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Du Pain et des Roses

LGBTI-phobie

« Il les créa homme et femme » ou la nouvelle propagande réactionnaire du Vatican

Ces dernières années, l’Église catholique a pris de plus en plus de place dans les débats autour de la sexualité et des droits des LGBTI : Mariage pour tous, PMA… Lors de la controverse sur les ABCD de l’égalité, le pape avait fustigé une pseudo-« théorie du genre », « sournois endoctrinement » qui pousserait les enfants à tous devenir homosexuels et transgenre. Aujourd’hui, le Vatican poursuit son offensive idéologique et réactionnaire en publiant un texte visant à contrer cette supposée théorie dans les écoles catholiques.

mardi 11 juin

Ces dernières années, l’Église catholique s’est invitée dans les débats et dossiers concernant les droits des personnes LBGTI, notamment autour de la loi Mariage pour tous, qui a ouvert le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, ainsi que du débat, actuel, autour de la PMA. Cette institution profondément réactionnaire a toujours tenté de freiner l’acquis de nouveaux droits des personnes LGBTI – mais aussi des femmes, notamment contre le droit à l’IVG – en menant des luttes idéologiques acharnées à leurs égards. L’Église s’est en effet toujours montrée profondément homophobe – que le pape François considère encore comme une pathologie, qu’on pourrait régler avec un petit séjour en psychiatrie ! – et le pape s’est opposé plus d’une fois, dernière en date en 2017 lors d’un discours prononcé devant l’Académie Pontificale pour la Vie, aux opérations chirurgicales visant à changer de sexe.

Dans cette guerre menée contre les LGBTI et pour le maintien du statu quo actuel, inégalitaire et patriarcal, l’Église a fait du combat contre la pseudo-« théorie du genre » l’un de ses chevaux de bataille. Derrière cette idée de la « théorie du genre », reprise très fortement au sein d’une partie de l’extrême droite, l’idée d’un complot, d’une « colonisation idéologique » et d’un « sournois endoctrinement » selon les termes du Vatican et du Pape François, qui détournerait les enfants de la sacro-sainte hétérosexualité et de leurs identités « d’hommes et de femmes ».

Une théorisation qui trouve ses origines dans la mise en place en 2013 de timides propositions pédagogiques sur l’identité de genre et contre le sexisme en milieu scolaire : les ABCD de l’égalité, qui ont par ailleurs vite été abandonnés. Mais il n’en a pas fallu plus pour que l’Église se lance dans une bataille contre l’institution scolaire – à l’heure où l’école est loin aujourd’hui d’être vecteur de savoirs émancipateurs et qu’elle joue plutôt un rôle de maintien et de reproduction des inégalités et de l’ordre actuel.

On voit donc bien que ce qui se cache derrière cette bataille contre une supposée « théorie du genre » – on ne sait jamais vraiment ce qui y est mis derrière – c’est une attaque contre les personnes homosexuelles, intersexes, trans, mais aussi les femmes. Les femmes que l’Église veut assigner à leur place « naturelle » et à qui elle nie encore le simple droit à disposer de leurs corps à travers son opposition à l’IVG.

Dans la continuité de cette guerre larvée contre les LGBTI et les luttes menées pour obtenir de nouveaux droits et une vie plus digne, l’institution catholique a publié un texte ce lundi 10 juin, intitulé Il les créa homme et femme, qui rejette la « théorie du genre » et qui est destiné aux enseignants et élèves des écoles catholiques.

Le but de ce texte étant d’aider les enseignants des écoles catholiques à contrer cette « idéologie » qui, selon l’instance religieuse, « nie la différence naturelle entre un homme et une femme ».

« La conscience que nous nous trouvons devant une véritable urgence éducative est de plus en plus répandue, en particulier quant aux thèmes de l’affectivité et de la sexualité […] De son sexe, en effet, la personne humaine tire les caractéristiques qui sur le plan biologique, psychologique et spirituel font d’elle un homme ou une femme. »

Un accent porté sur l’idée de « différence naturelle », avec l’idée sous-jacente d’une complémentarité entre les hommes et les femmes qui seraient intrinsèquement différents, et qui auraient dès lors des rôles différents, des caractères différents, des métiers différents, des conditions de vies différentes. Les femmes étant relayées aux tâches les plus dévalorisées, socialement et matériellement.

Comme l’ont démontré et dénoncé de nombreuses études sur le genre – et non une « théorie du genre » made in fachosphère et catho – cette idée de différence naturelle et de complémentarité permet justement, dans une société patriarcale, de donner un socle idéologique, de justifier à travers la naturalisation, les inégalités de genre.

L’ « urgence éducative en particulier quant aux thèmes de l’affectivité et de la sexualité » ne laisse également pas de doutes quant aux discours qui vont être portés aux enfants des écoles catholiques à propos de l’homosexualité. Et de tout ce qui n’est pas adéquat aux normes patriarcales et conservatrices défendues par l’Église. La réaffirmation du rôle de la famille, nucléaire, chrétienne et hétérosexuelle, dans le texte ne laisse également aucun doute là-dessus.

Dans le contexte des Marches des Fiertés, qui ont lieu chaque année depuis les révoltes de Stonewall de 1969, et qui visent à défendre les droits et revendications des personnes LGBTI, l’Église repart à l’offensive et ce texte constitue un vrai manuel contre les homosexuels, les lesbiennes, les personnes trans, intersexes, ainsi que contre les femmes. Une illustration supplémentaire du caractère profondément réactionnaire de l’institution cléricale, et ce à l’heure où l’affaire actuelle autour de l’ambassadeur du Vatican à Paris, Mrg Ventura et des accusations de violences sexuelles à son égard, mettent à nouvelle fois la lumière sur tous les scandales de pédophilie qui traversent l’Église catholique et que cette dernière couvre constamment.




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