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Notre classe

Pour un vrai plan de bataille

« Il faut un mouvement d’ensemble » : le secteur de l’énergie en grève pour les salaires le 2 juin

Après de très nombreuses grèves pour l’augmentation des salaires dans tous les secteurs industriels, c’est au tour de l’énergie de se mobiliser, avec un appel à la grève ce 2 juin, dans 156 entreprises.

mardi 31 mai

Face à l’inflation, les syndicats appellent à la grève et exigent une revalorisation des salaires de 4,5%

La colère gronde dans les Industries Electriques et Gazières (IEG) : malgré l’inflation record qui s’annonce pour cette année, les salaires n’augmentent pas. Dans cette branche industrielle, qui regroupe 156 entreprises dont EDF, Engie, RTE ou encore Enedis, le salaire est déterminé par une convention collective qui, comme dans d’autres branches, a des minimas inférieurs au SMIC.

Ainsi, pour l’année 2022, le minima de branche pour un agent non diplômé était à 1554€ bruts par mois, soit 90€ de moins que le SMIC. Il faut dire que, ces dernières années, les entreprises du secteur ont quasiment gelé les salaires : en 2015, les minimas du salaire national de base (SNB) étaient au niveau de 1514€ bruts mensuels (le SMIC brut était alors à 1457€). Autant dire que durant les dernières années, les salariés se sont littéralement appauvris.

En effet, tandis que les salaires ont augmenté de 2,6% entre 2015 et 2021, l’inflation atteignait les 6,2% en fin d’année, avant même l’explosion de celle-ci, qui atteint selon l’Insee 5,2% sur un an (soit de mai 2021 à mai 2022). C’est donc face à cet appauvrissement qu’une intersyndicale regroupant la CGT, la CFE-CGC, la CFDT et Force Ouvrière appelle à la grève jeudi, pour une revalorisation du SNB de 4,5%.

« Depuis cinq ans, on a déjà perdu près de 10% de notre salaire »

Pour Charles Adrien Carlhant, chimiste à la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube), le calcul est le même : « depuis cinq ans, on avait déjà perdu près de 10% de notre salaire, étant donné que les augmentations ne suivaient pas l’inflation ».

Pour le délégué syndical CGT, les salariés n’en peuvent plus : « l’état d’esprit est le même que tous les français actuellement : on voit tout augmenter, le coût de la vie et l’énergie augmente, pendant que les salaires, eux n’augmentent pas  ».

Et alors que les négociations de branche n’ont pratiquement rien donné, si ce n’est une proposition d’augmentation du salaire de branche de 0,3%, les entreprises continuent d’annoncer des bénéfices en hausse : 5,1 milliards d’euros de bénéfices pour EDF en 2021, 3,7 milliards chez Engie ou encore 661 millions d’euros pour RTE. Et malgré ces résultats exceptionnels, les employeurs refusent les revendications des salariés : « les entreprises expliquent que c’est la crise et qu’ils n’ont pas les moyens  » explique ainsi Charles Carlhant. D’où la revendication de la CGT, qui réclame 10% d’augmentation de salaires.

Face au mépris, la grève s’annonce nationalement suivie

Si, dans certaines entreprises comme RTE (Réseau de Transport de l’Electricité), les salariés sont en grève depuis plusieurs mois pour les mêmes raisons, la grève devrait donc prendre un tournant national ce jeudi. Depuis sept semaines, les salariés sont en grève sur les trente centres de maintenance du réseau, pour une augmentation de salaires de 5%.

Francis Casanova, délégué syndical CGT chez RTE, se félicite de cet appel national, même s’il regrette que ce ne soit pas encore un appel interprofessionnel : « on est très content que cela s’élargisse aux autres entreprises. Mais aujourd’hui, on aurait besoin d’un mouvement de l’ensemble du monde du travail ».

Le cas de la grève de RTE résume pourtant bien l’état d’esprit du patronat de l’énergie : l’entreprise, pour arrêter la grève, a proposé des augmentations de salaires pour quelques centaines d’agents. « Ils ont fait 661 millions de bénéfice l’an dernier et ils nous proposent un protocole de sortie de grève qui leur coûte 150 000 euros par an !  » : pour le syndicaliste, le compte n’y est pas, et l’élargissement du conflit aux autres entreprises de la branche ne peut être qu’une bonne nouvelle.

« Il faut un mouvement d’ensemble pour les augmentations de salaires »

Pour Francis Casanova, l’heure n’est en effet plus aux grèves boîte par boîte. Si dans son centre de Lyon, les salariés ont maintenu un rythme de deux heures de grève par jour, empêchant la majorité des chantiers de se faire, cela n’a pas suffit à faire plier RTE. Signe d’un patronat toujours plus dur, qui ne veut rien lâcher, et contre lequel seule l’unité du monde du travail pourrait faire changer les choses.

En tout cas, c’est ce en quoi croit le syndicaliste : « il faudrait essayer un appel national pour les salaires. Les patrons veulent faire payer l’inflation aux salariés, et ne veulent pas toucher à leurs bénéfices. Il faut un mouvement d’ensemble pour les augmentations de salaires, voire pour imposer l’indexation des salaires sur les prix, parce que c’est ça qu’il faudrait aujourd’hui !  » renchérit-il, bien placé pour savoir que les augmentations des prix de l’énergie sont au cœur des préoccupations actuellement.

Pour la mobilisation de jeudi, Charles Adrien Carlhant espère une forte mobilisation : « on pense qu’il y aura au moins une mobilisation de 50% des salariés en exécution et maitrise sur l’ensemble des IEG » espère-t-il. Les salariés de Nogent-sur-Seine ont en tout cas prévu de mettre en place un piquet de grève, comme beaucoup d’autres centres. Une mobilisation qui devra s’ancrer dans la durée, pour, à l’instar des salariés de Dassault Aviation, gagner une véritable augmentation de salaire.



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