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Impunité policière : 3 gendarmes mis en cause dans la mort d’Adama Traoré décorés pour l’avoir interpelé

À la veille de la marche pour Adama Traoré et toutes les victimes de violences policières, Médiapart a révélé que 3 gendarmes mis en cause dans sa mort ont été décorés en 2019 pour l'avoir interpelé le 19 juillet 2016, le soir où le jeune homme a perdu la vie entre les mains de la police. Contre l'impunité policière, tous à Beaumont ce samedi.

vendredi 16 juillet

Une patrouille de gendarmes dans les rues de Beaumont-sur-Oise, le 23 juillet 2016, après la mort d’Adama Traoré le 19 juillet. THOMAS SAMSON / AFP

Le 19 juillet 2016, Adama est mort suite à son interpellation par plaquage ventral, le jour de l’anniversaire de ses 24 ans. Cinq ans plus tard, entre l’énorme mouvement Black Lives Matters qui a irradié en 2020 l’hexagone contre les violences policières et le racisme d’état, et malgré l’acharnement judiciaire qu’ont subi Assa et son frère, Bagui, le combat de sa famille et de ses amis ne s’est pas arrêté, loin de là. 

À la veille de la marche organisée à Beaumont-sur-Oise, ce samedi 17 juillet, Mediapart révèle à un énième scandale autour de l’affaire : trois des gendarmes impliqués dans le décès d’Adama Traoré auraient été décorés en 2019 de la “citation sans croix simple à l’ordre du régiment” pour avoir fait preuve “en la circonstance d’un engagement remarquable et d’une détermination sans faille qui font honneur à la gendarmerie nationale”. Si Mediapart explique que le Journal officiel des récompenses de ce type ne laisse aucune trace à ce sujet, depuis remis aux enquêteurs, il est certain que déjà à cette date, les juges d’instruction avaient connaissance du dossier et de l’enquête, dont ils avaient ordonné une nouvelle expertise. 

Il s’agit d’une nouvelle preuve de l’impunité policière, ces médailles étant remises pour “service exceptionnel, un acte de bravoure au cours duquel il a dû affronter un danger” comme explique Mediapart. Alors que l’enquête a révélé qu’Adama n’avait commis aucune violence envers les gendarmes, ces décorations montrent bien quel camp protège l’État, de qui les institutions policières sont le principal bras droit. “Il est scandaleux qu’on puisse décorer des gendarmes pour avoir causé la mort d’un jeune homme lors de son interpellation” a dénoncé Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille. D’autant plus que les policiers ont été décorés pour soi-disant avoir procédé « immédiatement à la surveillance des constantes vitales jusqu’à l’arrivée des secours ». Un mensonge éhonté, depuis longtemps démenti par les pompiers présents à l’époque sur place, afin de conforter l’innocence de ces policiers.

Ces récompenses sont d’autant plus ignobles, que ces trois gendarmes - Romain F., Arnaud G. et Mathias U. - sont les principaux suspects de l’enquête, toujours en cours en septembre 2019, sur la mort d’Adama qui a suivi son interpellation. L’un d’entre eux, Romain F., a reconnu dans l’audition qu’ils “se trouvaient à trois dessus pour le maîtriser. [Adama Traoré] a pris le poids de [leurs] trois corps sur lui”. Malgré la détresse respiratoire d’Adama, les gendarmes le menottent inconscient dans la caserne de Persan. 

Cinq ans après, malgré les récentes victoires judiciaires de l’acquittement d’Assa et Bagui, vérité et justice ne sont pas faites pour Adama Traoré. En toute impunité et dans la continuité des récompenses reçues par les trois gendarmes, confortés par leur hiérarchie, ceux-ci avaient poursuivi Assa Traoré. Comme elle l’explique dans une tribune intitulée “J’accuse”, ils ont porté plainte contre elle pour avoir “osé dire que les gendarmes étaient responsables de la mort de mon frère. Ces mêmes hommes qui ont expliqué avoir écrasé de toute leur force le corps de mon petit frère, de toute leur force et pendant longtemps. Ces gendarmes qui n’ont toujours pas été inquiétés depuis presque cinq ans [...] Comme si réclamer la vérité et la Justice pour Adama Traoré était un crime”.

Pour soutenir la combat pour la justice et la vérité pour Adama Traoré et pour toutes les victimes de violences policières, rendez-vous ce samedi à Beaumont-sur-Oise à 14h à la marche pour Adama !




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