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Rentrée sous Covid

"Il faut étendre la grève !" Profs et parents d’élèves du 93 s’organisent pour un protocole sanitaire à la hauteur

Après une rentrée catastrophique sur le plan sanitaire, plusieurs établissements scolaires se sont mis en grève en Seine-Saint-Denis. Ce mardi les grévistes se sont réunis en assemblée générale pour coordonner la mobilisation et l’intensifier. Face à Blanquer, Macron et consorts, ils exigent un protocole sanitaire et des moyens à la hauteur.

mardi 4 janvier

Crédits photo : Sud Education 93

Garderie du MEDEF : Macron et Blanquer laisse circuler le virus dans les établissements scolaires

Alors que le taux d’incidence bat des records et que le nombre de contaminations et d’hospitalisations chez les enfants a fortement augmenté, les établissements scolaires font face à une situation ingérable avec une avalanche de cas et de contaminations mettant en danger la santé des élèves, des personnels et des familles. Et pour cause, le protocole sanitaire annoncé par Jean-Michel Blanquer la veille de la rentrée est à l’image de la stratégie sanitaire du gouvernement qui laisse circuler le virus pour maintenir l’économie et les profits des grandes entreprises, en pariant sur nos vies.
Et la situation risque encore de se dégrader dans les prochains jours avec de nombreuses cantines déjà fermées, des professeurs, agents et élèves absents. Mais pas de panique, Jean-Michel Blanquer a la solution : embaucher d’urgence des contractuels et... rappeler des profs à la retraite pour faire face aux contaminations des profs à la Covid. Non seulement le ministre assume jusqu’au bout le refus de recruter des personnels de façon pérenne et de créer des postes, mais il propose d’exposer les populations les plus fragiles au virus. Aussi, cette solution paraît difficilement envisageable quand on voit le taux de contamination du personnel à la Covid-19 et que l’on sait que hors pandémie les remplacements de personnels à l’Éducation Nationale ne sont assurés que dans 20% des cas.

Par ailleurs, le ministre continue de se décharger de sa responsabilité concernant les capteurs de CO2 dont il est désormais admis que seulement 20% des écoles primaires sont équipées. Même chose sur la question des auto-tests. Contrairement à ce qu’assure Jean-Michel Blanquer, les stocks n’ont pas été renouvelés dans les établissements scolaires et le pays pourrait faire face à une nouvelle pénurie de tests et à des files d’attentes qui s’allongent au vu notamment du protocole des trois autotests à réaliser en cas de contact avec une personne positive.

Pire, Blanquer refuse que les enseignants soient équipés de masques FFP2 par l’Education nationale, sous prétexte qu’il est « très difficile de faire cours avec ». Pourtant, il apparait aujourd’hui nécessaire que personnels et élèves soient équipés de FFP2, beaucoup plus efficaces face à la contagiosité et à la rapidité de la diffusion du variant Omicron. En clair, Blanquer continue à mentir et met en danger le personnel de l’Education Nationale, les élèves et leurs familles.

En Seine-Saint-Denis, profs, parents d’élèves et élèves se mobilisent et s’organisent

Face à cette situation catastrophique, des enseignants et parents d’élèves de Seine-Saint-Denis s’organisent, pour exiger, par la grève, des mesures à la hauteur de la crise sanitaire et assurer une reprise en toute sécurité. C’est en ce sens, que les parents d’élèves au collège Delaune à Bobigny bloquent le collège avec les enseignants et personnels et qu’un piquet de grève est tenu depuis le 3 janvier devant le collège. Une assemblée générale a également été organisée avec les parents d’élèves qui refusent d’envoyer leurs enfants dans ce qui ressemble plus à un cluster qu’à un collège. En effet, parents, élèves et personnels ont tout intérêt à s’unir face à un gouvernement qui les met en danger pour assurer les profits du grand patronat.

D’autant plus qu’en Seine-Saint-Denis, la situation de l’école est dramatique avec des classes surchargées, un taux de non-remplacement des personnels plus élevé qu’ailleurs, un taux de mortalité à la Covid plus élevé… Une enseignante du collège Delaune exprimait ainsi au micro de France Bleu « Je trouve ça indécent qu’on ait une éducation au rabais quand on est un élève du 93. »

D’autres établissements du 93 se mobilisent également comme le lycée Blanqui de Saint-Ouen dans lequel une vingtaine d’enseignants sont en grève, ce qui correspond à un tiers de l’effectif présent, pour revendiquer des moyens et un protocole clair qui protègent agents, élèves et parents d’élèves. Les enseignants de ce lycée et des différents établissements mobilisés ont organisé une assemblée générale inter-établissements ce mardi 4 janvier avec un objectif était clair : coordonner ce début de mouvement et élargir aux autres établissements scolaires.

C’était en tout des personnels d’une dizaine d’établissement lors d’une AG virtuelle qui a réuni plusieurs salle des profs mobilisées ce mardi, pour réfléchir à un protocole digne de ce nom et élargir la mobilisation par en bas. Plusieurs enseignants ont dénoncé les mensonges de Blanquer et la stratégie de circulation du virus du gouvernement qui met en danger des milliers de vies pour continuer à assurer les profits en prenant les écoles pour des garderies du MEDEF. Ils ont aussi dénoncé les années de casse de l’école publique et le manque criant de personnels déjà antérieur à la crise sanitaire. Selon eux, c’est au-delà de la crise qu’il faut mobiliser ; il faut pouvoir articuler revendications immédiates liées à la crise sanitaire et les revendications autour des moyens et embauches massives pour un secteur de plus en plus précarisé.

Élargir le mouvement pour imposer des protocoles sanitaires et exiger des moyens à la hauteur

Ces enseignants ont décidé de relever la tête, ce malgré l’absence de plan de bataille fourni par les directions syndicales. Des préavis de grève, certes, mais rien qui permett de regrouper très largement les établissements, d’élargir le mouvement et de coordonner les revendications du secteur à court-terme et à long terme. Multiplication d’assemblées générales entre personnels, élèves et parents d’élèves et grève reconductible constituent les seuls moyens de construire le rapport de force nécessaire à l’imposition d’un protocole sanitaire par le bas.

Plus généralement, il est nécessaire de s’appuyer sur les différentes revendications des établissements mobilisés, qui dans leurs communiqués lient la question sanitaire à celle des moyens et des embauches, mesures essentielles à la résolution de la crise. Parmi les revendications exprimées par les enseignants, « le recrutement massif de remplaçants et l’arrêt des politiques de non-remplacement », la « mise à disposition de masques FFP2 » distribués gratuitement et massivement, « l’allégement des effectifs », « la mise à disposition des moyens suffisants pour recruter des AED et des agents d’entretien, des psychologues, infirmiers en nombre suffisant », « l’adaptation rapide et précise des conditions d’examens ». Il faut également revendiquer des centres de dépistage au sein des établissements scolaires avec des embauches massives de personnel soignant, de personnel de l’éducation pour proposer une vraie stratégie de lutte contre la Covid.

Ce début de mobilisation montre la voie à suivre et révèle la colère profonde des enseignants pour qui la crise sanitaire ne fait qu’accentuer des conditions de travail largement dégradées depuis des années. En novembre 2020, des travailleurs de l’éducation s’étaient déjà mobilisés pour imposer un plan d’urgence dans leur établissement comprenant protocole sanitaire et moyens pour le mettre en place. Il faut aller encore plus loin en coordonnant les efforts pour leur faire comprendre une bonne fois pour toute que nos vies valent plus que leurs profits, et montrer, à plus long terme, qu’une autre école que celle qu’on nous impose est possible !




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