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Mépris de classe

« Il ne fallait pas m’élire », « grève faible » : Macron provoque les grévistes depuis la Chine

« Pas de crise démocratique », « un taux de grévistes historiquement très faible », « si les gens voulaient la retraite à 60 ans ce n’était pas moi qu’il fallait élire », … : depuis la Chine, Emmanuel Macron a joué une fois de plus la carte de la provocation et du mépris.

Nathan Deas

6 avril 2023

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A la veille d’une onzième journée de mobilisation interprofessionnelle et à quelques 8000 kilomètres de là, à Pékin, où Emmanuel Macron se trouve pour un voyage d’Etat de trois jours, le président de la République a tenu à adresser un message explicite comme le rapporte Le Monde : il compte poursuivre la répression ainsi que les attaques contre le monde du travail et la jeunesse. Une feuille de route accompagnée, comme il en l’habitude, de marques de mépris et de provocations en direction des grévistes.

Informé des propos de l’intersyndicale sur « la grave crise démocratique » que traverse le pays, il botte en touche. « Qu’un président élu, avec une majorité élue, certes relative, cherche à mener un projet qui a été porté démocratiquement, ça ne s’appelle pas une crise démocratique » juge-t-il. Avant d’ânonner : « si les gens voulaient la retraite à 60 ans, ce n’était pas moi qu’il fallait élire comme président de la République ». La colère d’ailleurs ne serait pas si importante. Preuve en est, selon le chef d’Etat, « le taux de grévistes est à un niveau historiquement très faible. De l’éducation nationale, à l’énergie, aux transports … Qu’on n’aille pas m’expliquer que le pays est à l’arrêt. Ce n’est pas vrai. ».

En escapade hors de France, Emmanuel Macron rejoue donc le même disque rayé qu’il pratique depuis le début du mouvement en faisant de son élection par défaut le justificatif d’une réforme dont, quoi qu’il en dise, personne ne veut et qui, en outre, ne tient (pour l’instant) qu’à coups de 49-3 et de matraque. Un « chemin démocratique » que le président de la République compte mener à son terme, lorsque le Conseil constitutionnel aura donné son aval le 14 avril prochain.

Autre disque rayé, mêmes provocations : par un renversement dont il a le secret, voilà que le chef de l’Etat dénonce une « menace démocratique », cette fois supposément bien réelle, celle de la violence « opportuniste » des manifestants et « des forces d’extrême-gauche, en particulier ». Les fameux « factieux » dont le gouvernement a fait son étendard anti-mobilisation depuis plusieurs jours.

La ligne est connue, le discours martial. En même temps que le gouvernement cherche à polariser les débats sur le terrain des prétendues « violences » des manifestants en voulant incarner le parti de l’ordre, il profite de l’occasion pour mener à bien une nouvelle offensive autoritaire de grande ampleur contre toutes les oppositions, à grands renforts de dissolutions, réquisitions, de menaces à peine voilées et de répression de masse.

Rare éclaircie de lucidité, Macron finit par conclure : « mon rôle n’est pas de chercher à être aimé ». Il s’agirait cette fois de le prendre au mot et de faire en sorte que le rapport de force se durcisse par la généralisation de la grève reconductible pour faire tomber la réforme des retraites mais aussi dégager celui qui la porte. Une perspective que se refuse toujours à porter l’intersyndicale au risque d’enterrer la mobilisation et d’ouvrir la voie à une violente contre-offensive du gouvernement. En réaction aux déclarations du président de la République, Laurent Berger, déclarait mercredi soir sur BFM-TV : « j’appelle le président de la République à ne pas balancer de petites phrases […]. Sinon, il va finir par se mettre à dos l’ensemble des organisations syndicales ». Il serait temps.


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