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Politique

Impunité gouvernementale

Impunité. Une nouvelle plainte pour viol déposée contre Damien Abad, toujours au gouvernement

Une élue centriste qui avait déjà témoigné auprès de Mediapart, accusant Damien Abad d’agressions et de tentative de viol, a déposé plainte lundi 27 juin auprès du parquet de Paris. Damien Abad porte plainte à son tour pour dénonciation calomnieuse, cherchant à faire taire la troisième femme qui l’accuse.

mardi 28 juin

Crédits photo : AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT

Le 14 juin, Mediapart avait publié le témoignage de Laëtitia (nom d’emprunt), une élue centriste qui dénonçait des faits de harcèlement sexuel et une tentative de viol de la part de Damien Abad, actuel Ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées et tout fraîchement élu député Renaissance. Des faits qui remontent à 2010.

Dès leur rencontre en 2009, chez les Jeunes Centristes, (il préside à ce moment le mouvement de jeunesse du Nouveau Centre, elle est présidente de la fédération de son département) le futur ministre était déjà dans « la séduction », après qu’il soit élu au Parlement européen, en juin 2009, il serait « tombé dans un sentiment de toute-puissance et d’impunité permanentes ». Il serait « devenu collant ». A plusieurs reprises, il aurait « frotté » ses mains contre sa poitrine à plusieurs reprises malgré ses plaintes. Le soir où il aurait tenté de la violer, Damien Abad lui aurait « offert un verre » à l’intérieur duquel elle a vu « quelque chose », elle est allée aux toilettes recracher sa gorgée. L’attendant derrière la porte, l’aurait « poussée dans une pièce en face » puis aurait voulu la forcer à lui faire une fellation. 

Laëtitia explique s’être décidée à porter plainte pour « encourager les victimes à libérer leur parole ». Elle dit également s’être reconnue dans le récit des autres victimes connues à l’heure actuelle. Selon le dernier article de Mediapart, l’élue ajoute à sa plainte huit témoignages ainsi qu’une attestation de Chloé, une autre victime de Damien Abad.

Laëtitia est la troisième femme à accuser Damien Abad de violences sexuelles, pourtant, aucune enquête n’a été ouverte pour le moment. Margaux, la première femme à avoir témoigné auprès de Mediapart, avait déposé une plainte en 2017, classée sans suite. L’Observatoire des violences sexistes et sexuelles a effectué un signalement pour la deuxième, Chloé, mais le parquet de Paris a décidé ne pas ouvrir d’enquête « en l’état », faute « d’élément permettant d’identifier la victime des faits dénoncés ».

Tant l’absence d’enquête de la justice que les dénégations de Damien Abad ont été utilisées par l’exécutif pour justifier son maintien au gouvernement. L’hypocrisie d’Élisabeth Borne qui avait « assuré » que « s’il y a de nouveaux éléments, si la justice est à nouveau saisie », elle tirerait « toutes les conséquences », atteint de nouvelles hauteurs.

Après le dépôt de la plainte, Damien Abad a indiqué, dans un communiqué : « Une nouvelle fois, je conteste avec la plus grande fermeté toute accusation de tentative de viol ou d’agression sexuelle ». Puis plus loin « Je ne laisserai pas ces accusations mensongères et scandaleuses sans réponse. Dès ce jour, j’ai demandé à mes avocats de déposer une plainte en dénonciation calomnieuse »

Aujourd’hui, maintenant que l’argument de l’absence de plaintes mis en avant par le gouvernement ne tient plus, Damien Abad passe à l’offensive. Jusqu’ici il avait tout de même envoyé des messages à une femme qui avait témoigné contre lui dans le cadre de l’enquête de Mediapart pour savoir si elle avait parlé au journal. Désormais, il va chercher à traîner dans la boue les femmes qui l’accusent. Dans son témoignage video à Mediapart, Chloé expliquait : « Porter plainte pour quoi ? Pour qu’à la fin Damien Abad et tout le monde puisse dire : Oui, mais c’est classé sans suite donc il s’est rien passé ? ». Voilà exactement ce recherche Damien Abad. Faire jouer tout son poids de député et de ministre, face à une institution qu’on sait clément pour les personnages de son pedigree, pour salir une femme qui l’accuse de viol. « Évoquer une plainte en dénonciation calomnieuse, c’est à la fois tenter d’intimider les victimes et remettre leur parole en cause » affirme à Mediapart l’avocate de Laëtitia.

Le fait qu’après toutes ces accusation et plaintes de victimes et malgré qu’il y ait de nombreux témoignages de témoins, Damien Abad se permette de porter plainte pour diffamation prouve définitivement à quel point il se sent intouchable car protégé par tout le camp présidentiel, lui qui vient d’effectuer sa campagne législative et être réélu en toute quiétude.



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