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Dehors l'impérialisme français !

Impérialisme. Castex conditionne des aides financières à la Tunisie à des réformes structurelles

Mercredi et jeudi dernier était présent en Tunisie le premier ministre, Jean Castex, afin de « resserrer les liens économiques entre la France et la Tunisie », dans l’objectif de défendre les intérêts économiques de la France dans son ancienne colonie.

lundi 7 juin

Crédits : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

À l’ordre du jour, plusieurs points sont abordés entre le premier ministre français et Hichem Mechichi, chef du gouvernement tunisien. Crise sanitaire, "partenariat économique” et lutte contre le terrorisme, des défis “communs” selon Castex dans le but de renforcer une amitié "indéfectible et précieuse”.

Le renforcement d’une dépendance économique datée du temps de la colonisation

La Tunisie en détresse financière depuis plusieurs années, fortement endettée, espère pouvoir obtenir un nouveau prêt du FMI sur trois ans en contrepartie d’un programme de réformes. Pour “soutenir” cette démarche, la France s’est engagée il y a un an à prêter 350 millions d’euros pour aider la Tunisie à se remettre économiquement et à construire un nouveau programme politique jusqu’en 2022. À ce jour, 100 millions d’euros ont été accordés à la Tunisie. Celle-ci est donc complétement dépendante financièrement, le prêt étant conditionné à des réformes structurelles dictées par la France. Le développement de la Tunisie et son avenir politique semble donc à la merci de son ancien colonisateur.

« Ces réformes sont importantes pour la Tunisie, pour le peuple tunisien et pour le partenariat franco-tunisien », explique Castex. Difficile de parler de partenariat quand les bourgeoisies française et tunisienne s’allient contre les revendications du peuple tunisien. Des liens de “coopération” hérités en réalité de la période coloniale, qui persistent et s’inscrivent dans les relations de longue date entre l’impérialisme français et la Tunisie, alimentant une nouvelle forme de colonialisme. Une façon d’ouvrir le marché aux entreprises françaises tout en liquidant le service public tunisien, déjà bien amoché.

En pleine détresse concernant la pandémie, et par crainte de pénurie d’oxygène, la Tunisie se retrouve aussi dépendante de la France en termes de matériel médical que Castex a apporté lors de son déplacement : trois générateurs d’oxygène pour les hôpitaux de Sidi Bouzid, Sfax et Tataouine, 18 respirateurs de réanimation, 38 000 tests antigéniques et 240 000 masques FFP2. Une aide bien ridicule, pour les 11,69 millions de personnes vivant en Tunisie.

Une lutte contre le terrorisme qui cache une politique migratoire de plus en plus répressive

Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme est prévu le retour en Tunisie de quelques dizaines de personnes fichées en France et concernant le renforcement du “partenariat” sécuritaire, Castex a évoqué "la question des réadmissions des individus radicalisés et condamnés, la maîtrise des flux migratoires, la sécurité dans les infrastructures aéroportuaires et portuaires et la coopération entre nos services". Selon l’ONU, 15% des migrants qui arrivent par la mer en Europe sont tunisiens. Face à cela et dans un entretien au Figaro, Mechichi a jugé que "bloquer les migrants sur les côtes tunisiennes ou d’Afrique du Nord, c’est insuffisant ou impossible. La meilleure manière de les retenir chez eux, c’est de renforcer le partenariat avec les pays émetteurs". À partir des déclarations des deux hommes politiques, il apparaît évident que la lutte contre le terrorisme s’orchestre plutôt par une lutte contre l’immigration et consiste en réalité à déplacer la gestion migratoire des frontières européennes aux frontières tunisiennes.

Ainsi, la population de ce “pays frère” évoqué par Castex se trouve être l’objet de chantage entre deux gouvernements, qui ne cherchent qu’à satisfaire leurs intérêts. On se rappelle des révoltes de la jeunesse qui se sont déroulées en début d’année pour protester contre les conséquences de la crise économique, sanitaire et sociale. Des révoltes à l’image de la détresse des exploités et d’un système à bout de souffle, pris en étau par l’impérialisme français d’une part et d’autre part par sa propre bourgeoisie soumise aux intérêts impérialistes.




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