de faire grève quand tu es sans- papier, quand tu fais la plonge dans un restaurant, oui c’est difficile. On est évidemment d’accord que ce n’est pas la même chose que d’être un cheminot au statut ou fonctionnaire. On ne peut pas se dire avec facilité que tout le monde a les mêmes moyens de lutter, mais ces choses-là on a la possibilité de les résoudre, on peut commencer à se coordonner, à s’entraider, à les régler. Il faut mettre toute notre énergie à mettre ces gens dans la rue. C’est notre arme, celle qui nous permettra de lutter contre l’extrême droite. »

Pour Daniela Cobet, la question est aussi de préparer le prochain quinquennat, de faire fructifier les alliances qui se sont dessinées ces dernières années dans l’avant-garde militante. Elle est ainsi revenue sur la nécessité de se doter d’une stratégie pour poser plus profondément la question du pouvoir et d’un autre horizon pour nos vies : « Il faut répondre à la question de comment on passe des luttes à autre chose qu’un gouvernement de gauche. Et c’est une chose pour laquelle on a une certaine tradition en France : c’est la grève générale. C’est quand on paralyse réellement le pays, comme ça a été le cas en 68 ou en 36, et à partir de la grève, à partir de tous les secteurs de la société, de tous les exploités, en mouvement, qui s’organisent entre eux, qu’on peut se permettre de rêver de l’impossible. Il nous faut, construire à partir de nos organismes de lutte, l’embryon d’une nouvelle société qui ne passe pas par leurs urnes ou par leurs dés pipés. Mais pour ça il faut commencer à se préparer parce que la spontanéité souvent, ne suffit pas. »

Sasha Yaropolskaya a elle aussi défendu la nécessité de prendre le pouvoir. Contre l’idée d’investir tous nos efforts et nos ressources dans une union de la gauche, elle a soutenu l’idée d’une politique ancrée sur le terrain des mouvements sociaux : « On est au temps de l’urgence, il est question de vies de milliards de personnes, il pourrait même y avoir un effondrement climatique. Pour empêcher que le pire advienne, il faut arrêter avec le moins pire. On ne peut pas penser réduire les risques avec les options que nous propose le champ politique : il y a une urgence révolutionnaire ! On doit être à la hauteur des enjeux de notre siècle et on doit prendre le pouvoir ! »

Une belle façon de résumer ce que partagent les invités de Révolution Permanente ce jeudi : la nécessité de construire une alternative révolutionnaire à la nouvelle union de la gauche qui semble parfois être devenue le seul horizon politique, alors qu’elle reconduit des expériences passées qui ont été des impasses, de Podemos à Syriza en passant par le Mitterrandisme.

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